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« Je ne permets pas à la femme d’enseigner » (1 Timothée 2:12)

« Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. » (1 Timothée 2:12)

Quand Paul dit : « Je ne permets pas », donne-t-il un ordre ou définit-il une pratique personnelle ? Que veut dire « enseigner » ? Que comprend ce terme ? Que signifie « prendre autorité » ? Quelle est la relation grammaticale entre enseigner et prendre autorité ? S’agit-il d’une ou de deux choses que Paul ne permet pas ? Est-ce que ce verset interdit toute forme d’enseignement à la femme ? La femme doit-elle observer le silence à l’Eglise ou garder une attitude paisible ? Ces directives s’adressent-elles aux femmes en tant que membres de l’Eglise ou aux épouses pour leurs relations avec leurs maris ? S’agit-il d’ordonnances pour l’Eglise d’Ephèse du 1er siècle ou d’ordres valables pour tous les temps ?

Paul donne-t-il un ordre ou définit-il une pratique personnelle ? 

A première vue, surtout lorsque cette parole est citée seule, hors de son contexte, elle semble donner un ordre péremptoire valable toujours et partout ; c’est un commandement apostolique qu’il serait téméraire de discuter. Cependant, l’emploi de l’indicatif présent au lieu de l’impératif (« Ne permets pas… ») fait actuellement pencher les exégètes vers l’énoncé d’une pratique personnelle et actuelle de l’apôtre Paul.

La formule « je ne permets pas » (grec : « ouk epistrephô ») suggère une restriction temporaire imposée à des femmes particulières ou une pratique personnelle mais non un commandement. Il ne faudrait cependant pas donner à cet argument un poids exagéré. Si les féministes lisent la phrase comme signifiant : « Personnellement, je ne permets actuellement pas à la femme… », on pourrait faire remarquer qu’ailleurs l’apôtre, même lorsqu’il donne un simple avis ajoute : « Et moi aussi, je crois avoir l’Esprit de Dieu » (1 Corinthiens 7:40), et lorsqu’il énonce des préceptes, il revendique pour eux l’autorité divine (1 Thessaloniciens 4:8). Ces préceptes nous ont, de plus, été transmis dans la Parole de Dieu, normative pour tous les temps, nous ne pouvons donc pas les évacuer comme une simple opinion qui ne nous lierait plus aujourd’hui.

Que veut dire « enseigner » ?

Le mot grec Didaskein (enseigner), est, dans le Nouveau Testament, un mot couvrant une grande variété de ministères : une instruction informelle mutuelle parmi les croyants, l’instruction contenue dans l’action de prophétiser, l’instruction doctrinale et la proclamation de la tradition apostolique de l’enseignement de Jésus le concernant. Ces différents sens ne s’excluent pas mutuellement.

Beaucoup d’aspects du ministère de la parole étaient inclus dans ce mot, depuis l’évangélisation (quand Jésus parlait aux foules, il est souvent dit qu’il les « enseignait ») jusqu’à l’activité plus spécifique du maître transmettant ses connaissances aux disciples.

Enseigner pouvait signifier initier des gens au message de Jésus pour qu’ils parviennent à la foi, les faire avancer dans la connaissance, après le baptême, faire comprendre le message de la Bible pour amener quelqu’un à vivre et à penser, à parler et à agir dans l’obéissance de la foi.

D’autre part, le terme didaskô avait aussi un sens très strict : « donner des directives, ordonner, décider, commander ». C’est dans ce sens que le mot est employé dans 1 Timothée 2:12. Ce que Paul ne permet pas à la femme, c’est de donner des directives faisant autorité ou d’exercer la discipline d’Eglise contre les hérésies et contre une conduite désordonnée. C’est ce que montre la phrase suivante : « en prenant autorité sur l’homme ».

Que signifie « prendre autorité » ?

Nous avons un exemple de cet enseignement d’autorité dans celui de Jésus qui prenait position contre l’enseignement traditionnel en disant : « Vous avez appris… mais moi je vous dis » (Matthieu 5:21-48).

