Chrétiens persécutés

Hausse de la persécution des chrétiens au nord du Nigeria

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Malgré la hausse de la persécution des chrétiens au nord du Nigeria qui a entraîné la mort de près de 12 000 d’entre eux, des musulmans se convertissent au christianisme. Alors que c’est principalement les horreurs commises par l’État islamique qui ont fait la une des médias, Boko Haram a été nommé, en 2014, le groupe terroriste le plus meurtrier au monde par l’Index Global de terrorisme.

La persécution est en augmentation au Nord du Nigeria. Entre 2006 et 2014, 11 500 chrétiens ont été tués et 13 000 églises ont été détruites, contraignant 1,3 millions de chrétiens à fuir vers des régions plus sûres du pays.

En 2015, la situation est encore plus préoccupante selon l’organisation Portes Ouvertes, un organisme qui se tient au côté de l’église persécutée. 4028 chrétiens seraient ainsi décédés, et 198 églises ont été attaquées, soit une hausse de 62 %.

Selon un nouveau rapport édité par Portes Ouvertes et l’Association chrétienne du Nigeria (Christian Association of Nigeria – CAN) intitulé « Écrasés, mais pas vaincus », la violence à l’égard des chrétiens dans le nord du Nigeria a atteint un degré jamais observé par le passé. Pourtant, pointe encore ce rapport, il y a des lueurs d’espoir, puisque l’église est déterminée à rester forte même dans ce contexte.

La CAN, par exemple, qui regroupe le plus grand nombre d’églises à travers le pays, est engagée à amener le réveil de l’Église dans le nord du Nigeria, à la fois par des campagnes de sensibilisation et des actions ciblées. Elle appelle, au côté de Portes Ouverte,  le gouvernement du Nigeria,  l’ONU et d’autres organismes internationaux à coopérer avec le sort des chrétiens qui se sentent abandonnés depuis longtemps, à prendre conscience de la portée et de l’impact de la violence.

Car le Nigeria, qui est un État fédéral séculaire avec la liberté religieuse inscrite dans sa constitution, ne fait pas figure de bon élève en ce qui concerne ce sujet. Au Nord du pays, en effet, la réalité n’est pas du tout celle de la liberté religieuse a expliqué la chef de la direction d’Open Doors au Royaume-Uni et en Irlande :

« La réalité dans le nord du Nigeria est radicalement différente. Pendant des décennies, les chrétiens de la région ont souffert de marginalisation et de discrimination ainsi que d’une violence ciblée. Ce qui se passe non seulement dans les États de l’Extrême-Nord où la charia est appliquée, et où la pression de l’Islam est maximale, mais aussi dans les régions où la charia n’a pas été officiellement mis en œuvre. »

Trois facteurs au moins permettent d’expliquer la violence contre les chrétiens dans le Nord du pays :  les musulmans veulent défendre les intérêts du Nord, mais également l’identité musulmane et la position de l’Islam dans ces régions.

Boko Haram n’est d’ailleurs pas le seul groupe à lutter contre les chrétiens. L’élite politique religieuse musulmane et les bergers musulmans Hausa-Fulani sont aussi farouchement opposés aux chrétiens.

Face à la persécution, aux menaces de mort, les chrétiens ont totalement fui certaines zones, et la présence chrétienne est pratiquement éteinte, entraînant par la même occasion une perte de la cohésion sociale entre musulmans et chrétiens.

Selon le rapport qui vient de paraître :

« La confiance mutuelle a disparu, conduisant les musulmans et les chrétiens à devenir des groupes de plus en plus séparés ».

Sans refuge, les chrétiens du nord du Nigeria sont dans l’incapacité d’ exercer une influence publique ou même d’agir dans la vie publique. Selon le rapport de Portes Ouvertes et la Can, les perspectives sont sombres :

« De nombreux chrétiens se disent victimes de harcèlement, de haine, de marginalisation, d’intimidation et de  violence. Ils ont une liberté très limitée d’aller au culte et de construire des églises. Ils n’ont pas de véritable voix dans les médias publics, n’ont guère accès à des postes publics pour l’emploi et sont à peine représentés dans la vie politique locale. Les jeunes chrétiens se sentent discriminés à l’école. »

Pourtant, malgré la persécution, l’église reste présente. Si les églises se vident car les chrétiens fuient la violence et la persécution, ceux qui partent n’abandonnent pas pour autant leur foi. Même si les chrétiens du nord du Nigeria sont dans l’incapacité de participer à la vie politique et luttent pour subsister, l’engagement politique chrétien est en hausse à l’intérieur du pays.

Selon les observations sur le terrain, les chrétiens qui choisissent de rester connaissent une ferveur renouvelée dans leur foi. Autre constat : de plus en plus de musulmans se convertissent au christianisme, par le biais notamment de révélation de Jésus à travers des rêves.

« Beaucoup de musulmans veulent devenir chrétiens, mais ils ont peur d’être tué ou contraint par d’autres musulmans. « 

Face à la situation, les auteurs du rapport sur la situation des chrétiens au nord du Nigeria ont exhorté à trouver des solutions pour ramener la paix entre les différentes communautés en ces termes :

« Il doit y avoir une réponse unie et propre pour mettre fin à la violence et rétablir une situation dans le nord du Nigeria où les musulmans et les chrétiens pourront à nouveau vivre ensemble, dans le respect des droits de l’homme, de l’égalité d’accès à l’éducation, au travail et à la propriété ainsi qu’à la liberté de culte. »

 

Isabelle Goepp

Diplômée d'un master II de psychologie de l'éducation, Isabelle a travaillé pendant une vingtaine d'année dans le domaine médico-social. Désireuse d'approfondir sa connaissance de la Parole de Dieu, elle s'est formée pendant un an à l'Institut Biblique Européen.

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