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« Face à la pandémie, de nombreux pasteurs se sentent seuls »

La crise sanitaire n’est pas sans conséquence sur la santé émotionnelle des pasteurs, diacres et aumôniers. Accompagnante des accompagnants spirituels, la théologienne Esther Quarroz témoigne de leurs difficultés dans ce contexte particulier.
Souvent source de stress et de conflits, la pandémie actuelle pèse sur les accompagnants spirituels. C’est ce dont témoigne la responsable du service de consultation de la pastorale des Églises réformées de Berne-Jura-Soleure, Esther Quarroz. Cette théologienne et art-thérapeute de formation dirige depuis 2001 ce lieu où ministres, professionnels de la relation d’aide et leurs proches peuvent à leur tour recevoir une écoute. Aujourd’hui, elle nous confie combien la situation sanitaire, en confrontant chacun à l’incertitude et à l’impuissance humaine, impacte de plein fouet les pasteurs dans leur travail. Interview.

Quand les pasteurs ont besoin d’un accompagnement spirituel, ils viennent vous consulter. Comment vivent-ils cette pandémie liée au coronavirus?

C’est une période difficile. Les pasteurs ont beaucoup de choses à prendre en charge: la mise en œuvre des mesures sanitaires, les exigences des Églises, les attentes des paroisses. Concilier tout cela, ce n’est pas simple. Beaucoup se sentent seuls.

Une demande qui semble excessive?

Oui, le principal problème est qu’il y a tant d’opinions différentes dans les paroisses sur la manière de gérer la pandémie. Les pasteurs sont souvent au milieu de tout cela. Ils ont leurs propres opinions, qui ne correspondent pas toujours à celles des dirigeants des Églises. Cela conduit souvent à des conflits, intensifiés par le rôle de personnalités publiques que ces hommes et femmes doivent tenir sur leurs épaules.

Quels conseils donnez-vous aux pasteurs pris dans de tels conflits et dans une telle diversité d’opinions?

Dans la crise que nous sommes en train de vivre, nous constatons qu’il existe des différences innombrables et insolubles. Si l’Église apprend à les accepter et à les traiter de manière constructive, ce sera un défi intéressant. On pourra alors trouver un moyen de s’entendre. Cela ne fonctionnera que par le biais de discussions ouvertes et sans jugement.

Concrètement, quels sont les problèmes existants?

Il s’agit, par exemple, de se demander quelles sont les bonnes mesures à prendre: célébrer le culte en ligne ou alors trouver des solutions qui permettent aux paroissiens d’être présents. Avec de telles questions, il y a souvent des attitudes différentes qui sont difficiles à concilier.

Les pasteurs qui viennent vers vous préfèrent-ils célébrer le culte en présence ou en numérique?

J’observe des profils différents. Ceux qui craignent le contact sont maintenant heureux de pouvoir disposer du numérique. D’autres ressentent un grand manque des personnes habituellement présentes pendant le culte. Je pense qu’il est juste de dire que le virus a frappé l’Église en son cœur. On ne doit pas chanter, on ne doit pas célébrer la communion, on ne doit pas se toucher. La corporéité, pourtant ancrée théologiquement dans le christianisme, par exemple dans l’évocation de l’Église en tant que «corps du Christ», fait soudain défaut. Il en est de même pour la communauté physique, qui est au cœur de notre tradition religieuse.

Quels sont les problèmes auxquels les pasteurs sont confrontés dans leurs activités?

Le grand problème est la résistance face à l’incertitude et l’impuissance. Le reconnaître permettrait en premier lieu d’ouvrir des perspectives. Il est important que les pasteurs considèrent comment leur foi, qui est au cœur de leur profession, les aide à faire face à l’impuissance. Dans la tradition chrétienne, dire sincèrement «oui» aux moments les plus sombres de la vie est essentiel. Je pense par exemple au Vendredi saint et à Pâques. Lors du Vendredi saint, un point zéro est atteint. À partir de là, curieusement, Pâques peut émerger, avec quelque chose de complètement nouveau, d’imprévisible. C’est là le défi pour les pasteurs et pour tout le monde.

Atteindre le point zéro et avoir confiance que tout se passera bien par la suite, cela semble plus simple à dire qu’à vivre…

Il ne s’agit pas tant d’«avoir confiance que tout se passera bien», mais de savoir si les ministres peuvent prendre cette situation comme un défi à leur propre spiritualité. Si la foi est au cœur de notre relation existentielle avec la vie, alors il s’agit d’un véritable terrain d’entraînement. Il ne s’agit pas d’«avoir confiance que tout se passera bien» – ce n’est pas ainsi que cela se passe dans la vie – mais de gérer la crise de la manière la plus viable possible. Le coronavirus est vraiment un défi, rien de plus, mais rien de moins non plus.

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