Le mot enseigner (didaskein) avait dans le contexte juif rabbinique de l’Eglise du Nouveau Testament un accent qui dépassait notre conception moderne se limitant à la transmission de notions ou à l’éducation académique d’autres personnes. Son sens allait même au-delà de la proclamation avec autorité de vérités religieuses. Il comprenait une relation d’autorité entre enseignant et étudiant analogue à celle de maître et disciple dans le Nouveau Testament.

Cela nous est confirmé par la connexion de ce terme avec la fonction d’ancien-épiscope dans 1 Timothée 3:2 ; 4:11-16 ; 5.17 et 2 Timothée 2:2 ; 4:2. Dans Matthieu 23:8, le mot enseignant (didaskalos) est utilisé comme un synonyme de rabbi. La connotation de pouvoir et d’autorité de ce terme était si forte que Jésus a défendu à ses disciples d’utiliser le mot pour quelqu’un d’autre que pour Dieu lui-même.

Au 1er siècle, le ministère de docteur était d’autant plus important à une époque où n’existait pas encore le Nouveau Testament pour servir de norme à l’enseignement. Avant la rédaction et la canonisation des livres du Nouveau Testament, les docteurs étaient les dispensateurs de la vérité chrétienne. Leur autorité était absolue et normative, à condition qu’ils soient convenablement formés et investis d’autorité. A présent l’autorité réside dans le texte de la Bible et non dans la personne qui l’enseigne. 

La déclaration des professeurs de la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine relève ce lien entre ministère d’enseignement et autorité au 1er siècle :

« A l’époque de Paul, le lien entre autorité et enseignement était évident pour tous ; nous ne pouvons pas, dans notre situation culturelle, en dire autant. Il se pourrait que le même principe créationnel s’applique aujourd’hui d’une façon différente. D’autre part, on peut concevoir que la règle posée par Paul définisse le régime ordinaire, Dieu restant libre d’appeler une femme à un ministère extraordinaire, en lui confiant les dons voulus, comme dans les cas de Débora et de Priscille ».

A l’époque du Nouveau Testament, le rôle de docteur était une fonction d’autorité. Le docteur était celui qui proclamait la doctrine. « Rabbi » était un autre nom pour « docteur » (Jean 1:38). Le Christ lui-même, en tant qu’homme, était reconnu comme quelqu’un qui remplissait cette fonction (Jean 3:2). Par conséquent, la fonction des docteurs a été parmi les premières à être reconnues officiellement dans l’Eglise (Actes 13:1 ; Ephésiens 4:11). Les femmes sont exclues d’une telle responsabilité. Nulle part dans le Nouveau Testament une femme n’est présentée comme étant docteur dans l’Eglise. Le cas de Priscille n’est pas une exception, car elle suivait son mari, et ils ont tous les deux instruit Apollos (Actes 18:26).

Ceci ne veut pas dire qu’une femme ne peut jamais donner quelque enseignement que ce soit. Paul lui-même déclare que les femmes peuvent enseigner d’autres femmes et des enfants (2 Timothée 3:14 ; Tite 2:3) : mais elle ne peut pas assumer l’autorité d’un docteur de l’Ecriture, parce qu’elle occuperait alors une position dominante vis-à-vis des hommes. Il est interdit aux femmes d’enseigner des hommes d’une manière autoritaire.

Ce verset n’interdit pas aux femmes d’enseigner individuellement des hommes comme Priscille (avec son mari) qui a enseigné Apollos en lui expliquant plus exactement la voie de Dieu (Actes 18:26).

Il ne leur interdit pas non plus de prophétiser d’une manière respectueuse et soumise) et de s’adresser aux autres croyants – hommes et femmes – pour leur exhortation, leur édification et leur consolation (1 Corinthiens 11:5-6 qui définit ainsi la prophétie).

L’enseignement visé par Paul n’est pas la simple communication d’un savoir mais un enseignement d’autorité, visant à former la foi et la vie de l’Eglise, établissant la doctrine valable dans l’Eglise à laquelle tous les croyants doivent se soumettre.

