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Que fêtent les chrétiens à Noël ?

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A Noël, les chrétiens fêtent la naissance de Jésus, le Fils de Dieu venu dans ce monde pour sauver les pécheurs. Les données relatives à sa naissance proviennent essentiellement des Evangiles.

Seuls Matthieu et Luc, sur la base de sources distinctes, rapportent la naissance de Jésus. Matthieu se place plutôt du point de vue de Joseph et Luc de Marie mais les deux récits concordent en ce qui concerne la naissance virginale. Quoique conçu d’une façon surnaturelle, Jésus fut élevé dans une famille de classe moyenne très « ordinaire » à Nazareth ; Joseph le « charpentier » était un ouvrier qualifié et peut-être un patron. Mais ils n’étaient pas dans l’aisance (Luc 2 :24 ; cf. Lévitique 12.8). Comme Joseph n’est plus mentionné par la suite et que Jésus est appelé le « fils de Marie », Joseph est peut-être mort pendant la jeunesse de Jésus devenu alors, en tant que premier-né, le chef de famille (Marc 6.3). La connaissance que Jésus avait des Ecritures montre qu’il avait reçu à la synagogue l’éducation normale de tout enfant juif. A part l’incident qui montre qu’il était extraordinairement doué pour les questions religieuses (Luc 2.42ss), on ne sait rien d’autre de son enfance.

I. Contexte

1. L’époque

Jésus est né peu de temps avant la mort d’Hérode le Grand en 4 av. J.-C. (Mt 2.1, 13-15); sa date de naissance exacte ne peut être déterminée. Son ministère public commença lorsqu’il « avait environ 30 ans » (Lc 3.23), c.-à-d. quelque temps après le commencement du ministère de Jean-Baptiste (probablement en 28 apr. J.-C.; Lc 3.1ss). La durée de son ministère est impossible à définir précisément, mais on s’accorde sur une période d’environ 3 ans (sur la base des deux printemps mentionnés par Mc avant la Pâque finale, Mc 2.23; 6.39, et des trois Pâques de Jn 2.13; 6.4; 12.1). Cela suggérerait la date d’env. 33 apr. J.-C. pour la crucifixion; si les évangiles indiquent bien que la Pâque (14/15 nisân) tombait un vendredi l’année de la crucifixion (cela aussi est discuté ), alors les données astronomiques de l’année 33 militent en faveur de cette date. Mais dans ce domaine toute certitude est impossible à obtenir.

2. Le lieu

L’essentiel du ministère public de Jésus est situé en Palestine. Seuls quelques voyages à l’extérieur font exception, p. ex. en Phénicie et dans la Déca-pole (Mc 7.24, 31), et à Césarée de Philippe, sur les flancs de l’Hermon (Mc 8.27). Jésus est remarqué par Jean-Baptiste pour la première fois alors qu’il se trouve dans la vallée du Jourdain, et l’évangile de Jean rapporte un commencement de ministère dans cette région et en Judée (Jn 1.28-42; 2.13-4.3, daté d’avant l’emprisonnement de Jean, 3.24; 4.1-3, après quoi le ministère galiléen commence, Mc 1.14). Par la suite, la Galilée devient le cadre principal du ministère de Jésus, qui est cependant ponctué de visites à Jérusalem, rapportées par Jean, en lien avec les grandes fêtes juives, jusqu’à la dernière pâque.

