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Les chrétiens interpellent les candidats à l’élection présidentielle 2017

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  • Avr 04
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Les chrétiens protestants français veulent prendre leur part dans le débat citoyen qui s’est ouvert en cette période électorale. Ils veulent engager le dialogue avec les candidats à l’élection présidentielle française de 2017.

A l’approche des choix décisifs que devront faire les Français lors de l’élection présidentielle qui aura lieu les dimanches 23 avril et 7 mai, la Fédération protestante de France qui représente les protestants en France, veut poser un certain nombre de questions, interpeller et aider chaque chrétien à avancer dans la réflexion.

Les chrétiens protestants sont, avec beaucoup d’autres, des acteurs de la société française. Citoyens engagés et responsables, ils veulent faire entendre leur voix, leurs convictions et leurs questionnements dans l’espace public.

Les protestants veulent redonner du souffle à la République.
Ils veulent faire confiance au Politique qui nous tient ensemble en démocratie, et lui reconnaître toute sa crédibilité au moment même où, pourtant, le discours politique est en crise et où la dignité de ceux qui le portent est mise en cause.

Ils portent sur bien des sujets un regard lucide et critique. Avec compétence, par leur expertise et leurs responsabilités, ils discernent ce qui advient, tant au plan économique, politique ou social qu’au plan juridique, éthique, ou écologique.

Le contenu de cette « Adresse aux candidats » concerne donc les principaux sujets qui les préoccupent et sur lesquels ils sont eux-mêmes engagés.

Il s’agit, pour les personnes en responsabilité qui s’expriment ici, présidents d’Eglise, professionnels et spécialistes, d’énoncer des questions vives et de permettre au candidat de répondre et de développer ses arguments.

“Nous souhaitons ainsi contribuer à la clarté du débat démocratique afin que les questions portées par la famille protestante soient entendues et prises en compte”, a déclaré le pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération protestante de France.

Le dialogue avec les candidats à l’élection présidentielle devrait susciter des réponses qui permettront d’éclairer les propositions qui sont faites et de faciliter les choix de chaque chrétien au moment du vote.

Exil, accueil des réfugiés

Jean Fontanieu – Secrétaire général de Fédération de l’Entraide Protestante (FEP) :

Comment peut-on rester muet devant le drame des exilés et réfugiés ? Comment la France peut-elle se taire alors que nous connaissons tous sa responsabilité dans l’Histoire pour la défense des causes désespérées, le respect des libertés, la quête de justice et d’équité ?

Si elle est exprimée bien entendu par des milliers de citoyens qui refusent la fatalité de la guerre et luttent contre les drames vécus par ces personnes, la voix de la France se doit d’être portée avec force au plus haut sommet de l’Etat pour dire et appliquer le droit international, appeler à la solidarité internationale et mettre en œuvre des dispositifs efficaces pour l’accueil de ces personnes.

Nous appelons les candidats à l’élection présidentielle à affirmer la volonté d’un accueil chaleureux des exilés et des réfugiés, à travers des actions ambitieuses et durables. Se soucier de l’accueil des exilés, c’est inviter notre pays à dépasser ses peurs et à considérer l’avenir en termes d’espérance.

Pouvez-vous affirmer publiquement que la France se doit d’accueillir par an 100 000 exilés et mettre en œuvre les moyens nécessaires à leur intégration ?

Changements climatiques et écologie

Martin Kopp – Représentant de la Fédération luthérienne mondiale à la COP 21, coordinateur du groupe climat de la FPF :

La Fédération protestante de France considère les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle.

Ils posent un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes : sans actions rapides et ambitieuses pour le climat, les efforts contre la pauvreté et les migrations involontaires, en faveur de la santé, pour la justice et la paix seront gravement compromis. La Fédération protestante se félicite de l’entrée en vigueur rapide de l’Accord de Paris. Elle s’inquiète cependant de sa mise en œuvre, en raison de l’insuffisance des contributions nationales des Etats, qui mènent à un réchauffement de 3 °C. Soucieuse des populations les plus vulnérables, elle est vigilante quant à la nature et au versement effectif des 100 Mds de dollars annuels dès 2020 promis aux pays en voie de développement.

Reverrez-vous à la hausse l’ambition et les moyens de mise en œuvre de la transition énergétique en France, avec un souci particulier pour les personnes en situation de précarité énergétique, et tiendrez-vous l’engagement de porter la contribution financière de la France à 5 Mds annuels dès 2020 ?

Laïcité

Nicolas Cadène – Rapporteur à l’ Observatoire de la laïcité :

La Fédération protestante de France s’inquiète de la confusion qui se répand dans le débat public autour du principe de laïcité.

La laïcité garantit la liberté de conscience [1] et donc de culte, ainsi que la liberté de manifester dans l’espace public ses convictions, notamment religieuses, dès lors que l’ordre public n’est pas troublé [2]. La laïcité repose sur la séparation « des Eglises et de l’Etat ». De celle-ci découle la neutralité uniquement de l’Etat, des collectivités locales, des services publics et des agents qui les représentent. Ce n’est pas le citoyen qui est neutre mais l’administration, pour garantir l’égalité de tous face au service public quelles que soient leurs convictions. La Fédération protestante de France s’émeut de certaines propositions de loi visant à étendre l’obligation de neutralité à la société elle-même.

