Chrétiens persécutés

Chrétiens persécutés au Laos : chronologie de la répression

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L’année 2015 a encore donné lieu à plusieurs cas graves de persécutions antichrétiennes au Laos, où l’État communiste mène un véritable travail de sape visant à démoraliser les chrétiens par de brèves détentions répétées et par des tourments continuels. Dans les zones rurales, si l’on découvre la foi d’un chrétien d’origine bouddhiste ou animiste, celui-ci sera soumis à une très forte pression pour qu’il la renie. On lui fera comprendre que ses enfants risquent d’être empoisonnés, ou exclus de l’école et des services fournis par le village. Beaucoup de chrétiens qui ont refusé de renier leur foi ont dû partir ou ont été chassés de leur village.

A la différence du Vietnam, on ne connaît actuellement plus aucun cas de chrétiens incarcérés à long terme au Laos. Mais les chrétiens sont particulièrement confrontés aux rivalités tribales, au nationalisme religieux et à l’oppression de l’État communiste.

Parmi les différentes communautés religieuses, le gouvernement laotien reconnaît les bouddhistes (environ 60 % de la population) et les chrétiens (2 à 3 %). Mais comme au Vietnam, les autorités refusent l’enregistrement étatique aux Églises libres protestantes et se contentent de reconnaître les catholiques, les adventistes et les chrétiens évangéliques qui se sont ralliés à l’Église évangélique du Laos (LEC) contrôlée par l’État. Or les Églises libres protestantes connaissent une expansion supérieure à la moyenne.

Rivalités tribales

Les chrétiens installés dans les zones rurales souffrent des rivalités ethniques car l’animisme y est très présent. Les chefs tribaux et les villageois sont attachés aux pratiques ancestrales et quiconque s’en détourne au profit du christianisme risque d’être expulsé du village. Les autorités locales considèrent les chrétiens comme des ennemis.

Pour ceux qui pratiquent l’animisme, le christianisme est un élément étranger susceptible de fâcher les esprits qui protègent le village. Il est arrivé qu’on force les chrétiens à adorer les ancêtres et à prêter allégeance aux esprits animistes afin de prouver leur “loyauté, leur innocence et leur obéissance” aux autorités locales. En cas de refus, c’est le châtiment corporel ou l’expulsion du village.

Les communistes privilégient les bouddhistes

Au Laos, le bouddhisme theravada, pratiqué par les deux-tiers de la population, est considéré comme un élément de l’identité culturelle et spirituelle du pays. Le gouvernement promeut la culture laotienne, y compris les pratiques bouddhistes et leur enseignement. Les lieux de culte bouddhistes sont subventionnés par l’Etat, des rituels et cérémonies bouddhistes sont associés aux cérémonies publiques.

Les bouddhistes se comportent en règle générale de façon loyale à l’égard de l’État communiste. Ils ne sont donc guère surveillés par les autorités et ont le droit d’exercer leurs activités presque sans condition. Leurs lieux de culte sont exemptés de bon nombre des restrictions prévues par le Décret 92.

Des chrétiens victimes du nationalisme religieux

Seules un petit nombre d’églises chrétiennes ont pu obtenir une reconnaissance officielle auprès du gouvernement et peuvent célébrer des cultes sous prétexte que tout rassemblement religieux non bouddhiste est limité.

Une chrétienne du Laos. Crédit photo : Portes Ouvertes France

Une chrétienne du Laos. Crédit photo : Portes Ouvertes France

Selon le décret 92 de 2002, même les catholiques, les chrétiens évangéliques du LEC (enregistré par l’État) et les adventistes du Septième jour doivent annoncer les cultes et tout autre projet d’activité au Front Lao pour la reconstruction nationale (LFNC). Mais ceux qui sont le plus tourmentés sont les membres des Églises libres protestantes. Le plus grand nombre d’entre eux appartiennent à des ethnies non laotiennes comme les Hmong, faisant partie des Montagnards, contre lesquels les autorités communistes gardent une rancune tenace puisqu’elles avaient pris parti contre le mouvement de guérilla communiste autochtone et pour les occidentaux (d’abord les Français puis les Américains) jusqu’à la victoire communiste de 1975.

