Chrétiens du Yémen

22 millions de personnes ont faim au Yémen, selon une ONG chrétienne

Chrétiens du Yémen
  • Jan 03
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Au Yémen, vingt-deux millions de personnes ont faim (plus de quatre-vingts pour cent de la population). Plus de dix millions se battent pour survivre, selon l’Aide aux Eglises dans le Monde (AÉM), une ONG d’aide aux chrétiens persécutés.

Le Yémen serait menacé par une immense catastrophe humanitaire. Selon l’Aide aux Eglises dans le Monde, vingt-deux millions de personnes ont besoin d’une aide urgente dans le pays. En plus de la famine, une épidémie de choléra incontrôlable se propage.

Deux ans de souffrance

Le 1er juillet 2015, l’ONU a déclaré le plus haut niveau d’urgence sanitaire pour le Yémen. Et l’Unesco a révélé que deux sites du patrimoine mondial, la vieille ville de Sanaa et la ville fortifiée de Shibam, étaient menacés. Mais rien ne s’est passé. Aujourd’hui, vingt-deux millions de personnes sur une population totale de vingt-sept millions trois cent mille personnes ont besoin d’aide humanitaire Et le nombre ne cesse de croître, parce que l’épidémie de choléra dans le pays se répand massivement en raison du manque d’eau potable. Avec un million de malades, les prédictions de la Croix-Rouge pour la fin de 2017 ont déjà été dépassées. Jamais auparavant dans l’histoire humaine une catastrophe d’une telle ampleur n’a été documentée. La population de tout un pays est sur le point de disparaître.

Bombes quotidiennes

Les responsables de cette catastrophe sont connus. Depuis mars 2015 une alliance, sous le diktat de l’Arabie saoudite, conduit des frappes aériennes quotidiennes sur les infrastructures et la population du Yémen. Malgré cette violence journalière, les chiîtes zaïdites houthis, qui contrôlent de grandes parties du pays et la capitale Sanaa, ne peuvent pas être repoussés. Mais l’Arabie saoudite n’abandonne pas. De grandes régions du pays sont donc quotidiennement frappées par des attaques de roquettes, car les houthis, financés par l’Iran totalitaire, doivent être chassés, selon la lecture saoudienne du Coran. La République islamique s’est toutefois toujours fixé l’objectif d’aider les chiîtes à renforcer leur pouvoir, alors que l’Arabie saoudite se bat pour la suprématie des sunnites.

L’AÉM apporte une aide d’urgence à dix-huit mille personnes au Yémen grâce à ses réseaux de partenaires yéménites

Parce que cette guerre par procuration au Yémen ne résout rien, en dépit de l’utilisation d’énormes ressources et des conséquences dévastatrices pour le pays, le 5 novembre 2017 l’Arabie saoudite a fermé les frontières terrestres, maritimes et aériennes avec le Yémen. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Al Saoud (32 ans), parfois désigné par ses initiales MBS, en est le responsable. Il est l’un des quarante-cinq fils du roi saoudien. MBS a été hyperactif sur tous les fronts durant deux ans.

Dans son agenda des réformes 2030, il promet à la jeunesse saoudienne un avenir prospère, la libéralisation pour les femmes (permis de conduire et accompagnées d’un homme, l’accès aux stades) et le «retour à un islam plus modéré» pour renouer avec le monde. Mais cette politique va de pair avec un nouveau régime de violence. MBS, en tant que ministre de la Défense, est responsable de l’isolement du Qatar et de la famine qui sévit au Yémen.

Des tensions sur tous les fronts

Il n’est pas surprenant de voir que le président du Yémen, Abdrabbo Mansour Hadi, siège à Riyad et «dirige» le Yémen depuis l’Arabie saoudite. Il n’a toutefois plus grand-chose à dire sur sa capitale temporaire, Aden. En mai 2017, les dirigeants et les militaires ont annoncé la formation d’un nouveau «gouvernement de transition» pour le sud du Yémen. Après que l’alliance menée par l’Arabie saoudite a chassé les houthis d’Aden, les anciennes plaies ont été rouvertes.

À Hadramaout, province du sud riche en pétrole, on a réalisé avec amertume que les ventes de pétrole du gouvernement s’épuisaient. Le résultat est un combat entre les partisans d’Abdrabbo Mansour Hadi (Arabie saoudite) et la nouvelle faction du sud du Yémen à Aden, dont profite massivement al-Qaïda. Dans le même temps, les dirigeants du sud du Yémen ont également établi des relations avec les Émirats, provoquant Abdrabbo Mansour Hadi (et derrière lui l’Arabie saoudite) parce que les Émirats se sont mis du côté des sécessionnistes. Le pouvoir de MBS repose sur la suprématie en dehors de son pays, car il s’effondre sur tous les fronts en Arabie saoudite, ce qui a entraîné une purge de l’élite. MBS est en train de négocier le montant que devront payer les princes et les milliardaires récemment arrêtés pour retrouver la liberté. Il fait donc taire les critiques et génère de nouveaux revenus, parce que le prix du pétrole est bien en dessous de soixante dollars le baril et bien en deçà des objectifs budgétaires. La «saoudification» du pays fait que quatre-vingts pour cent des hommes travaillent comme des fonctionnaires coûteux, tandis que les entreprises sont effectivement dirigées par des étrangers. Ce ne sont pas de bons signes pour l’avenir.

La même chose s’applique aux interventions militaires de MBS au Yémen. Elles relancent la position de l’Iran et éveillent lentement, on l’espère, l’indignation internationale. L’Arabie saoudite est directement responsable de la famine effroyable au Yémen et, par la fermeture des frontières, de l’épidémie de choléra d’une ampleur incroyable.

Le blocus aiguisant «la pire crise humanitaire du monde», plusieurs organisations ont de ce fait lancé un appel en novembre 2017. L’AÉM est active dans la région depuis de nombreuses années. Grâce à des réseaux de partenaires yéménites expérimentés, elle fournit régulièrement une aide d’urgence à plusieurs milliers de personnes: aide médicale, prévention du choléra, fournitures de secours, refuge, éducation scolaire et accompagnement psychologique. «Quatre-vingt-treize pour cent des victimes des bombes sont des civils. Pourtant, les bombardements continuent tous les jours», explique Matthias Schwab, responsable de projets de l’AÉM au Moyen-Orient qui connaît le monde arabe. Il dénombre les conséquences: «Au Yémen, vingt-deux millions de personnes meurent de faim, plus de quatre-vingts pour cent de la population et plus de dix millions de personnes luttent sérieusement pour leur survie. Jusqu’à quatre millions et demi de personnes sont en fuite dans le pays et près d’un million souffrent du choléra. Y compris des millions d’enfants. Quand le monde va-t-il enfin se réveiller?», demande-t-il à juste titre.

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