3. La situation historique

  1. Au moment de la naissance de Jésus, la Palestine est sous domination romaine depuis environ 60 ans. Cette domination s’exerce de façon indirecte, par l’intermédiaire de chefs locaux dont Hérode le Grand, le plus célèbre d’entre eux. À la mort de celui-ci, son royaume est divisé entre ses fils qui prennent chacun la tête d’un territoire; HérodeAntipas est tétrarque de Galilée et de Pérée pendant le ministère de Jésus (c’est l’Hérode dont parlent les évangiles en dehors des récits de l’enfance). Archélaos, qui reçoit la Judée et la Samarie est déposé au bout de 10 ans à cause de sa mauvaise façon de gouverner; un contrôle direct est alors imposé, en la personne d’un préfet romain dépendant du gouverneur de la province de Syrie. Durant le ministère de Jésus, le préfet s’appelle Ponce Pilate. La domination romaine apportait sans aucun doute des avantages à la nation soumise, mais elle n’était certainement pas populaire. Le système d’imposition était tout particulièrement l’objet de griefs: les taxes officielles, déjà élevées, étaient grevées par les prélèvements officieux des collecteurs d’impôts; c’est ainsi que ces derniers étaient devenus un groupe craint et haï à la fois, escroquant le peuple et collaborant avec la puissance occupante. Mais la principale raison de mécontentement était tout simplement l’absence d’indépendance politique, situation que beaucoup jugeaient incompatible avec le statut de peuple de Dieu qu’était celui d’Israël.
  2. Face à cette situation, l’attitude des différents « partis » qui, à cette époque, avaient déjà émergé au sein du judaïsme, révèle la diversité des réactions juives. Les prêtres sadducéens qui, avec les « anciens » (laïcs) détenaient le pouvoir (Sanhédrin), semblent avoir été plus préoccupés par le maintien du statu quo et l’observation des rites du Temple que par une résistance idéologique à la domination romaine. Les pharisiens qui, dans certains cas, ont soutenu les mouvements insurrectionnels, étaient avant tout préoccupés de la Loi et de son application rigoureuse dans tous les domaines de la vie. Les esséniens s’étaient retirés de tout engagement politique ou social et avaient adopté un mode de vie « monastique » (les manuscrits de la mer Morte fournissent une riche documentation à propos d’un groupe séparatiste de ce type installé à Qoumrân). Mais il existait aussi un important mouvement populaire orienté vers l’activisme politique (le nom d’un groupe de ce type qui apparaîtra plus tard, au Ier s., les zélotes, est souvent utilisé au sens large pour désigner l’ensemble de ces groupes), en particulier depuis la révolte avortée de Judas le Galiléen (elle avait été provoquée par le recensement de 6 apr. J.-C.). Leurs mouvements insurrectionnels sporadiques, en particulier en Galilée, conduisirent finalement à la tragique guerre juive de 66-70 apr. J.-C.
  3. La Galilée, province d’origine de Jésus, se trouvait, par certains côtés, en retrait par rapport au coeur du territoire juif, la Judée. Sa population, qui était peu de temps auparavant encore essentiellement païenne, était méprisée des Juifs judéens qui doutaient de son orthodoxie religieuse; d’un point de vue géographique, elle était séparée de la Judée par le territoire hostile de la Samarie. Leur accent prononcé du Nord empêchait les Galiléens de passer inaperçus dans la société de Jérusalem. Ces différences d’arrière-plan sont des facteurs à prendre en compte dans l’interprétation des rapports entre Jésus et les autorités juives. L’origine de Jésus pouvait avoir également un intérêt pour les Romains, pour qui « Galiléen » était presque synonyme de « révolutionnaire ».
  4. La question des langues de la Palestine du Ier s. apr. J.-C. est complexe. On parlait de toute évidence, l’araméen, l’hb. et le gr. L’araméen était certainement la langue vernaculaire de Jésus, mais un Galiléen aurait certainement été capable de communiquer en gr.; l’hb. (sous une forme proche de l’hb. ultérieur de la Mishna) pourrait bien avoir été la langue de ses débats avec les autorités religieuses de Jérusalem.

II. Naissance et enfance

La naissance de Jésus n’est rapportée que par les évangiles de Matthieu et de Luc, tous deux utilisant de toute évidence des sources différentes, Matthieu se concentrant davantage sur le point de vue de Joseph, alors que Luc fait preuve d’une connaissance intime des expériences de Marie (et de celle de sa parente, Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste). On s’accorde généralement pour dire que ces dernières informations ne peuvent provenir que de Marie elle-même, directement ou indirectement. Il est donc d’autant plus remarquable de constater que sur un fait aussi important que l’origine surnaturelle de la naissance de Jésus (sans l’intervention d’un père humain), les deux évangiles et leurs sources indépendantes concordent .

Les circonstances de la naissance et de l’enfance de Jésus offrent un contraste frappant avec le caractère surnaturel de sa conception. Né dans la pièce réservée aux animaux d’une hôtellerie de village bondée, il est élevé dans un foyer très ordinaire, dans l’obscur village galiléen de Nazareth, localité qui n’avait même pas été mentionnée jusque-là dans la littérature. Sa famille fait probablement partie de ce qu’on appelait aujourd’hui la « classe moyenne »; le « charpentier » (en réalité plutôt un entrepreneur en bâtiment) était un artisan qualifié, employant peut-être des ouvriers, et un personnage respecté de la vie du village . Mais les récits évangéliques montrent clairement qu’ils n’étaient pas fortunés (Lc 2.24; cf. Lv 12.8), et les paraboles de Jésus reflètent l’expérience d’un foyer disposant d’un confort et d’une richesse limités (p. ex. Lc 11.5-7; 15.8-10). Joseph étant absent de la suite du récit évangélique (il disparaît après les récits de la naissance et de l’enfance) et Jésus étant appelé dans son village « fils de Marie » (Mc 6.3), on pense généralement que Joseph est mort pendant l’enfance de Jésus, laissant à celui-ci, fils aîné de la famille, la responsabilité de gérer l’affaire familiale et de pourvoir aux besoins de ses quatre frères et de ses soeurs (Mc 6.3).

Dans de telles circonstances, il était inimaginable que Jésus reçoive une instruction supérieure. Sa bonne connaissance des Écritures vétérotestamentaires montre qu’il avait reçu la même éducation que les enfants juifs de son âge, à l’école de la synagogue du village. L’unique récit concernant son enfance (Lc 2.42-50) révèle une aptitude supérieure au débat religieux. Nous ne savons rien d’autre de son enfance, son enseignement ultérieur révélant simplement sa connaissance des événements et des personnages de la vie quotidienne d’un village de campagne.

