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Des chrétiens dispensés de vaccin pour raisons religieuses?

Aux États-Unis, employeurs et directeurs de lieux de formation cherchent un juste équilibre entre sensibilités religieuses et sécurité sanitaire, sur fond de clivage politique.
Alors que sur le sol américain, de plus en plus d’entreprises privées, établissements hospitaliers et universités exigent le vaccin contre le Covid-19, certaines de ces institutions accordent désormais des dispenses pour motif religieux. Or, en l’absence d’une méthode cohérente pour définir les termes de ces exemptions, directeurs et patrons peinent à savoir comment traiter ces demandes.

Les catholiques, par exemple, peuvent invoquer leur foi dans certaines institutions pourtant laïques, et ainsi éviter le vaccin. Ce qui n’est pas le cas dans les collèges ou les universités publiques, où toute demande leur serait refusée. Une réalité qui n’a pour autant pas empêché les requêtes d’affluer, comme l’affirme le révérend Dennis H. Holtschneider, président de l’Association des collèges et universités catholiques, regroupant 200 campus membres. «Certains présidents d’université m’ont consulté pour savoir s’il existait, dans la théologie catholique, quelque chose pouvant justifier une exemption vaccinale. Mais la réponse est non», insiste-t-il. «Vous ne trouverez toutefois pas, chez les catholiques, une très grande fronde anti-vaccin», tient-il à signifier, rappelant encore que les hôpitaux catholiques du pays ont été en première ligne au moment de soigner les patients atteints par le virus.

Même son de cloches du côté du Dr. Jeffrey C. Barrows, vice-président du Département de bioéthique et de politique publique de l’Association chrétienne pour le médical et soins dentaires, qui a commencé à recevoir des appels similaires à la fin du mois de juillet: une demi-douzaine jusqu’à présent, de la part de collègues qui craignaient que la prise du vaccin soit en conflit avec leurs croyances chrétiennes. «J’ai reçu des appels de physiothérapeutes, de soignants, de médecins», relate-t-il. «Les personnes qui ont appelé travaillent pour des établissements hospitaliers qui ont prévu de rendre le vaccin obligatoire, s’ils ne l’ont pas déjà fait. Notre position officielle, c’est de recommander à tous de se faire vacciner.» Autour de Jeffrey C. Barrows, on est cependant très divisé sur la question. Son association est d’ailleurs opposée à la vaccination obligatoire. «Il n’y a pas d’obligation morale à se faire vacciner, à condition d’accepter en contrepartie de porter le masque et de se prêter à des tests fréquents», souligne-t-il.

Sous quelles conditions?

Spécialiste new-yorkaise des rapports entre droit et religion, Jenna Reinbold atteste que «de nombreux professeurs, dans les facultés de droit du pays, se saisissent aujourd’hui de cette question.» Ce que confirme Dennis H. Holtschneider: «Même au-delà des cours à proprement parler, cette problématique a envahi les campus.»

Dans les grandes entreprises, l’obligation de se vacciner gagne du terrain. Tyson Foods, Microsoft et United Airlines viennent ainsi d’annoncer qu’elles souhaitaient y soumettre leurs employés. Face à cette tendance, les interrogations affluent quant à savoir comment certaines religions pourraient présenter un réel motif de dispense. Car si la Commission pour l’égalité des chances dans l’emploi conseille aux entreprises, hôpitaux et universités d’accorder des exemptions médicales et religieuses face aux vaccins, elle ne propose pas de méthode d’application cohérente.

Au Rush University Medical Center, un hôpital universitaire de Chicago comptant 14 000 employés, un nouveau comité s’est réuni pour la première fois la semaine dernière pour commencer à examiner les demandes d’exceptions religieuses. Ses membres comprennent des experts en maladies infectieuses, des représentants des ressources humaines et des relations de travail, des administrateurs et des avocats de l’hôpital, ainsi que l’aumônier principal de l’établissement, un professeur titulaire qui préside le département de la religion, de la santé et des valeurs humaines de l’université. Les responsables de l’hôpital n’ont pas voulu révéler le nombre d’employés ayant demandé une dispense de religion, mais Lisa Weichman Harries, administratrice de l’hôpital et membre de ce nouveau comité, insiste que tous passent par la même procédure.

Ainsi, un formulaire standard demande si l’opposition au vaccin est «liée à une institution religieuse, et si tel est le cas, nous demandons une lettre de cette institution», précise Lisa Weichmann Harries. Pour ceux qui ne sont pas affiliés à un lieu de culte ou qui ne sont pas en mesure d’obtenir une telle lettre, «l’étape suivante consiste à décrire sa croyance, son observance ou sa pratique religieuse ou morale et les raisons précises de la demande d’exemption».

