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« L’Église se réfugie dans le politiquement correct »

Une série d’entretiens réalisés par le magazine Reformiert interroge différents points de vue autour de la question de l’engagement politique des Églises. Ici le pasteur Michael Baumann explique son scepticisme et le regret qu’elle l’Église ne se concentre sur sa mission première. (1/2)
Alors que l’engagement des Églises en faveur de l’initiative pour des multinationales responsables a été vivement critiqué par certains, à l’interne comme à l’extérieur, et alors que d’autres votations se préparent autour de ces questions environnementales, le magazine alémanique Reformiert publie une série d’interviews de pasteurs sur la légitimité de cette prise de parole. Protestinfo a choisi de sélectionner deux opinions divergentes sur la question. Ici, le pasteur zurichois et historien de la Réforme Michael Baumann se montre critique face à ces récentes prises de position, qui ne font selon lui que suivre le courant, au lieu d’oser affirmer le message de l’Évangile. Entretien.

Michael Baumann, diriez-vous que vous êtes une personne engagée politiquement?

Je pense que oui.

Et un pasteur engagé?

Je ne pense pas.

Quelle différence faites-vous?

Saint Augustin l’affirmait déjà, le royaume de Dieu et le monde ne sont jamais symétriques. Parfois, les deux domaines se touchent, mais ils restent bien distincts. Comme l’expérience en atteste, les tentatives d’installer le paradis sur terre par des idéologies de gauche ou de droite se terminent toujours par un désastre.

Contrairement à ce père de l’Église, le réformateur Ulrich Zwingli établissait, lui, un lien entre la justice du monde et la justice divine…

Seuls les anabaptistes étaient vraiment sérieux à ce sujet, dans la mesure où ils voulaient mettre l’Évangile en pratique dans le monde. Mais ceux qui agissent politiquement se salissent les mains. Les réformateurs le savaient.

D’un point de vue chrétien, le fait de s’impliquer a de l’importance…

Le fait de donner de sa personne ne légitime pas pour autant tout engagement politique. Le seul objectif aujourd’hui est de minimiser les dommages causés aux personnes et à l’environnement. Mais la Bible n’est pas un livre de recettes pour la transformation de la société. Il raconte les expériences existentielles des gens et les met en relation avec Dieu.

Comment percevez-vous les déclarations de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS)?

Je lis rarement une argumentation indépendante. J’ai souvent l’impression que l’EERS suit le débat et, vers la fin, compile les arguments. Sans surprise, son argumentation aboutit à une position dominante de gauche.

En matière de politique migratoire, l’Église représente rarement le courant dominant. Sur l’interdiction de la burqa, l’EERS a même récemment été du côté des perdants.

La voix de l’Église ne diffère guère de celle des partis et des groupes d’intérêt. Je peux comprendre les positions de la gauche. Lorsque j’étais étudiant en théologie, je pensais que le socialisme était la forme de société qui correspondait le plus à l’Évangile. Je croyais que ces théologiens de la libération qui se battaient contre les propriétaires terriens avec une mitraillette apporteraient le Royaume de Dieu. Au lycée, je distribuais des pamphlets de propagande soviétique.

Et aujourd’hui?

Du côté des valeurs, je me considère comme un conservateur. Mais l’UDC est parfois trop à gauche ou pas assez libérale pour moi, et malheureusement souvent trop anticléricale.
« La mission première de l’Église est de parler de Dieu »
Cette position peut-elle également être soutenue par des passages bibliques?

C’est la mauvaise approche. La politique est l’art d’organiser la communauté de la manière la plus équitable possible.

La Bible ne le veut-elle pas aussi?

En ce sens, toute position politique qui favorise une bonne coexistence est chrétienne. Mais pour m’éduquer politiquement, je n’ai pas seulement besoin de la Bible. La politique n’est pas l’activité principale de l’Église. Son activité principale consiste à parler de Dieu.

Doit-elle rester silencieuse sur le plan politique?

Il existe de nombreuses questions éthiques sur lesquelles l’Église a quelque chose à dire: l’euthanasie, l’islam ou la persécution mondiale des chrétiens. Mais l’Église est terrifiée à l’idée qu’elle pourrait marcher sur les pieds de quiconque.

L’Église n’est pas politique, est-elle juste politiquement correcte?

Exactement. Pour compenser sa perte de pertinence, elle se réfugie dans des positions politiquement correctes.

À quoi cela servirait-il que l’Église critique l’islam? Les religions sont en guerre les unes contre les autres depuis assez longtemps.

Je ne veux pas d’une guerre culturelle. Mais l’Église doit avoir le courage de remplir l’Occident chrétien de contenus, en ne se dérobant à la critique de l’islam et en s’opposant à la sécularisation. Elle ne peut pas seulement se faire des amis. Et elle devrait de plus en plus faire intervenir l’au-delà. Elle n’ose presque plus le faire, de peur qu’on se moque d’elle. Le message central de la Bible est qu’il n’y a pas de vie sans Dieu. Si l’Église renonce à cette position, elle admet qu’elle est dispensable.

L’Église devrait dire, «Sans Dieu, vous êtes perdus»?

Oui. Ce serait sûrement une déclaration politiquement explosive.

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