III. Les débuts de son ministère public

1. Jean-Baptiste

Jésus fait irruption sur la scène publique dans le cadre du ministère de Jean-Baptiste, son parent judéen qui menait une vie ascétique dans le désert de Judée et dont les appels à la repentance et l’annonce du jugement imminent de Dieu attiraient d’importantes foules qu’il baptisait dans le Jourdain. C’est parmi les disciples de Jean que Jésus appelle ses premiers disciples, avec l’accord du Baptiste (Jn 1.35-42). Jean reconnaît en Jésus le juge dont il a annoncé la venue (Mt 3.11s; etc.), et si le style ultérieur du ministère de Jésus fait apparemment naître chez lui quelques doutes (Mt 11.2-3), il ne semble pas lui avoir retiré son soutien (certains de ses disciples ont cependant poursuivi une existence distincte tout au long de la période néotestamentaire; Ac 18.24s; 19.1-5).

2. Le baptême

Le baptême de Jésus par Jean est certainement l’événement qui représente le mieux l’inauguration du ministère de Jésus. L’interprétation de l’événement – le fait que Jésus ait choisi de se soumettre à un baptême dont la signification explicite était la repentance et le pardon des péchés – est très débattue. À la suite du N.T. (p. ex. Jn 8.46; Hé 4.15; 1P 2.22), les chrétiens se sont accordés pour dire que Jésus n’était pas motivé par une conviction personnelle de péché. Son intention était plus probablement de s’identifier à ce que Jean représentait (ses idéaux allaient par lui suite prendre une place importante dans la prédication de Jésus) et de soutenir son projet en faveur d’un Israël purifié et réformé. De plus, en s’identifiant à ceux qui répondaient à l’appel à la repentance de Jean, Jésus se mettait en situation de devenir leur représentant. L’explication énigmatique qu’il donne lui-même – « car il convient qu’ainsi nous accomplissions toute justice » (Mt 3.15, NBS) – pourrait indiquer qu’il concevait sa mission selon le modèle de celle du Serviteur de l’Éternel qui, par ses souffrances en faveur de son peuple, devait apporter « la justice à la multitude » (Es 53.11, NBS).

Quelle qu’ait été l’intention propre de Jésus, son baptême est l’occasion d’une révélation décisive de sa mission future (Mc 1.10s). L’Esprit-Saint descend sur lui de façon visible, attestant qu’il est le libérateur promis par Es 11.2; 42.1; 61.1 (entre autres), tandis qu’une voix céleste s’adresse à lui, citant Ps 2.7 et Es 42.1, le premier de ces deux textes saluant en l’Élu du Seigneur son Fils et le second introduisant le personnage du Serviteur choisi par Dieu pour délivrer son peuple. C’est ainsi que plusieurs traits de l’espérance messianique vétérotestamentaire se rejoignent et que le rôle décisif de Jésus dans le plan rédempteur de Dieu est mis en avant.

3. La tentation de Jésus

La « tentation » (Mt 4.1-11; Lc 4.1-13), qui suit immédiatement, est essentiellement une découverte du sens du titre de « Fils de Dieu » qui vient d’être proclamé lors du baptême. Le point commun des différentes tentations réside dans l’expression « si tu es le Fils de Dieu ». Une étude des réponses de Jésus montre que les tentations ne visent pas d’abord la façon dont sa mission doit s’accomplir mais sa relation avec Dieu. L’invitation à changer des pierres en pain vise à le faire douter de la bonté du Père et de la sagesse de Celui qui l’a conduit dans cette période d’ascèse. L’invitation à sauter du mur du Temple vise à le pousser à forcer la main du Père (plutôt qu’à se confier en lui). Par la troisième tentation, le diable cherche à pousser le Fils à trahir la loyauté absolue qu’il doit à son Père. Les trois réponses de Jésus sont tirées de v. de Dt 6-8 et font référence aux leçons que le peuple d’Israël était supposé avoir apprises par son expérience du désert; ce qui suggère que Jésus s’attribue la mission du peuple – être le Fils de Dieu – et que son succès là où Israël avait échoué prouve qu’il est le vrai Fils.

Cette rencontre avec Satan, à la fin d’une longue période passée à l’écart, dans la région désertique de la vallée du Jourdain, a donc permis à Jésus d’approfondir sa compréhension de son statut unique de Fils de Dieu (statut-clé en ce qui concerne sa mission). Rien ne suggère que Jésus n’a jamais eu à faire face à d’autres tentations (cf. Hé 4.15), ni même que ces trois-là avaient un caractère typique. Elles sont plutôt le point central d’une période vitale de préparation.

4. La Galilée

Le ministère public de Jésus semble donc avoir commencé dans la vallée du Jourdain, avec une pratique du baptême semblable à celle de Jean (Jn 3.22s; 4.1s). Pour beaucoup, Jésus était un second Baptiste, ce qui donna bientôt naissance à une certaine rivalité entre les deux groupes de disciples, rivalité qui ne fut pas encouragée par Jean (Jn 3.26-30). Mais cette pratique parvint bientôt à sa conclusion, à la fois parce que la popularité croissante de Jésus attira l’attention des autorités et que Jean-Baptiste fut arrêté par Antipas (notamment, comme le rapportent les évangiles, parce qu’il avait critiqué le mariage d’Antipas, mais aussi, selon Josèphe, parce qu’il était accusé d’agitation politique – une accusation qui pouvait aisément toucher le ministère parallèle de Jésus). C’est dans cette situation que Jésus se retire dans sa région d’origine, la Galilée, et qu’il adopte un ministère de prédicateur et de guérisseur itinérant. Rien n’indique qu’il ait continué à pratiquer le baptême.

