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Chrétiens de Syrie : un retour et des incertitudes

La plupart des chrétiens qui ont fui la guerre et les menaces des islamistes sont de retour dans leurs villes respectives. Mais il reste plusieurs zones de combats et le futur est incertain. 

En Syrie, les groupes terroristes comme l’État islamique (EI) ou Al-Qaïda sont en net recul. Des villes qui ont été marquées par des combats sanglants vivent désormais largement en paix. L’approvisionnement en eau et en électricité est à nouveau assuré et les personnes chassées retournent progressivement dans leurs maisons abandonnées. Parmi elles, on compte des milliers de chrétiens.

Mais il reste plusieurs zones de combats et le futur est incertain. Ce qui est sûr, c’est que la reconstruction sera longue et ardue à tous égards. L’EI et Al-Qaïda ont toujours pour objectif d’anéantir la chrétienté en Syrie.

C’est une des raisons pour lesquelles Christian Solidarity International (CSI) s’engage inconditionnellement pour aider les chrétiens autochtones à rester dans leur pays. À cet effet, il ne suffit pas d’octroyer de l’aide alimentaire et des soins médicaux. Les enfants ont besoin d’une perspective d’avenir ; CSI essaie de leur en offrir par le biais de la scolarisation, en collaboration avec ses partenaires locaux. En automne 2017, le responsable CSI pour la Syrie John Eibner a visité plusieurs villes syriennes où CSI apporte une aide à long terme. Nous transcrivons ici quelques impressions de son voyage en Syrie.

Tartous : Formation scolaire en temps de guerre

La province côtière de Tartous est restée largement épargnée par la guerre. Des centaines de milliers de déplacés internes y ont trouvé refuge. À Tartous, CSI travaille avec Sœur Sara, une catholique qui a dû prendre ce nom d’emprunt pour assurer sa sécurité. Comme le pays est redevenu plus sûr, il est possible d’abandonner ce pseudonyme : il s’agit de Sœur Marie-Rose, membre des sœurs du Sacré-Cœur de Jésus.

Les pères de familles musulmanes conservatrices interdisent en général à leurs filles d’étudier dans des classes mixtes. Mais le statut de femme religieuse endossé par Sœur Marie-Rose a souvent permis de gagner leur confiance et les filles peuvent s’épanouir dans ses cours. Quant aux garçons, après avoir travaillé douze heures par jour dans une usine, ils peuvent jouer dans cet établissement comme ils le faisaient avant la guerre. Des enfants gravement traumatisés apprennent ainsi à nouveau à rire. Il faut savoir que le centre offre aussi un accompagnement thérapeutique.

Sarah, l’une des jeunes aides de Sœur Marie-Rose, a été tellement enthousiasmée par le côté salutaire du travail dans cet établissement qu’elle a renoncé à son projet d’études aux États-Unis ! Elle préfère clairement s’engager en faveur des enfants défavorisés de Tartous. Elle explique : « Les enfants sont notre bien le plus important, car les adultes sont un produit de ce qu’ils ont vécu dans leur enfance. » Ainsi, les enfants de Tartous pourraient bien être une image de l’avenir de la Syrie.

Homs : Une formation pour les plus démunis

La quasi-totalité des quelque 100 000 chrétiens de Homs ont fui lorsque les rebelles islamistes ont pris une grande partie de la ville en 2012. Depuis la reconquête de la ville par les troupes gouvernementales syriennes en 2014, des chrétiens toujours plus nombreux rentrent chez eux.

Sœur Marie-Rose fait partie des personnes qui ont dû quitter Homs précipitamment en 2012. Les rebelles avaient mis la main sur le cloître de sa congrégation en causant de nombreux dégâts. Avant la guerre, une organisation nommée Le Sénevé était locataire du cloître des sœurs. Elle prenait en charge les enfants souffrant de troubles psychiatriques comme l’autisme et leur fournissait des thérapies leur permettant de s’intégrer au mieux dans la société.

Dès leur retour dans le couvent, les sœurs ont donné la priorité aux travaux d’assainissement et de rénovation du bâtiment. Grâce à l’aide de CSI, le centre a donc pu rouvrir ses portes en avril 2016. Dans la lancée, les sœurs ont ouvert de nouveaux centres dans d’autres quartiers de Homs. Actuellement, ces centres offrent des places de formation et d’encadrement pour une centaine d’enfants présentant des besoins spécifiques. Pour une ville qui a tant souffert de la guerre, cet investissement en faveur des enfants est un véritable signe d’espoir pour l’avenir.

Alep : Un retour et des incertitudes

La bataille d’Alep a duré plus de quatre ans. Une partie de la ville qui comprenait environ 2,5 millions d’habitants est restée sous le contrôle du gouvernement syrien tout au long de la guerre, tandis que l’autre partie a été prise par les islamistes. Bien sûr, tous les chrétiens, les alaouites et les sunnites modérés ont été chassés de cette zone par les rebelles. Ainsi, des centaines de milliers de personnes ont dû fuir leur patrie notamment le 75 % des chrétiens de la ville.

John Eibner a rencontré à Alep une famille qui venait de rentrer de Tartous. Leur fille Walla, une adolescente, a pris part au programme de Sœur Marie-Rose. Walla déborde de reconnaissance : « Ce que vous m’avez permis de vivre à Tartous était vraiment grandiose – et dire que vous n’avez rien demandé pour cela ! » Mais à Alep, Walla n’a plus la possibilité d’étudier. Au-delà des murs de sa maison détruite, l’horizon paraît pour l’heure assez sombre.

Une femme chrétienne dont John Eibner a fait la connaissance à Alep avait fui avec son mari syrien et ses enfants au Venezuela (son pays d’origine). Comme la situation de ce pays sud-américain n’est guère encourageante, ils sont tous revenus en Syrie et se trouvent à Alep depuis septembre 2017. Cette femme est pleine d’espoir : « Un jour, nous pourrons à nouveau vivre ici comme avant la guerre ! »

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