Chrétiens de Terre sainte

Quel avenir pour les chrétiens de Terre Sainte ?

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Les chrétiens de Terre Sainte (Israël et territoires palestiniens), qui constituent la plus ancienne communauté chrétienne du monde, seraient menacés d’extinction, selon le professeur Franck Salameh. « Aujourd’hui, l’existence des chrétiens n’est plus que l’ombre de celle qu’ils avaient avant la conquête islamique », a-t-il déclaré lors de son intervention à la conférences « L’avenir des minorités religieuses au Moyen-Orient » organisée par Solidarité Chrétienne Internationale à Zurich (Suisse) le 22 mai dernier.

Les chrétiens en Terre sainte (Israël et territoires palestiniens), la communauté chrétienne la plus ancienne du monde, voient aujourd’hui leur existence menacée comme les autres chrétiens du Moyen-Orient, a déclaré le professeur Franck Salameh dans son exposé du 22 mai 2017 à Zurich. Les problèmes ont déjà existé avant le conflit arabo-israélien : « Leur détresse actuelle est la conséquence logique et la continuité d’un long processus d’extermination et d’extinction. »

Les chrétiens de Terre sainte sont forcés d’adopter de nouvelles identités

L’expert libanais du Moyen-Orient Franck Salameh enseigne au Boston College et dirige le département des langues et littératures slaves et orientales. L’exposé tenu à Zurich sur invitation de Christian Solidarity International (CSI) avait pour titre « Les chrétiens de la Terre sainte – exode, dissolution et nécrophilie idéologique ». Le professeur a attiré l’attention sur la tendance adoptée par les médias et la science qui imposent de nouvelles identités aux habitants de la Terre Sainte : on utilise exclusivement les termes du nationalisme moderne et on nie ainsi les identités historiques toujours vivantes, saines et politiquement efficaces. Par exemple, en utilisant les termes dépassés du nationalisme arabe, les chrétiens seraient encore qualifiés d’« Arabes » ou de « Palestiniens ». Historiquement pourtant, eux-mêmes s’identifient à leur communauté religieuse.

Retour à la désignation ethnique-religieuse originale pour les chrétiens
Aujourd’hui, les chrétiens en Terre sainte cherchent à nouveau à se libérer de telles désignations. En revanche, M. Salameh explique qu’ils réactualisent les termes ethniques-religieux qui avaient précédé le projet échoué du nationalisme arabe. Ceux qui écrivent ou parlent des chrétiens de cette région devraient également revenir aux terminologies utilisées par les communautés religieuses elles-mêmes, longtemps avant que l’idéologie du nationalisme arabe leur ait été imposée : « Grecs Orthodoxes », « Coptes », « Chaldéens », « Maronites », « Araméens », etc. On peut mieux comprendre leur détresse actuelle, face à cette ignorance volontaire.

Aujourd’hui, les chrétiens ne sont plus que le pâle reflet de leur existence passée

Avant d’aboutir au conflit arabo-israélien, le professeur Salameh évoque l’histoire des chrétiens de la Terre sainte, depuis son origine jusqu’au temps du Nouveau Testament, en passant par les conquêtes islamiques, les différents royaumes islamiques, les croisades, le mandat britannique. Il explique :

« Sous la domination musulmane, les chrétiens de la Terre sainte ont été progressivement réduits à une minorité dans leur patrie d’origine. Ils ont été soumis au statut de dhimmis, un principe juridique islamique qui fait des non-musulmans des protégés à droits limités. »

Ce faisant, les chrétiens ont été destitués de leur position sociale et leur nombre a diminué fortement au cours des quatorze derniers siècles. Le professeur Salameh commente le résultat de ce développement :

« Aujourd’hui, les chrétiens ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient avant la conquête islamique. Ils ne constituent plus qu’à peine 2 % de toute la population : environ 160 000 en Israël et 40 000 en Transjordanie et à Gaza. »

Israël : Malgré les problèmes, un « havre sûr » dans la région dangereuse

À l’intérieur des frontières d’Israël, les chrétiens ont un statut difficile et vulnérable, et sont affaiblis dans leurs relations avec la majorité juive par « l’intransigeance et les ressentiments liés au conflit arabo-israélien ». Néanmoins, Israël est un « havre sûr » pour les chrétiens dans une région dangereuse. « Depuis sa création, le nombre de chrétiens a augmenté en Israël, explique le professeur. Par contre, le nombre de chrétiens continue à diminuer en d’autres endroits du Moyen-Orient. » Aujourd’hui, les chrétiens arabes sont « la communauté arabophone la plus entreprenante et ouverte, bien ancrée dans la société israélienne ».

Territoires palestiniens : les chrétiens sont probablement sur le point de disparaître

Cependant, les chrétiens dans les régions contrôlées par l’Autorité palestinienne et par le Hamas sont encore soumis au statut de dhimmis. « Les chrétiens pourraient être tout près de leur disparition. » Ils rencontrent quotidiennement des hostilités, par exemple la dégradation délibérée de leurs bâtiments, le mépris montré publiquement, l’intimidation, le chantage, mais aussi la contrainte de devoir se soumettre au droit islamique. Des milliers de chrétiens ont décidé de quitter la région. Franck Salameh explique que la ville de Bethléem avait été chrétienne à 90 % jusque dans les années 1960. Actuellement, sous la domination de l’Autorité palestinienne, le taux de chrétiens s’élève à 30 % à peine.

Les manifestations superficielles de solidarité ne suffisent pas

Aujourd’hui, il est habituel d’attribuer la crise des chrétiens de la Terre sainte uniquement au conflit arabo-israélien. Le professeur Salameh a rejeté énergiquement ce point de vue, car les chrétiens du Moyen-Orient auraient été privés de leurs droits longtemps avant la création d’Israël. Par ailleurs, ils sont aussi menacés de disparition dans des pays où ce conflit ne joue pas de rôle, comme en Irak, en Syrie et en Égypte. Le professeur réclame avec insistance que la crise des chrétiens en Terre sainte et dans le reste du Moyen-Orient fasse l’objet d’une « enquête rectiligne et sincère sur une longue histoire de l’expropriation ».

« Les chrétiens de la Terre sainte n’ont pas besoin de lapalissades ni de manifestations superficielles de compassion et de solidarité, termine le professeur Salameh ; ils ont besoin que soient reconnues leurs cultures, leur civilisation, leur histoire et leurs langues. Valent-elles la peine d’être sauvées ou non ? C’est la question qu’ils se posent. »

Alexandra Campana

Assistante du Dr John Eibner au sein de Christian Solidarity International, une organisation humanitaire chrétienne de défense des droits de l’homme.

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