IV. Les différentes caractéristiques du ministère public de Jésus

1. Son mode de vie

Bien que Jésus ait été originaire de la « classe moyenne », le mode de vie qu’il choisit par la suite ne lui assure aucune sécurité financière. Il vit, avec ses disciples, des contributions et de l’hospitalité de ceux qui soutiennent sa mission (Mt 10.8-11; Lc 8.3; 10.38-42). Il leur apprend à compter sur Dieu pour tout ce qui concerne les besoins matériels (Mt 6.24-34) et demande à un disciple potentiel de renoncer à tous ses biens (Mc 10.17-22). L’argent du groupe est placé dans une bourse commune. Pour Jésus, la pauvreté n’est pas une situation désastreuse (Lc 6.20s, 24s; Mc 10.23-31). Célibataire, sans lieu de résidence fixe (Lc 9.58) ni attache matérielle, il est libre de voyager dans toute la Palestine, prêchant et guérissant les malades.

Durant la première partie de son ministère, en tant qu’enseignant de passage, il est invité à parler dans les synagogues (Mc 1.21, 39; Mt 9.35; Lc 4.16-27); par la suite, il n’enseigne plus dans les synagogues (son enseignement y est-il jugé trop radical?), mais il enseigne les foules en plein air et consacre de plus en plus de temps à l’instruction de ses disciples les plus proches.

2. Ses disciples

Comme les autres maîtres juifs, Jésus rassemble autour de lui un groupe de disciples. Les « foules » vont et viennent, écoutant avidement Jésus, mais ne s’engagent pas à le suivre; les « disciples » sont ceux qui, à des degrés divers, lient leur sort au sien et l’accompagnent dans ses voyages. De ces disciples se détache un cercle rapproché, les Douze (souvent appelé « apôtres », bien qu’ils n’aient pas l’exclusivité du terme dans le N.T.), choisis par Jésus; au sein des Douze, le groupe formé de Pierre, Jacques et Jean rassemble les compagnons les plus proches de Jésus en un certain nombre d’occasions importantes.

Le disciple s’engage à l’égard de Jésus sans réserve et de façon exclusive. Ceux qui font partie du cercle rapproché acceptent son mode de vie (bien qu’ils n’aient pas abandonné définitivement maisons et familles, comme l’illustre le cas de Pierre; Mc 1.29-31; 1Co 9.5) et se déclarent prêts à souffrir la persécution et l’ostracisme en son nom (Mt 10.16-39). Le fait que Jésus ait pu, malgré tout, appeler des gens à le suivre et être pris au sérieux est révélateur de son autorité et de l’attrait exercé par sa personne et son enseignement.

La plupart de ses disciples étaient des Galiléens. Au sein du cercle rapproché, il est probable que tous, à l’exception de Judas Iscariote (si son nom signifie bien « homme de Qeryoth »), étaient Galiléens. En ce qui concerne leur caractère et leur arrière-plan, ils vont de Thomas le pessimiste à Pierre l’extraverti, et de Matthieu le collecteur d’impôts (au service du gouvernement proromain) à Simon « le Zélé ». Le fait d’avoir réussi à maintenir l’unité d’un tel groupe et d’en avoir fait le fondement de la plus grande religion du monde n’est pas la moindre des réussites de Jésus.

3. Ses attitudes sociales

Jésus est régulièrement critiqué par les autorités juives parce qu’il apprécie la compagnie peu recommandable des « collecteurs d’impôts et des pécheurs », c.-à-d. des exclus de la société des gens respectables. Le fait qu’il ait pris avec eux des repas était tout particulièrement choquant. Mais Jésus justifie ses actes, arguant qu’ils sont essentiels à sa mission qui consiste à s’adresser aux pécheurs, quel que soit leur statut social (Mc 2.17; cf. Lc 15.1ss). Il accueille aussi des femmes de moralité douteuse, que d’autres auraient évités, et parle avec elles (Lc 7.36-50; Jn 4.7ss); il est même bien accueilli parmi les Samaritains, ennemis traditionnels des Juifs (Jn 4.39-42; Lc 17.11-19). Sa parabole du bon Samaritain (Lc 10.29-37) est un défi lancé à un tabou juif traditionnel. Ses contacts directs avec les païens sont peu nombreux mais positifs (Mt 8.5-13; 15.22-28), et son enseignement montre qu’il ne considère pas les païens comme des inférieurs mais qu’il leur donne une place aux côtés des Juifs dans le projet divin (cf. p. ex.Mt 8.11-12; Lc 4.25-27).

