Chrétiens du Pakistan

Acquittement proposé à des chrétiens qui se convertiraient à l’islam

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Au Pakistan, un procureur aurait proposé un acquittement à des chrétiens qui accepteraient de se convertir à l’islam. Ces derniers sont accusés d’avoir tué deux musulmans à Lahore. Auparavant, 14 chrétiens avaient été tués lors d’un attentat islamiste contre deux églises.

Quarante-deux chrétiens sont accusés d’avoir lynché deux musulmans en mars 2015 ; ces derniers ont été brûlés par une foule après le massacre de 14 chrétiens tués au cours de deux cultes du dimanche. Jusqu’à présent, personne n’a dû rendre des comptes pour cet attentat.

Portier des églises à Lahore, Yusuf a risqué sa propre vie et a empêché les terroristes de pénétrer dans l’église.

Maintenant, on apprend que le procureur adjoint de Lahore, Syed Anees Shah, aurait proposé la libération aux chrétiens accusés s’ils se convertissaient à l’islam. L’avocat Joseph Francis, le représentant juridique des accusés, explique :

« À l’extérieur de la salle du tribunal, Syed a appelé les chrétiens concernés et les a sommés de se convertir à l’islam. S’ils faisaient cela, il pourrait leur garantir un acquittement total. »

Les chrétiens auraient été stupéfaits par ce chantage. Mais l’un d’entre eux, Irfan Lasih, a élevé sa voix et a précisé qu’il préfèrerait être pendu plutôt que d’accepter l’islam.

Lors de l’attentat contre les églises, Qaisar a subi de graves brûlures. Skendar a perdu son œil gauche ; il avait retenu un terroriste afin que ce dernier n’entre pas dans l’église. Ainsi donc, un carnage encore plus grand a vraisemblablement été évité.

Preuve irréfutable

D’abord le procureur Syed Anees Shah n’a pas reconnu avoir sommé les accusés de devenir musulmans. Mais lorsqu’un journaliste a attiré son attention sur le fait que les accusés avaient une vidéo de ses tentatives de conversion, il a avoué qu’il leur avait proposé ce choix. Ensuite, Syed a coupé la communication téléphonique pour éviter d’autres questions désagréables.

Ne pas confondre la justice avec la religion

Un autre avocat des accusés, Naseeb Anjum, a déclaré au journal The Express Tribune que de telles propositions n’étaient pas une nouveauté. Il y a six mois déjà, quelques-uns des chrétiens accusés auraient reçu de telles propositions douteuses ; mais ils les auraient toutes ignorées.

« En tant qu’avocats, nous devrions pouvoir croire à l’indépendance du tribunal. Or, pourquoi le parquet fait-il de telles tentatives de chantage ? Le gouvernement ne peut pas tolérer une telle chose. Cela sape la crédibilité du Pakistan. »

L’avocat chrétien Nasir Saeed du Centre for Legal Aid, Assistance and Settlement (CLAAS) est également offusqué.

« Ces tentatives honteuses de confondre justice et religion sont préoccupantes. Le gouvernement devrait prendre des mesures contre les procureurs qui abusent de leur fonction par des procédés qui relèvent de l’extorsion. »

En outre, Me Saeed évoque le cas de Rubina Bibi incarcérée à cause d’une accusation de blasphème. « À elle aussi, on a garanti un acquittement si elle se convertissait à l’islam. » Elle a refusé et a été libérée au cours de la même année parce que son innocence a pu être prouvée.

Une loi contre la conversion forcée est exigée

Depuis de nombreuses années, les minorités religieuses au Pakistan exigent l’interdiction de conversions forcées. Récemment, le parlement de la province Sindh a approuvé une telle loi. Mais jusqu’à présent, les protestations d’adversaires musulmans ont empêché le gouverneur de signer la loi.

Reto Baliarda

Reto Baliarda est rédacteur en chef de Christian Solidarity International, une organisation chrétienne au service des chrétiens persécutés. La branche française est partenaire du Journal Chrétien.

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