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Suicide: une jeunesse en deuil

Le Toussaint’s Festival brise le tabou du suicide chez les jeunes à coup de théâtre, exposition, conférences, et débats, jusqu’au 7 novembre au Centre culturel des Terreaux à Lausanne.
Comment annoncer à un adolescent le suicide d’un camarade de classe ou d’un ami de son âge? Comment accompagner ce deuil et les questionnements que suscite un tel décès? Proches et professionnels sont parfois démunis. Pour son édition 2021, le Toussaint’s Festival relève le défi de réunir des spécialistes de la question qui proposent des outils en matière de prévention et de gestion du deuil. Au programme: formations, débats, conférences, exposition et théâtre, jusqu’au 7 novembre au Centre culturel des Terreaux à Lausanne. Initialement prévue l’an passé et repoussée pour raisons sanitaires, la thématique, collant toujours tristement à l’actualité, a tenu bon l’affiche.

«Il y a urgence. Avec les mesures sanitaires mises en place depuis le début de la pandémie, les jeunes souffrent. Nombreux sont ceux qui ont l’impression d’avoir été privés de vie sociale et voient leur jeunesse péjorée», note Alix Noble Burnand, thanatologue, conteuse, directrice et fondatrice du Toussaint’s Festival. Les chiffres en témoignent. En 2020, l’Observatoire suisse de la santé relevait que si le taux de suicide avait chuté de moitié ces trente dernières années chez les 11-25 ans, il reste l’une des premières causes de décès au sein de cette population. Le site ciao.ch, quant à lui, relève une augmentation de 45% des messages suicidaires entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021. Des constats qui ont fait réagir les autorités. Début octobre, le Canton de Vaud a renforcé les prestations de la prévention à la prise en charge médicale des enfants et des jeunes à travers 15 mesures pour un montant d’environ 5 millions de francs.

Rompre le tabou

«Une société qui voit ses jeunes se suicider est une société qui va mal. Et on préfère ne pas en parler. Il faut rompre le tabou qui entoure cette question», affirme Alix Noble Burnand. Le Toussaint’s Festival rassemble donc des spécialistes de la question tant sur la prévention que sur la gestion du deuil. Et parmi les endeuillés justement, il faut compter les jeunes eux-mêmes, dont la prise en charge commence déjà au sein de leur lieu de formation.

Psychologue spécialisée en psychologie d’urgence, Carol Gachet est aussi la directrice de ICP Intervention de Crise et Prévention. Elle intervient à ce titre notamment dans les écoles et institutions, par délégation de l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire vaudois. D’entrée de jeu, le protocole est clair. Aucune communication nommant le suicide n’est faite dès lors que les conclusions officielles de l’enquête de police ne sont pas parvenues à la direction et que celle-ci n’a pris contact avec la famille du défunt. La cellule de crise mise sur pied comprend psychologues, médiateurs, infirmiers scolaires et aumôniers aux côtés de la direction. Ces derniers sont d’ailleurs prévenus avant les élèves. La raison? «Il faut éviter que l’enseignant soit en état de choc en même temps que les élèves, mais lui permettre de prendre de la distance pour faire face aux émotions de la classe», précise Carol Gachet. L’impact de l’événement sur la structure est évalué, les différents groupes impactés identifiés, et c’est l’annonce en classe, suivie de l’état de choc. «Il faut alors ouvrir un espace de parole, une première ventilation aux élèves.» Changer la dynamique de la classe en se regroupant en cercle, dessiner ou sortir du bâtiment pour se réunir ailleurs.

La mise en mouvement

Attendu sur les questions liées à la mort et au deuil, l’aumônier est bien souvent en première ligne dans ces moments-là. «Nous proposons aux élèves de sortir de leur classe pour éviter qu’elle devienne un lieu de deuil. Ce premier mouvement évite de tomber dans l’immobilisme et la sidération», explique Frédéric Steinhauer, aumônier réformé dans les Écoles professionnelles vaudoises. «D’un point de vue neuropsychologique, la mise en mouvement permet de sortir de l’état de choc et de redescendre sur terre», commente Carol Gachet.

«Il est important de normaliser les émotions telles que la colère ou la tristesse des jeunes, qui peuvent avoir des réactions très fortes. Il faut les écouter et les aider à trouver ce qu’ils peuvent en faire», ajoute la psychologue. Frédéric Steinhauer propose d’ailleurs de se réunir dans un lieu «où les jeunes peuvent se recueillir et se restaurer. Nous les faisons participer à l’aménagement du lieu. C’est aussi là que des rituels se créent: une minute de silence, de la musique, allumer une bougie. Et parfois une parole exprimée», énumère l’aumônier. Que dire dans de tels moments? «Pas grand-chose. Il faut rester sensible aux émotions des jeunes présents, valider la sidération et le fait que nous ne sommes pas tous touchés de la même manière par cet événement», explique le pasteur.

Au bout d’une heure, voire deux, parfois plus, les cours reprennent. Mais les élèves, eux, imaginent déjà ce qu’ils souhaitent mettre en place pour la famille du défunt ou en mémoire de leur camarade. «Il est alors essentiel de pouvoir leur dire que cette discussion sera reprise dans un deuxième temps et qu’il soit programmé. Après 48 heures, on est sorti de l’état de choc, les idées sont plus claires», rappelle Carol Gachet. Et d’ajouter que «ce second temps est aussi l’occasion pour la direction d’ouvrir une salle dans laquelle des fleurs, bougies, photos peuvent être disposées, et pourquoi pas un livre souvenir». Quant à la cellule de crise, elle garde une attention particulière aux élèves les plus fragiles.

Le poids de la culpabilité

Décès brutal, le suicide génère une culpabilité plus aiguë chez les endeuillés. «Elle a une fonction: on tente de se donner du pouvoir par rapport à une situation dans laquelle on se sent impuissant, une situation injuste», analyse Carol Gachet. «C’est un deuil qui pose énormément de questions, car il n’y a pas d’explication», abonde Alix Noble Burnand. Et de poursuivre: «C’est une guerre civile qui se joue dans le for intérieur de l’endeuillé, entre accusation de soi-même et culpabilité et colère face à l’acte de l’autre. Il faut légitimer ses émotions, s’autoriser à les libérer et accepter qu’elles nous habitent. Il faut ensuite faire le tri et travailler sur le souvenir: qu’est-ce qui en moi dit merci? Comment honorer ce qui a existé et qui m’a fait grandir au contact de cette personne?»

Toussaint’s Festival

Jusqu’au 7 novembre, Centre culturel des Terreaux à Lausanne. Programme complet sur: www.toussaints-festival.ch

– «Suicide d’un·e jeune… Quelle prise en charge pour le groupe impacté?», avec Carol Gachet, psychologue spécialisée en psychologie d’urgence, consultante en gestion et communication de crise et directrice de ICP Intervention de Crise et prévention. Vendredi 5 novembre, de 14h à 16h. Prix: 40 fr., attestation à la fin de la formation.

– «Aumônerie en milieu de formation post obligatoire», avec notamment Frédéric Steinhauer, aumônier Écoles professionnelles, samedi 6 novembre de 13h à 14h. Entrée libre.

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