Son souci de ne pas se laisser limiter par les barrières sociales conventionnelles se manifeste aussi dans le cadre de ses relations avec les riches et les pauvres. La plupart de ses disciples les plus proches semblent issus de la même catégorie sociale que lui (en particulier des pêcheurs, propriétaires de bateaux et employant des ouvriers, Mc 1.20), mais sa prédication est favorablement reçue parmi les pauvres (p. ex. Mt 11.5) tout en ayant aussi des disciples riches et influents (p. ex. Nicodème et Joseph d’Arimathée, Jn 19.38-42) et en étant à l’aise en compagnie des plus riches (Lc 7.36; 14.1ss). Il ne semble pas impressionné par la richesse ou la pauvreté en tant que telles: c’est l’attitude à l’égard de la richesse qu’il juge importante (Mc 12.41-44; Lc 12.13-21). Il exige de ses disciples qu’ils ne se préoccupent pas non plus des barrières artificielles (Lc 14.7-14) et il condamne sévèrement les insensibles qui négligent les pauvres (Lc 16.19ss).

En toutes choses, Jésus se préoccupe des besoins réels de ceux qu’il rencontre, besoins physiques et spirituels, et dans la réponse qu’il apporte, il ne se soucie pas des conventions et des tabous qu’il pourrait transgresser.

 4. Les polémiques au sujet de la loi

Les débats avec les chefs religieux juifs, en particulier les scribes et les pharisiens, représentent une part importante du récit évangélique. Jésus n’avait pas reçu l’instruction des scribes (Jn 17.5), mais son style d’enseignement et son groupe de disciples le projettent dans le rôle d’un rabbi, et c’est parfois ainsi qu’on s’adresse à lui. Le contenu de son enseignement le distingue cependant sur de nombreux points de l’orthodoxie scribale et deviendra un des facteurs essentiels de l’hostilité qui conduira finalement à son exécution.

La question de l’autorité est primordiale. Ce n’est pas l’autorité de la Loi vétérotestamentaire qui est en cause, mais l’autorité de ses interprètes. La tradition des scribes avait donné naissance à un corpus complexe, et en développement permanent, d’enseignement oral portant sur l’application précise de la Loi dans les domaines les plus minimes de la vie quotidienne; cette tradition faisait autorité. Les questions débattues étaient tranchées en faisant appel aux enseignants du passé. Jésus, en revanche, ne prête que peu d’attention aux règles traditionnelles qui ne se trouvent pas dans l’A.T. et ne fait jamais appel à d’autre autorité qu’à la sienne (et bien sûr à l’A.T.); noter en particulier sa formule: « Vous avez appris qu’il a été dit à nos ancêtres… Eh bien, moi, je vous dis… » (Mt 5.21s, 27s, 31s, etc.).

Les enjeux transparaissent clairement dans le débat sur la pureté (Mc 7.1-23), où Jésus accuse explicitement les pharisiens et les scribes de se soustraire aux exigences de l’A.T. en s’appuyant sur des règles conçues par des hommes; pour lui, toute la question de l’impureté rituelle est sans importance. Il en est de même dans les nombreux autres conflits portant sur le respect du sabbat (p. ex. Mc 2.23-3.6; Lc 13.10-17), qui était un des domaines dans lesquels la tradition des scribes avait le plus légiféré. Jésus coupe à travers l’enchevêtrement des législations pour atteindre directement l’intention originelle de l’institution du sabbat et affirme son droit à en déterminer la juste observance.

La série des six « antithèses » du Sermon sur la montagne (Mt 5.21-48) illustre encore plus l’approche radicale de Jésus à l’égard de la Loi. Allant au-delà de la lettre, il dévoile la pensée qui sous-tend l’acte; donnant la priorité aux principes sur les préceptes, il semble même mettre de côté ces derniers (Mt 5.38s). Cette attitude radicale à l’égard des questions légales fait de Jésus un danger pour les autorités scribales; à cause de la popularité de sa pensée, il devient urgent de se débarrasser de lui. Le conflit est apparemment animé, des paroles fortes étant prononcées par les deux parties (Mc 3.22; Mt 23.1-36). C’est l’attitude légaliste des autorités scribales, plutôt que leurs traditions en tant que telles, que Jésus juge nécessaire de dénoncer.

5. Ses miracles

Les sources chrétiennes et non-chrétiennes révèlent que Jésus était connu de ses contemporains comme un faiseur de miracles. La vaste majorité des miracles rapportés dans les évangiles sont des miracles de guérison; les évangiles présentent d’ailleurs la guérison, souvent d’un grand nombre de personnes à la fois, comme un trait habituel du ministère de Jésus (Mc 1.32-34; 3.7-12; 6.55s; Lc 7.21s). Des exorcismes sont souvent associés aux guérisons (bien que ces deux pratiques soient soigneusement distinguées, p. ex. en Mc 1.32-34; Lc 13.32 ). Jésus s’attend à ce que ses disciples agissent de la même façon lorsqu’il les envoie en son nom (Mc 6.13; Mt 10.8). Ces deux pratiques miraculeuses sont intégralement liées à sa prédication et forment avec elle les différents aspects de son assaut contre les forces du mal, dans leur manifestation physique autant que spirituelle.

