Chrétiens persécutés

Le pasteur Yklas Kabduakasov condamné à deux ans de travaux forcés

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Le pasteur adventiste Yklas Kabduakasov, 54 ans, a été condamné à deux ans de travaux forcés au Kazakhstan en raison de son appartenance à l’Église Adventiste.

Ancien musulman, Yklas Kabduakasov est un pasteur très actif dans l’évangélisation au Kazakhstan. Il a été arrêté dans son appartement de la capitale Astana le 14 août 2015. La police a confisqué neuf ouvrages chrétiens et fouillé le local dans lequel avaient habituellement lieu les réunions de l’église qu’il dirigeait.

Le 9 novembre 2015, le pasteur Yklas Kabduakasov est condamné à une peine de sept ans d’assignation à résidence pour « incitation à la haine religieuse », assortie d’une amende. Auparavant, des employés du service secret de l’État, le KND, ont fait filmer sur plusieurs mois des entretiens que le pasteur avait avec quatre étudiants musulmans, par le biais de caméras cachées. Les agents du KND ont fait en sorte de prouver que le pasteur forçait les étudiants à se convertir au christianisme. Le pasteur Yklas et sa communauté contestent cette accusation. Son avocate, Shaldikova Gulmira, dépose immédiatement un recours contre la décision des juges. Mais, au lieu d’atténuer la sentence ou de la confirmer, la peine prononcée est aggravée : le 28 décembre 2015, les autorités judiciaires d’Astana infligent deux ans de travaux forcés au pasteur Yklas !

Changement de religion, la pierre d’achoppement ?

Selon des observateurs sur place, la nouvelle peine prononcée à l’encontre du pasteur est à mettre sur le compte du procureur de l’État, pour qui la sentence initiale était trop clémente. Par ailleurs, le fait que le pasteur Yklas ait quitté l’islam semble être depuis longtemps déjà une épine dans le pied des autorités à majorité musulmane. Le pasteur Yklas, âgé de 54 ans et père de famille de huit enfants, n’a même jamais pu voir son dernier enfant, venu au monde après sa déportation dans le camp de travaux forcés.

Sunnites et orthodoxes favorisés

Le jugement implacable prononcé à l’encontre d’Yklas Kabduakasov est révélateur de la situation qui règne dans cet État sur le plan de la liberté de religion. Avant la chute du rideau de fer, le Kazakhstan faisait partie de l’Union soviétique. Aujourd’hui, il est le plus vaste des États issus du démantèlement de l’URSS. Près de 70 % des Kazakhs sont musulmans (essentiellement sunnites) et 26 % sont de confession chrétienne. Les autres citoyens appartiennent à diverses religions ou sont sans confession.

En 2006, le Kazakhstan a ratifié le Pacte de l’ONU relatif aux droits civils et politiques des citoyens. Toutefois, selon la loi religieuse kazakhe promulguée en 2012, toute communauté religieuse doit, pour être reconnue par l’État, être fondée sur la base d’un quota minimal constitué d’un minimum de 50 membres signataires au niveau local, 500 membres au niveau régional et 5000 au plan national. Cette loi rend presque impossible la reconnaissance par l’État d’une Église au Kazakhstan, exception faite des communautés rattachées à l’Église orthodoxe russe ou, pour les musulmans sunnites, affiliées au conseil de muftis du pays.

Surveillance stricte

Difficulté supplémentaire : le président Nursultan Nasarbajew et les membres de son régime dictatorial visent l’hégémonie interne de leur parti et exercent un contrôle sévère sur toute communauté religieuse. Ainsi, chaque groupement religieux doit transmettre à l’autorité de censure le lieu et la date de ses diverses réunions. Par ailleurs, tous les imprimés à caractère religieux doivent passer par la censure avant d’être diffusés.

Minorités brimées

Toutes les minorités religieuses qui, du fait des exigences mentionnées, ne peuvent pas être enregistrées auprès de l’État subissent toutes sortes de brimades sans pouvoir invoquer le non-respect des droits de l’homme. Parmi ces minorités brimées figurent donc les chrétiens non liés à l’Église orthodoxe russe ou les musulmans non membres du conseil de muftis (sunnite), c’est-à-dire les chiites ou des membres du mouvement musulman Tabligh Jamaat. Ces communautés sont sévèrement amendées et sont victimes de diverses mesures visant à leur dissolution, comme des razzias ou des mesures d’arrestation de leurs membres.

Max-Peter Stüssi

Max-Peter Stüssi est un défenseur des droits humains. Il a écrit de nombreux rapports pour l'organisation Solidarité Chrétienne Internationale.

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