Une autre circonstance désastreuse pour les Églises libres est l’expansion des idéologies extrémistes, qu’elles soient rattachées à la majorité bouddhiste ou à la population animiste qui vit depuis plus longtemps dans les régions du haut plateau. Il est vrai que les services centraux gouvernementaux se montrent plutôt opposés à ces actions extrémistes, mais plusieurs membres des autorités locales s’associent à des extrémistes bouddhistes et parfois aussi animistes pour empêcher des conversions au christianisme, cela dans un but évident: asseoir leur monopole politique dans le village ou le district concerné.

Celui qui refuse d’abjurer le christianisme et ne veut pas revenir à la croyance animiste de ses ancêtres (ou au bouddhisme favorisé par l’État) doit s’attendre à être chassé de son village, incarcéré pour de courtes durées ou même assassiné. Le travail d’évangélisation parmi les bouddhistes ou les animistes est encore plus réprimé.

Chronologie de la répression

L’an 2015 a encore donné lieu à plusieurs cas graves de persécution. Quelques exemples:

2 février 2015 : Cinq pasteurs en détention préventive depuis juin 2014 sont condamnés pour violation de la loi sur la médecine à neuf mois de prison, 63 francs d’amande chacun et 2480 francs de compensation à la famille d’une défunte. Tiang Kwentianthong, Puphet, Kaithong, Muk et Hasadee, du village de Huey (province de Savannakhet) avaient prié pour une chrétienne gravement malade, Chansee. Malgré le traitement hospitalier, cette dernière est décédée. Or les prières ont été considérées par les autorités laotiennes comme un «traitement médical exécuté de manière non professionnelle».

20 mars 2015 : Les cinq chrétiens arrêtés en février 2015 pour violation de la loi sur la médecine sont libérés. Mais ils restent sous la menace d’une nouvelle arrestation, car le verdict de la cour d’appel de Savannakhet concernant leur cas n’est pas encore rendu.

31 août 2015 : Des tribunaux de grande instance ont empêché l’exécution de la peine de mort prononcée par les dirigeants du village d’Atan (province de Savannakhet) à l’encontre du chrétien Lahoie et de six membres de sa famille. Le maire animiste local avait accusé les sept chrétiens d’avoir causé la mort de sa fille en se convertissant au christianisme et en irritant ainsi les esprits du village.

2 – 12 septembre 2015 : Les chrétiens Bountheung Phetsomphone et Neuy, du village de Nong-hang (province de Khammouane) sont placés en détention provisoire pour des activités d’évangélisation. Ils ont déjà été emprisonnés en 2012.

14 septembre 2015 : Le pasteur Singkeaw Wongkongphong (habitant du district de Chomphet, province de Luang Prabang) est assassiné par cinq hommes masqués ayant des liens avec les autorités locales; les autorités avaient déjà condamné à mort le pasteur à plusieurs reprises à cause de ses activités d’évangélisation, mais ces peines avaient été cassées par les instances supérieures.

17 septembre 2015 : L’un des prisonniers condamnés en février 2015 et qui avait été libéré entre-temps, le pasteur Tiang Kwentianthiong (61 ans), meurt du diabète, alors que les autorités judiciaires de sa province de Savannakhet avaient refusé à plusieurs reprises de lui accorder un traitement durant sa période de détention.

Formé à Lee University, Aloys Evina est pasteur de l'Eglise de Dieu en France, membre de la Fédération Protestante de France (FPF) et de la Church of God (Cleveland, Tennessee). Il est exerce son ministère pastoral à La Rochelle, dans le Sud-Ouest de la France.

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