La guérison et l’exorcisme étaient des pratiques acceptées de la part des hommes pieux du judaïsme du Ier s., mais aucun exemple approchant l’ampleur du ministère de guérison de Jésus n’est rapporté à propos d’un personnage contemporain . Jésus guérit une gamme importante de maladies, allant de la paralysie à la cécité, et de la lèpre à une oreille arrachée. Le récit évangélique rapporte également trois cas de résurrection de personnes récemment décédées. Contrairement à d’autres exorcistes, Jésus n’utilise que peu (ou pas du tout) de rituels, se contentant souvent d’un simple ordre (Mt 8.8s, 16). Sa façon de procéder donne l’impression qu’il a autorité sur le mal, dans ses manifestations physiques et spirituelles, et qu’il a compassion de ceux qui souffrent. Par son minis-tère de guérison, il ne cherche pas à être reconnu, ni d’abord à prouver quoi que ce soit, mais à répondre spontanément, poussé par la compassion, aux besoins humains qu’il rencontre.

Les autres miracles de Jésus (sur la nature) sont en comparaison peu nombreux, mais on y retrouve la plupart du temps le même modèle d’une réponse spontanée et désintéressée à un besoin urgent: nourrir des foules affamées, fournir du vin dans l’urgence, donner du poisson après une nuit de pêche inutile et calmer une tempête sur le lac. La façon miraculeuse dont Jésus fait face à de telles situations n’est pas tant une façon délibérée de manifester sa puissance qu’une conséquence naturelle de ce qu’il est. Seuls les épisodes où il marche sur l’eau et où il dessèche le figuier semblent décrire des miracles qu’il accomplit davantage en vue d’un enseignement sur la nature de sa personne et de sa mission que pour répondre à un besoin précis.

Les miracles ne sont donc pas des preuves de la divinité de Jésus mais ils l’impliquent. Ils font intégralement partie de l’ensemble de son ministère de délivrance et de combat contre le mal.

Bibliographie. B. Witherington, Histoire du Nouveau Testament et de son siècle, 2003, p. 124-127.

6. Sa politique

Le chef d’accusation qui conduisit finalement à la condamnation de Jésus fut celui de sédition (Lc 23.2): il avait prétendu être le « roi des juifs ». Ce titre n’apparaît jamais dans les paroles de Jésus, pourtant, il parle souvent du « royaume de Dieu », objet de sa mission, et utilise un langage qui, particulièrement en Galilée, pouvait être interprété comme nationaliste. Le soutien populaire qu’il obtient au début de son ministère s’explique probablement par l’espoir d’une révolte contre Rome; cette pensée culmine dans la tentative visant à l’obliger à accepter le titre de « roi » (Jn 6.14s). Après cet épisode, son soutien populaire semble décroître et il passe une plus grande partie de son temps à enseigner à ses disciples la véritable nature de sa mission.

Certains auteurs modernes  se sont efforcés de montrer que les intentions de Jésus étaient en réalité politiques et que la nature spirituelle de son règne n’est qu’une invention tardive des évangiles visant à passer sous silence son vrai but révolutionnaire. Jésus n’était certainement pas aussi aveugle à l’égard des problèmes politiques et sociaux que les chrétiens les plus piétistes l’ont suggéré; mais le point de vue de Brandon nécessite une complète réécriture des évangiles, sur une base pour le moins fragile. Le Jésus des évangiles fait tout ce qui est possible pour corriger les malentendus concernant la nature de sa mission (Mc 8.27-38; 12.35-37; 14.61s), il évite la publicité et les manifestations populaires jusqu’à la dernière semaine de son ministère, et, lorsqu’on l’interroge sur la validité de l’impôt romain, il refuse de prendre une position nationaliste (Mc 12.13-17); Pilate, le procurateur romain, le déclare innocent de l’accusation de sédition (Lc 23.13-16). Son attitude à l’égard de la nation juive de son temps est incompatible avec toute sympathie nationaliste: il voit s’approcher le jugement final – la destruction imminente de Jérusalem – d’une nation qui a rejeté les messagers de Dieu (Lc 11.47-51; 13.25-35; etc.). À cause des circonstances de son ministère, il est inévitablement soupçonné d’intérêt politique, mais les données montrent que ses intentions étaient d’un autre ordre (ce qui n’a pas empêché certains de ses disciples de s’attendre à ce qu’il joue un rôle nationaliste).

7. Son autorité

Selon les évangiles, il se dégageait avant tout de son ministère une impression d’autorité, à la fois à cause de son enseignement audacieux (Mc 1.22) et de ses actes miraculeux (Mc 1.27; Mt 9.8). C’est son autorité personnelle qui impressionne le centurion païen (Mt 8.8s), qui pousse ses disciples à quitter foyer et travail pour le suivre, et qui détruit tout sur son passage lorsqu’il nettoie le parvis du Temple (Mc 15.11-17). Même si Jésus refuse de nommer ouvertement la source de son autorité (Mc 11.27-33) elle vient de toute évidence de Dieu et sa prétention au titre de Fils de Dieu le confirme. Après sa résurrection, il déclare sans ambiguïté son autorité universelle (Mt 28.18; cf. Jn 17.2).

8. Jésus et la prière

Jésus a prié en tant que Juif. Sa prière était nourrie de l’A.T., en particulier des Ps. Il participait certainement à la prière synagogale (Lc 4.16). Il a rappelé que le Temple était « une maison de prière » (Mc 11.17). La vie quotidienne de tout Juif pieux était structurée par la prière. On a en Mc 12.29-30 un renvoi au shema, prière traditionnelle par excellence. Jésus mettait du temps à part pour la prière, cultivant sa relation avec son Père en se mettant « à l’écart », souvent « dans la montagne » (Mt 14.23; Mc 6.46; Lc 6.12; 9.28), parfois la nuit. Mais, vivant dans le monde, parmi les hommes, il prie également dans des circonstances particulières (Lc 3.21; 9.29), à l’occasion des repas (lors de l’institution de la cène).