Prévoyez-vous de modifier le principe de laïcité et de remettre en cause la liberté de religion pour étendre le principe de neutralité à des citoyens qui n’exercent aucune mission de service public ?

Economie sociale et solidaire

Pasteur Luc Maroni – maire adjoint chargé des affaires sociales et de l’économie sociale et solidaire de la ville de Lens :

Les protestants sont attentifs au développement de l’Économie Sociale et Solidaire [3], une économie forte de ses valeurs humaines et de ses différents modes d’entreprendre.

L’économie sociale et solidaire (l’ESS) renforce la démocratie menacée par le repli sur soi des individus et des nations puisqu’elle favorise la citoyenneté active.

Cette économie, en priorisant la personne et l’objet social, innove et cherche en permanence des réponses aux évolutions ou aux difficultés sociales. Elle participe ainsi à renforcer les liens entre les personnes [4]. L’ESS est une des solutions aux crises économiques et financières de notre société : elle offre des opportunités à l’entrepreneuriat ; elle offre une réinsertion efficiente puisqu’elle favorise la solidarité économique tout en refusant l’assistanat.

Comment comptez-vous soutenir le développement de cette alternative économique, qui n’a cessé de créer des emplois depuis 2008, et promouvoir son enseignement dans le second degré et dans le supérieur ?

Justice – prisons

Pasteur Brice Deymié – Aumônier national des prisons :

Les 350 aumôniers protestants vivent quotidiennement l’intimité de la prison à la rencontre des demandes spirituelles des personnes détenues. Tous ces contacts nous convainquent que, pour être utile, une peine doit être accompagnée et orientée vers la possibilité d’un avenir.

Un délit et un crime ne sont pas seulement des lois enfreintes mais d’abord des liens brisés. La loi du 14 août 2014 prévoit la possibilité de la mise en place de programmes de justice restaurative qui, en permettant la rencontre d’un infracteur, d’une victime et d’un membre de la société, travaillent sur la restauration de ces liens et sur l’harmonie sociale et, contribuent pour les personnes détenues, à donner du sens à leur peine. Les prisons sont pleines mais le plus souvent vide de sens. Pour chaque condamnation on devrait pouvoir se poser la question du sens de la peine, de son utilité pour la personne qui l’a subie, pour la victime et pour la société. Trop souvent nous avons l’impression que la politique pénale proposée consiste avant tout à répondre à une demande floue de l’opinion publique. Mais cette même « opinion publique » sait-elle que le coût économique et social d’un enfermement de courte durée est exorbitant ?

Serez-vous parmi ceux qui diront la vérité aux Français sur l’utilité de la prison et sur la nécessité de donner du sens à la peine ?

Egalité hommes femmes

Pasteur Ruth Wolf-Bonsirven – (UEPAL) :

Le protestantisme se veut égalitaire au plan des relations entre hommes et femmes notamment.

En effet, il affirme que nous sommes tous à équidistance les uns des autres et de Dieu, et que chacun est responsable devant lui. Cette posture exigeante s’est notamment concrétisée très tôt par le souci particulier des Réformateurs d’éduquer aussi les filles. Dès la première moitié du 16ème siècle l’instruction élémentaire féminine s’est ainsi développée à Strasbourg. Au nom d’une éthique de la responsabilité, les militantes du mouvement protestant Jeunes Femmes joueront un rôle important en faveur de l’émancipation des femmes, dans la création et le développement du planning familial.

Aujourd’hui, dans une grande partie du protestantisme, les femmes sont pleinement admises dans le pastorat. Elles sont, situation quasi unique parmi les religions, les égales de leurs confrères.

Aujourd’hui encore, dans notre société, des femmes sont victimes de traitements inégalitaires (salaires inférieurs, beaucoup moins présentes dans les postes clés dans les entreprises et la vie politiques, victimes de sexisme, de violences intrafamiliales…) : quelles mesures envisagez-vous pour changer cette situation ?

Corruption

Claire Balverde – Coordinatrice de Michée-France :

Selon la banque mondiale et la chambre de commerce internationale, chaque année, 1 000 milliards de dollars sont versés en pots-de-vin tandis que quelque 2 600 milliards de dollars, soit plus de 5 % du PIB mondial, sont détournés.

La corruption constitue une menace pour la démocratie et la bonne gestion des affaires publiques ainsi qu’un facteur de renforcement de la pauvreté. En tant que protestants, nous sommes particulièrement attachés à la probité qui devrait être donnée en exemple par les élus de la République eux-mêmes. Nous dénonçons donc la corruption à tous les niveaux, notamment à l’international où les inégalités s’accroissent. Nous saluons les initiatives des Nations Unies, de l’OCDE et du dernier gouvernement français dans la lutte contre la corruption. Nous encourageons la pleine mise en œuvre de la loi Sapin II et son respect par tous. Mais le combat est loin d’être gagné.

Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour poursuivre et amplifier les efforts en matière de lutte contre la corruption tant au niveau national qu’international ?

Défense

Général Jean-Fred Berger – Président de la commission Aumônerie aux Armées de la FPF :

Vous vous portez candidat à la Présidence de la République. Vous serez donc peut-être en charge d’exercer la responsabilité de chef des Armées, pour assurer la protection des Français et l’indépendance de notre pays.

La question principale est relative à l’effort financier que notre pays pourrait devoir consacrer à la Défense, dans le contexte d’une crise économique et sociale qui perdure, avec un taux de chômage restant proche des 10%, de trop nombreux exclus et une perte de compétitivité d’un grand nombre de nos entreprises.

Outre la modernisation d’un grand nombre des équipements classiques de nos armées, le maintien de la dissuasion nucléaire va nécessiter de renouveler ses deux composantes dans la décennie à venir.

De plus, notre pays, membre fondateur de l’OTAN qui a réintégré son commandement militaire en 2009, pourrait devoir faire face à un éventuel désengagement américain et contribuer alors à bâtir une défense européenne, encore symbolique à bien des égards.
La part du budget de la Défense étant aujourd’hui de 1,5% (hors pensions), quelle part du PIB (hors pensions) entendez-vous consacrer à la sécurité de notre pays ? Avec quelle échéance ? Et au prix de quels sacrifices, et dans quels autres domaines pourtant essentiels ?

Jeunesse

Elsa Bouneau -Directrice de la Fondation du protestantisme et Présidente du scoutisme français :

Le renouveau de l’économie, du politique et de l’engagement passera par la jeunesse ! “Égoïstes”, “paresseux”, “centrés sur leurs préoccupations”, “obnubilés par les réseaux sociaux”, autant de stéréotypes entendus ces dernières années, pour qualifier une génération qui, de notre point de vue, n’y correspond pas.

Les jeunes n’ont jamais été aussi engagés et désintéressés. S’ils ont parfois déserté certaines institutions sociales, qui étaient l’apanage de l’engagement dans les dernières années (c’est notamment le cas des partis politiques ou des syndicats), il est néanmoins parfaitement visible que les jeunes s’engagent massivement dans les associations, rêvent d’un monde meilleur et savent contribuer avec des solutions innovantes à l’amélioration de notre société. A contrario de ce qui peut être vécu dans les pays nordiques, ou au Canada par exemple, où une confiance est donnée a priori aux jeunes, ce qui est source de grande créativité et d’énergie, notre société française peine à leur faire une place, à leur accorder sa confiance, à leur donner des responsabilité que ce soit dans l’entreprise ou en politique, craignant un manque d’expérience ou d’engagement.

Si vous êtes élu.e, allez-vous faire confiance à la Jeunesse et quelles mesures allez-vous prendre pour faciliter l’embauche des jeunes et favoriser leur intégration dans notre société ?

Handicap

Pasteur Christian Galtier – Président de la Fondation John Bost :

Les protestants sont particulièrement attentifs à la situation des personnes en situation de handicap sévère.

Grâce aux progrès en cours et à venir, leur espérance de vie, donc leur âge moyen et leur effectif, croissent nettement plus vite que l’ensemble de la population. Cette évolution a un impact économique sensible, puisque l’accompagnement d’une personne en situation de handicap sévère représente un engagement annuel de la solidarité départementale ou de l’Assurance maladie de près de 70 000 euro par an. A la différence de l’ensemble de la population, qui concentre 80 % des dépenses de santé sur les deux dernières années de vie, les personnes en situation de handicap sévère nécessitent cet accompagnement et cet engagement tout au long de leur vie.

Aujourd’hui, près de 50 000 personnes dans cette situation bénéficient d’accompagnement et de soins quotidiens. Malgré les efforts de tous, de jeunes enfants ou de jeunes adultes sont toujours en attente d’un accompagnement et de soins adaptés. Ils se tournent parfois vers l’étranger…

A l’heure où des choix sont nécessaires, comment envisagez-vous de répondre à l’inquiétude de ces personnes et de leur entourage ? Nous ne doutons pas que la solidarité que vous défendez comme valeur personnelle et républicaine se souviendra du plus vulnérable, qui n’est pas le bruyant ni celui qui pèse le plus dans les débats publics.
Nous sommes assurés que votre réponse honorera ceux dont la difficulté à se faire entendre ne réduit pas pour autant leur intérêt pour la chose publique.

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[1] Article 1er de la loi du 9 décembre 1905.
[2] Article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
[3] Le théoricien de l’ESS est l’économiste protestant Charles Gide (1847-1932).
[4] Les théoriciens du personnalisme sont les philosophes Mounier (1905-1950), Lévinas (1906-1995) et Ricœur (1913-2005).

A propos de l’auteur

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