Tensions politiques et désinformation

La loi sur les droits civils de 1964 comprend un texte interdisant la discrimination religieuse, une protection que la Cour suprême des États-Unis a confirmée dans une affaire de 2014 concernant le droit d’une femme musulmane à porter un hijab pour travailler dans un magasin de vêtements. Or, dans le cadre d’une pandémie mondiale en pleine expansion, les employeurs qui examinent de telles demandes d’exception doivent trouver un équilibre entre protection des croyances religieuses et préservation de la santé et sécurité de la communauté, naviguant entre des sentiments religieux profondément personnels et des questions sur l’autorité religieuse. Le tout dans un moment de tensions politiques et de désinformation généralisée sur le vaccin. «Tout cela est ardu», avoue Jenna Reinbold. «L’un des aspects délicats de l’enquête quant à la véracité de l’objection pour motif religieux est qu’un individu au sein d’une tradition religieuse peut avoir une compréhension différente de celle des autres individus de cette même obédience», pointe-t-elle.

Jenna Reinbold donne pour exemple les déclarations du pape François, qui a autorisé les catholiques à célébrer des messes en ligne afin de prévenir la propagation du Covid-19. Cela n’a pas empêché certains croyants, aux États-Unis, de penser que leur liberté religieuse était atteinte, puisqu’il leur était interdit de fréquenter les lieux de culte. «Le système judiciaire américain a tendance à prendre très au sérieux les affaires liées à la liberté religieuse», renseigne John Inazu, professeur de droit et de religion à l’université Washington de Saint-Louis. «Il est très difficile de contredire légalement une personne qui justifierait sa demande d’exemption sur la base de sa croyance. Notre système judiciaire ne prévoit que très peu de marge de manœuvre dans le cas où l’on pourrait penser que la personne n’est pas sincère lorsqu’elle affirme que le vaccin est incompatible avec sa foi. Et ce, même s’il y a décalage avec la doctrine officielle de sa religion.»

De nombreux dirigeants et organisations religieuses de premier plan encouragent les membres de leur communauté à se faire vacciner contre le Covid-19: le Vatican, l’Association nationale des évangéliques, le Conseil œcuménique des Églises, l’Union orthodoxe juive, le Conseil rabbinique d’Amérique et le Groupe de travail national musulman sur le Covid-19 sont parmi ceux qui ont publié des déclarations en faveur de la vaccination. Une étude récente montre d’ailleurs que l’hésitation à se faire vacciner est en baisse parmi les groupes religieux, en partie grâce à un plaidoyer ciblé au sein de ces derniers.

Pourtant, les demandes d’exemption proviennent tant de chrétiens anti-avortement hostiles à l’utilisation par les chercheurs de lignées cellulaires issues de fœtus humains pour développer les vaccins que de membres de traditions s’appuyant sur la guérison par la foi et certains musulmans déstabilisés par le débat public, phagocyté par les fake news et les opinions contradictoires d’interlocuteurs pourtant sérieux.

Fraude chez les antivax

La solution pédagogique semble être la plus judicieuse, à l’image de ce que l’État de l’Oregon pratique, depuis quelques années, auprès de parents réticents à faire vacciner leurs enfants. À toute famille formulant une demande d’exemption non-médicale impliquant un vaccin obligatoire, on fait regarder une vidéo expliquant les avantages d’un vaccin pour sa propre santé et celle de la collectivité. Une façon d’agir qui pourrait être appliquée dans les entreprises, où des spécialistes religieux pourraient communiquer aux employés ce que leur religion respective a à dire sur la vaccination. «Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de problème constitutionnel à agir ainsi», tranche Jenna Reinbold. Mais selon cette dernière, le problème qui risque de poindre est désormais moins un problème de doctrine qu’un détournement frauduleux de l’exemption religieuse: «Certains activistes anti-vaccination ont monté des campagnes en ligne pour encourager les gens à contourner le vaccin grâce à la dispense religieuse, ce qui nous amène à nous demander si les antivax ne seraient pas en train de se jouer du système.» D’autres, se référant aux arrêts de la Cour suprême protégeant les droits des objecteurs de conscience lors de la guerre du Vietnam, affirment qu’il peut être suffisant de revendiquer une opposition morale ou philosophique au vaccin.

Selon le professeur de droit John Inazu, qui constate que l’exemption religieuse fait son chemin dans les hôpitaux, la situation pourrait devenir inquiétante. «Le taux d’infection par le Covid-19 est en train de remonter dans certaines régions des États-Unis. Or en raison de cette politisation du vaccin, le nombre de réfractaires pourrait augmenter au point d’entraver la capacité du pays maîtriser la pandémie.» Pour autant, l’expert déplore la campagne de diabolisation des personnes non-vaccinées, qu’il juge contreproductive. «Certains opposants se questionnent sérieusement sur le bien-fondé de se faire vacciner.».

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