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Myanmar : 100 000 chrétiens exilés

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Plus de 100 000 chrétiens du Myanmar auraient quitté tout récemment leur pays pour se rendre en Malaisie, selon la Radio-télévision de Turquie.

Les chrétiens du Myanmar sont régulièrement victimes d’attaques de la part des bouddhistes fanatiques: le meurtre odieux de deux enseignantes chrétiennes illustre bien cette triste réalité.

Près de 7% des Birmans sont chrétiens

Environ 88 % des Birmans sont bouddhistes, mais le Myanmar est un pays présentant une vaste palette d’ethnies et de religions. Parmi elles, la minorité chrétienne est en pleine expansion : en 1973, 4,6 % des Birmans se déclaraient chrétiens, mais aujourd’hui ce chiffre est passé à 6,2 %. De nombreux chrétiens du Myanmar sont rattachés à l’Église baptiste.

Dans l’État Chin, situé au nord-ouest du pays, les chrétiens sont même majoritaires (85 %) ; or 73 % des Chin vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Quant à l’État Kachin, situé au nord-est du pays, la proportion des chrétiens est également très élevée (34 %).

Tin est une baptiste âgée de 38 ans. Sa famille a reçu de graves menaces de la part des extrémistes bouddhistes : un jour, elle a même été attaquée avec des pierres lorsqu’elle priait. En 2009, Tin a donc décidé de quitter le pays pour les États-Unis. Là-bas, elle a rejoint les 160 000 Birmans qui connaissent un sort semblable.

Une autre famille en fuite, par exemple, a relaté que des soldats avaient fait irruption dans leur maison pour interrompre avec violence une réunion de prière.

Des chrétiens contraints à l’exil

L’exode des chrétiens du Myanmar s’est poursuivi ces dernières années, comme le précise la Radio-télévision de Turquie : pas moins de 100 000 chrétiens auraient quitté tout récemment le pays pour se rendre en Malaisie.

Deux institutrices chrétiennes violées et tuées

La brutalité de l’armée birmane qui se réclame de la religion bouddhiste s’est manifestée lors du double meurtre commis dans le village de Kawng Kha, dans l’État fédéral Kachin. Le 20 janvier 2015, Maran Lu Ra (20 ans) et Tangbau Hkawn Nan Tsin (21 ans), deux enseignantes chrétiennes membres de la Kachin Baptist Convention (KBC), ont été tuées dans le périmètre de l’église après avoir été victimes d’un viol collectif. Selon des témoins oculaires, cet acte abominable est à mettre au compte des soldats de la redoutable armée birmane. Il faut préciser qu’une cinquantaine de militaires étaient stationnés dans les alentours de l’église la veille de ce double crime.

Cette affaire sordide a eu lieu il y a environ deux ans et demi, mais personne n’a été condamné à ce jour et les enquêtes de police ont été jusque-là pitoyables. Par ailleurs, les militaires ont gravement menacé quiconque porterait des « accusations mensongères ». Pour le docteur Hkalam Samson, secrétaire général de l’Église baptiste kachin, les prochaines investigations donneront la mesure de la probité du nouveau gouvernement du président Then Sein et de son bras droit, Aung San Suu Kyi, qui a été nommée Premier ministre. Il s’interroge : « Est-ce que le nouveau gouvernement va s’engager pour la justice ou poursuivre sur les traces de l’ancien régime ? »

Un prix Nobel peu reluisant

À cet égard, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991 et icône de la démocratie, ne semble plus tellement briller de son éclat. Elle déçoit de plus en plus de membres des minorités birmanes. Même si le vice-président Henry Van Thio est chrétien, cela ne semble pas avoir beaucoup aidé les minorités jusqu’à présent. Il faut dire que le pouvoir et la pression exercés par les militaires et par le mouvement bouddhiste nationaliste Ma Ba Tha sur la politique du pays sont prépondérants.

Priorité au bouddhisme

Au plan constitutionnel, le Myanmar garantit la liberté de religion. Ce fait n’a pas empêché le président Then Sein de signer, il y a deux ans, des propositions de loi du Ma Ba Tha ayant pour but de « protéger la race et la religion ». Si cette loi devait être appliquée, le bouddhisme en sortirait renforcé et le droit des Birmans à choisir leur religion serait entravé. Cette loi n’est certes pas encore entrée en vigueur, mais le secrétaire général des baptistes de l’État Chin affirme qu’elle aurait par exemple déjà inquiété de nombreux bouddhistes tout disposés à embrasser la foi chrétienne. Officiellement, le parti d’Aung San Suu Kyi est opposé à ce paquet de lois, mais on craint que la forte pression des extrémistes du Ma Ba Tha ne fasse pencher la balance de son côté.

La croissance du nombre de chrétiens au Myanmar pousse les bouddhistes à faire pression sur eux afin qu’ils se convertissent au bouddhisme. Étant donné que de nombreuses familles habitent dans des régions pauvres et reculées, leurs enfants ne peuvent souvent fréquenter que l’école primaire. S’ils veulent poursuivre leur cursus scolaire, ils doivent généralement aller dans un centre de formation bouddhiste dirigé par des militaires birmans ; et là, aucune chance de pratiquer leur foi chrétienne, ils sont sommés de changer de religion et forcés de vénérer Bouddha.

En outre, si des chrétiens adhèrent formellement au bouddhisme dans une école supérieure ou à l’université, l’armée leur assure un emploi étatique. Il existe certes des écoles supérieures dirigées par des chrétiens dans l’État Chin, mais elles ne sont pas reconnues par le gouvernement.

Si un chrétien travaille pour le gouvernement dans l’État Chin, à majorité chrétienne, il sera par exemple forcé de travailler à l’envi les dimanches, cela sans compensation. La promesse faite par le président birman Thein Sein en février 2015 d’abolir cette pratique n’a pas été tenue.

Reto Baliarda

Reto Baliarda est rédacteur en chef de Christian Solidarity International, une organisation chrétienne au service des chrétiens persécutés. La branche française est partenaire du Journal Chrétien.

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