Chrétiens persécutés

500 chrétiens tués par des extrémistes peuls au Nigeria

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Plus de 500 paysans chrétiens ont été tués par des combattants peuls dans le district d’Agatu, dans l’État de Benue (Sud-est du Nigeria). Les attaques perpétrées par les milices extrémistes nigérianes sont rarement relayées par les principaux médias occidentaux. Les extrémistes peuls n’agissent pas avec le même système que le groupe terroriste islamiste Boko Haram, mais l’atrocité prend un autre visage. Ceux-ci ne se contentent pas d’être actifs au nord du pays du Nigeria, mais s’étendent en direction du sud, où la justice les laisse souvent tranquilles.

Le Nigéria connaît les pires massacres de son histoire, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Du 21 au 24 février 2016, des combattants peuls ont dévasté plusieurs villages du district d’Agatu, dans le Sud-est du Nigeria. Plus de 500 paysans chrétiens ont été abattus et sept villages sont anéantis. Sept mille survivants ont été chassés de leurs terres. Les agresseurs, des éleveurs peuls extrémistes, ont présenté ce massacre comme une vengeance, affirmant que 10 000 de leurs vaches ont été abattues par les villageois alors qu’une commission d’enquête locale n’a trouvé aucune bête morte.

Ces enfants ont dû fuir devant les extrémistes peuls. Ils se trouvent dans un camp de réfugiés à Jos (État de Plateau). csi

Ces enfants ont dû fuir devant les extrémistes peuls. Ils se trouvent dans un camp de réfugiés à Jos (État de Plateau). csi

À l’origine, les Peuls sont des bergers nomades qui se sont installés dans de vastes contrées d’Afrique de l’Ouest. La plupart d’entre eux se sont sédentarisés avec l’arrivée de l’islam. Au cours des dernières années, plusieurs tribus ont été progressivement noyautées par des djihadistes. C’est ainsi que les querelles entre ces tribus et les habitants sédentaires qui se disputent des pâturages se sont peu à peu transformées en prétextes pour mener une guerre sainte islamiste. Mentionnons toutefois que la plupart des Peuls ne sont pas des islamistes radicaux.

Près de 1000 victimes

Ces massacres représentent le point culminant d’une série d’attaques menées récemment par des extrémistes peuls. Selon le service de presse de l’agence Worldwatchmonitor, dans le seul État de Benue, plus de 40 attaques sanglantes ont eu lieu dans des villages chrétiens entre 2013 et le printemps 2016, faisant au total plus de 950 morts.

Mais d’autres États du Nigéria sont également touchés par les extrémistes peuls. Comme nous l’avons déjà mentionné dans le bulletin d’avril 2016, plus de 200 personnes, surtout des chrétiens, ont trouvé la mort au cours de deux attaques dans l’État de Kaduna (nord du pays). Parmi les régions les plus menacées, mentionnons encore l’État de Plateau et celui d’Adamawa.

Pire que Boko Haram ?

Contrairement au mouvement terroriste islamiste Boko Haram, les massacres commis par les combattants peuls sont peu connus et sont rarement relayés par les principaux médias occidentaux. Pourtant, le Global Terrorism Index (GTI) classe les milices radicales peules au 4e rang des mouvements terroristes les plus redoutables au niveau international, juste après Boko Haram, l’État islamique et Al-Qaïda. Certains observateurs estiment même que ces milices serraient les plus terribles du monde. Quoi qu’il en soit, le GTI estime qu’elles auraient des connexions avec Boko Haram. Samuel Ortom, le gouverneur de l’État de Benue les présente ainsi : « Lorsque Boko Haram attaque un village, ils tuent quelques habitants et ils en recrutent d’autres pour leur mouvement ; en outre, ils séparent généralement les hommes – qu’ils abattent – d’avec les femmes et enfants qui survivront ; les éleveurs peuls, par contre, n’épargnent personne. Ils tuent et brûlent même des bébés. Ils transpercent le ventre des femmes enceintes ! »

Des élèves d'Umuode. Le village dans l'État d'Enugu a été attaqué par des combattants peuls. csi

Des élèves d’Umuode. Le village dans l’État d’Enugu a été attaqué par des combattants peuls. csi

Malgré leur cruauté et contrairement à Boko Haram, les extrémistes peuls se déplacent librement avec leurs troupeaux. Jusqu’à présent, ils semblent à l’abri des poursuites judiciaires. Plus grave encore : à la fin du mois de mars 2016, 76 villageois de l’État d’Enugu qui s’étaient opposés à ce que les bergers peuls occupent leurs terres ont été arrêtés, avant d’être relâchés sous caution.

Or certains Peuls sont noyautés par les islamistes et mènent une véritable guerre religieuse. Lors de leurs assauts meurtriers, ils crient « Allahu akbar » (Allah est le plus grand) et leurs victimes sont en grande majorité des chrétiens ou d’autres non-musulmans. Ils détruisent aussi des églises, comme le rapporte Moses Mbachie, secrétaire du diocèse de Makurdi.

Selon Franco Majok, coordinateur de mission CSI, il serait impératif que les médias occidentaux présentent régulièrement les attaques des Peuls. En effet, tant que les médias tairont ou ignoreront ces faits, les politiciens du pays ne se sentiront pas obligés d’agir.

Le président doit agir

Le président Muhammadu Buhari, qui s’était engagé à lutter contre Boko Haram lors de son discours d’intronisation du 31 mars 2015, s’est cantonné jusque-là dans le mutisme devant les horreurs commises par les Peuls. Plusieurs personnages influents, parmi lesquels on trouve des acteurs politiques qui n’ont rien à voir avec la défense des droits de l’homme, ont mis le président face à ses responsabilités et lui ont demandé d’agir concrètement. Le fait que M. Buhari soit lui-même d’origine peule ne doit pas constituer un frein pour lui, sans quoi le Nigéria pourrait bien basculer dans la guerre civile, comme le rappellent les médias locaux.

Une ONG chrétienne au chevet des victimes

L’ONG Chrétienne Christian Solidarity International s’engage activement en faveur des victimes de la violence commise par les Peuls au Nigeria en leur fournissant de l’aide alimentaire. C’est ainsi que des villageois qui ont été attaqués dans l’État de Kaduna ont reçu des colis de nourriture lors de leur retour chez eux. De plus, nous assurons un soutien médical pour de nombreux survivants et nous aidons des enfants chassés qui ont été placés dans des camps de réfugiés. Franco Majok est heureux de pouvoir leur permettre d’être scolarisés.

La Rédaction

L'équipe du Journal Chrétien est composée des journalistes, pasteurs, théologiens et intellectuels chrétiens.

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