Les évangiles nous livrent quelques brèves prières prononcées par Jésus. Deux prières appartiennent à la période de son ministère itinérant: la prière d’exultation (Mt 11.25-27 = Lc 10.21-22) et la prière de reconnaissance pour l’exaucement (Jn 11.41-42). Un plus grand nombre s’inscrivent dans les récits de la Passion: l’expression d’une angoisse surmontée (Jn 12.27-28), l’intercession doulou-reuse de Gethsémani (« s’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi, toutefois non pas ce que je veux, mais ce que tu veux! », Mc 14.36), le bouleversant cri de déréliction (Mc 15.34), la demande du pardon pour les bourreaux (Lc 23.34), les paroles d’abandon confiant entre les mains du Père au moment de la mort (Lc 23.46). La prière dite « sacerdotale » en Jn 17 occupe une place à part en raison de son ampleur et du recul pris qui fait qu’elle couvre le passé le présent et le futur de Jésus et des disciples.

Le N.T. évoque aussi la prière du Christ ressuscité et exalté. Le Seigneur est l’avocat des siens auprès du Père (Rm 8.34; 1Jn 2.1), le grand-prêtre intercesseur (Hé 7.25). Présent dans la vie quotidienne de ses disciples par l’Esprit qui informe leurs prières (Rm 8.27), il intervient aussi en leur faveur auprès du Père dans la gloire céleste.

VI. La fin de son ministère

1. La dernière semaine à Jérusalem

Jésus entreprend sa dernière visite à Jérusalem en sachant qu’elle conduira au conflit final avec les autorités et s’achèvera par sa propre mort (Lc 13.33; 18.31-33). Elle a lieu au moment de la Pâque, période où Jérusalem est bondée de pèlerins et où les gens ont à l’esprit les thèmes de la mort et de la rédemption. Certains des événements qui se produisent pendant cette semaine revêtent une importance particulière.

  1. L’entrée dans Jérusalem L’entrée de Jésus dans Jérusalem est délibérément spectaculaire. Au lieu d’arriver incognito comme les milliers d’autres pèlerins, Jésus met en scène son entrée: monté sur un âne, il est accueilli par ses disciples et d’autres pèlerins aux cris de « hosanna» (Mc 11.1-10). Par cette allusion évidente à Za 9.9-10, la prophétie du roi qui entre dans Jérusalem sur un âne, Jésus pose un acte messianique. C’est d’ailleurs ainsi que l’interprètent les foules, parmi lesquelles se trouvent certainement nombre de ses anciens partisans galiléens. La prophétie parle d’un roi de paix, mais beaucoup ont probablement interprété son acte d’une façon plus nationaliste.
  2. La purification du Temple Un des premiers gestes de Jésus à son arrivée est aussi délibérément symbolique. Il chasse des parvis du Temple les marchands d’animaux destinés aux sacrifices et les changeurs d’argent (le Temple avait sa propre monnaie) dont la présence avait officiellement été autorisée par les autorités sacerdotales (Mc 11.15-18). Par cet acte, Jésus exprime son rejet des autorités religieuses de son temps et de leur attitude à l’égard du culte. Mais son geste rappelle aussi inévitablement des textes commeMl 3.1-4 et Za 14.21, et renforce donc sa déclaration messianique (il faut d’ailleurs noter en passant que la « violence » de Jésus n’est pas dirigée contre le gouvernement romain mais contre les autorités juives; elle n’est donc pas l’expression d’un militantisme nationaliste).
  3. Les polémiques La dernière semaine est marquée par un dialogue continu avec les autorités religieuses. Plusieurs débats particuliers sont rapportés; ils portent sur l’origine de l’autorité de Jésus (Mc 11.27-33), son attitude à l’égard des impôts romains (Mc 12.13-17), la résurrection des morts (Mc 12.18-27), le plus grand commandement (Mc 12.28-34) et le statut du Messie, « fils de David » (Mc 12.35-37). Ces débats ont lieu en public – Jésus enseigne en effet sur les parvis du Temple – et leur but est d’obtenir de Jésus une déclaration blasphématoire ou politiquement préjudiciable, qui pourrait être ensuite utilisée contre lui. Mais Jésus évite d’offrir à ses adversaires les arguments qu’ils attendent et parvient malgré tout à transmettre un enseignement important. Sa parabole des vignerons (Mc 12.1-12) et ses critiques des scribes et des pharisiens (cf. en particulier Mt 23) confirment son rejet des autorités d’Israël. Il annonce également avec plus de précision la destruction future de Jérusalem et de son Temple (Mc 13).
  4. Le dernier repas Ce « repas d’adieu » est également un acte organisé et délibéré (Mc 14.13-16). Il s’agit d’une certaine manière d’un repas de Pâque, peut-être pris un jour avant la date officielle de la célébration (le lendemain soir sera trop tard; cf. cène, I.1, pour des précisions concernant la date). Pendant le repas, Jésus donne à ses plus proches disciples des instructions vitales dans la perspective de son départ imminent, et leur révèle qu’il va être trahi par l’un d’entre eux (il ne semble pas avoir identifié le traître explicitement, sauf peut-être à l’intention de Jean, Jn 13.23-26). Mais le point fort du repas est le partage symbolique du pain et du vin qu’il donne à ses disciples pour leur signifier que sa mort sera portée à leur bénéfice (et au-delà d’eux, à celui de « beaucoup d’hommes »). Cet acte symbolique (accompli dans le contexte de la célébration pascale de la rédemption) est la déclaration la plus claire que Jésus ait jamais faite concernant l’effet rédempteur de sa mort; il était donc approprié qu’elle devienne, comme lui même l’a demandé, le centre du culte de ses disciples. Elle met un point final aux doutes que ses disciples pouvaient avoir au sujet de sa résolution à mourir pour accomplir le projet du Père.