Pour Paul, un enseignement de la femme, dans le sens qu’elle occuperait la fonction officielle de docteur dans l’Eglise signifierait qu’elle se placerait au-dessus de l’homme en renversant l’ordre naturel par une prise de pouvoir autonome. Il est en train de dire que les femmes ne doivent pas usurper de leur autorité sur les hommes ou se l’approprier.

La nomination d’une femme à un poste de direction (autre que ceux d’ancien ou de diacre) est compatible avec l’Ecriture, à condition qu’il lui soit conféré par Dieu en étant choisie par les autres conducteurs de l’Eglise et que ce ne soit pas le résultat d’un succès personnel dans un conflit de politique ecclésiastique.

« Enseigner en prenant autorité » c’est « enseigner d’une manière autoritaire, allant à l’encontre du principe de la responsabilité de l’homme dans la création et de celui de l’égalité de l’homme et de la femme dans la nouvelle création. Le but de 1 Timothée 2:12 est d’avertir contre la tentation d’exercer un ministère mû par des motifs impurs et coupables.

La question est alors : l’enseignant s’est-il arrogé cette fonction lui-même ou en a-t-il été investi ? « Paul était d’accord que des femmes et des hommes aient de l’autorité dans l’Eglise mais il considérait comme inapproprié que des femmes s’arrogent d’elles-mêmes une autorité. Cela expliquerait pourquoi il n’a pas employé le mot plus courant d’exousiazô dans 1 Timothée 2:12.

Il ne faudrait cependant pas presser cet argument au point de lui faire dire que Paul ne permet pas à la femme de s’arroger une autorité – mais qu’un homme pourrait le faire, qu’elle ne doit pas exercer un ministère, mue par des motifs impurs et coupables, ce qui serait tout à fait acceptable de la part d’un homme. Il s’agit plutôt de la question : est-ce que l’autorité d’enseigner a été déléguée à la femme ou se l’est-elle attribuée de son propre chef.

Quelle est la relation grammaticale entre enseigner et prendre autorité ?

S’agit-il de deux activités distinctes : « Je ne permets à la femme ni d’enseigner ni de prendre autorité sur l’homme » ? ou « d’enseigner en prenant autorité sur l’homme, d’une manière autoritaire, dominatrice », ou de dispenser un « enseignement d’autorité » ? D’après les différents sens du mot enseigner indiqués plus haut, il serait normal que l’apôtre précise celui qu’il lui donne ici : « enseigner en prenant autorité sur l’homme » ou « en dominant l’homme » ou « d’une manière dominatrice ».

Est-ce que ce verset interdit toute forme d’enseignement à la femme ? 

Ce qui gêne l’apôtre dans l’enseignement de la femme, ce n’est pas la simple transmission de connaissances (généralement sous la responsabilité d’un homme, comme Priscille a enseigné Apollos sous la responsabilité d’Aquilas), mais c’est lorsque cet enseignement prend une dimension d’autorité, voire de commandement : « Voilà ce que vous devez croire, ce que vous devez faire ! ».

L’apôtre donne un exemple de ce genre d’enseignement ici même : « Je demande avant tout… Je veux que… ». Dans des questions doctrinales ou éthiques, il est parfois nécessaire de trancher. C’est la responsabilité des dirigeants (évêques) de « réfuter les contradicteurs » (Tite 1:9). Or, pour les dirigeants (évêques), contrairement aux diacres (1 Timothée 3:11), il n’y a pas de pendant féminin aux directives de l’apôtre. Phœbé était diacre.

Les anciens et les diacres assumaient ensemble la direction de l’Eglise locale. Les femmes pouvaient donc avoir part à la direction, mais elles ne devaient pas briguer la place de l’ancien qui préside, la surintendance de l’Eglise locale. Le verset 12 implique clairement que, bien qu’une participation orale soit permise aux femmes dans les réunions de l’Eglise, elles ne doivent pas aspirer au rôle de conducteur comme chef de l’assemblée locale.

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