2. Procès et exécution

Jésus est arrêté discrètement, de nuit, sur les flancs du mont des Oliviers. La trahison de Judas permet aux autorités de localiser Jésus parmi les milliers de pèlerins qui campent sur la montagne; Jésus refuse de s’enfuir et de résister, acceptant, après sa prière de soumission du jardin de Gethsémané, la volonté de Dieu.

Le « procès de Jésus » se compose d’une série d’auditions effectuées la même nuit et le lendemain matin (le vendredi). La première, probablement officieuse, devant Hanne, l’ancien grand-prêtre (déposé par les Romains; Jn 18.12-23), ne produit aucun résultat formel. Suivent deux auditions, devant Caïphe et le sanhédrin, la première de nuit et la seconde tôt le lendemain matin, la première étant une audition préliminaire organisée à la hâte, la seconde une réunion du sanhédrin au grand complet au cours de laquelle sont ratifiées les conclusions de la première réunion et est formulée l’accusation de blasphème. Le sens de cette accusation est difficile à définir précisément; elle s’appuie probablement sur le fait que Jésus ait accepté le titre messianique et ait fait allusion à Ps 110.1 et Dn 7.13 pour prédire sa future justification et glorification (Mc 14.61s).

En cas de blasphème, la loi juive prévoyait la mort. Cependant, seul le procurateur romain avait à l’époque le pouvoir de condamner à la peine capitale et le blasphème n’était pas une accusation reconnue par la loi romaine. Jésus est donc conduit devant Pilate pour trahison, accusation basée sur l’utilisation du titre de « roi des Juifs ».

Les hésitations de Pilate – à juger et encore plus à condamner Jésus – révèlent son mépris à l’égard de ses sujets juifs et de leurs préoccupations religieuses . Le fait que l’accusation ait été artificielle et que la carrière de Jésus n’ait pas été celle d’un révolutionnaire ne pouvait qu’amplifier ses hésitations. Pilate tente d’éluder la question en envoyant Jésus à Hérode Antipas (Lc 23.6-12), en proposant de le libérer selon la coutume de l’amnistie pascale (Mc 15.6-15), en replaçant la peine capitale par la flagellation (Jn 19.1-5), puis par une simple déclaration d’innocence (Lc 23.22; etc.), mais il ne peut venir à bout de l’hostilité populaire soigneusement orchestrée. Les autorités juives ayant sommé Pilate de ne pas ignorer ce danger menaçant le gouvernement romain – autrement dit la non-condamnation de Jésus serait rapportée aux supérieurs de Pilate (Jn 19.12) – Jésus est condamné à la crucifixion.

Ce mode d’exécution était celui des esclaves délinquants ainsi que des rebelles opposés au pouvoir impérial. L’agonie publique et prolongée qu’il impliquait était supposée avoir un effet dissuasif sur les révolutionnaires potentiels.

En ce qui concerne la méthode, la crucifixion de Jésus n’a rien d’inhabituel. Le comportement de la victime, par contre, est inhabituel. Malgré la cruauté de la flagellation romaine, les moqueries des soldats, l’obligation de porter la lourde barre transversale de la croix et la crucifixion elle-même, Jésus prononce des paroles qui expriment son pardon, son souci des autres et sa prière. Son attitude impressionne le centurion romain (Mc 15.39; cf. Lc 23.47) et même les deux autres crucifiés (Lc 23.40-42).

La soudaineté de sa mort est également inhabituelle; les crucifiés mouraient rarement le jour même, mais seulement après une longue période d’inconscience. Jésus meurt rapidement, suite à ce qu’on peut considérer comme une décision délibérée (Lc 23.46; cf. Jn 19.30). Son dernier cri – « tout est accompli » (Jn 19.30) – fait de lui quelqu’un qui n’est pas victime des circonstances mais qui maîtrise la situation et qui participe volontairement à un événement crucial.

L’ensevelissement de Jésus est également inhabituel; il montre le soutien dont Jésus disposait encore de la part des cercles influents. Le corps des crucifiés était normalement laissé sans sépulture. Le tombeau de Joseph d’Arimathée, qui était creusé dans le rocher, était probablement entouré de plusieurs autres tombeaux.

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