Société

Lutte contre la traite des êtres humains en Inde

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Chaque année, des milliers d’enfants sont recrutées et exploitées en Inde. La pauvreté est l’une des raisons pour lesquelles les enfants sont une proie facile pour les trafiquants d’êtres humains dans les régions rurales d’Inde. Des groupes d’entraide permettent de faire de la prévention.

Inés Wertgen, responsable de mission, et notre partenaire Aashima. csi

Inés Wertgen, responsable de mission, et notre partenaire Aashima. csi

Lani*, âgée aujourd’hui de 15 ans, a laissé derrière elle des temps difficiles. Elle est issue d’une famille extrêmement pauvre. Son père est décédé quand Lani était encore très jeune et sa mère a dû travailler comme journalière pour entretenir ses trois enfants. Chaque jour, elle se rendait en ville avec l’espoir de pouvoir travailler pour quelques roupies. Mais cette famille souffrait de la faim. Une amie qui connaissait leur situation misérable a proposé un travail à Lani (12 ans à l’époque) dans la ville de Goa. Quelle reconnaissance! La mère faisait confiance aux bonnes intentions de son amie. Elle n’avait pas deviné un seul instant ce qui allait devenir le quotidien de Lani.

Exploitée comme esclave domestique

Lani raconte:

«Je devais travailler dans le ménage de personnes habitant en ville. Les jours de travail étaient interminables; je devais travailler dur, sans pause, au moins 12 heures par jour, même quand j’étais malade. Chaque fois que je faisais une faute, on me punissait. Les coups et les violences sexuelles faisaient partie du quotidien. Je recevais à peine à manger, j’ai vraiment failli mourir. On ne ma jamais donné de salaire. C’est ‹l’intermédiaire› qui recevait tout.»

Cet «intermédiaire» faisait partie d’un réseau de trafiquants d’êtres humains qui enlevait des enfants et les louait comme esclaves domestiques à des familles riches. L’ «amie» mentionnée plus haut avait vu en Lani une victime idéale, l’avait emmené à Goa et remise aux trafiquants d’êtres humains.

Scénarios récurrents

«Ce scénario est typique», déclare une collaboratrice bénévole du réseau de CSI contre la traite d’êtres humains dans l’État du Jharkhand. «Nous rencontrons régulièrement des femmes qui nous racontent que leurs enfants ou des enfants des alentours disparaissent sans laisser de traces. Les ‹intermédiaires› opèrent de différentes manières:

  • Des enfants sont enlevés.
  • Des parents confient leurs enfants à des amis ou des membres de leur famille qui promettent un bon travail dans une grande ville.
  • Les parents eux-mêmes vendent leurs enfants et ne s’occupent pas ce qu’il adviendra d’eux.»

Les groupes d’entraide se multiplient

Quand on connaît le degré d’ignorance dans laquelle vivent les personnes concernées, on réalise l’importance de parler de ce problème. C’est pourquoi notre équipe sur place a commencé à mettre en place des groupes d’entraide. Sous la direction d’une bénévole formée, entre 10 et 20 femmes se réunissent chaque semaine. Dans ces groupes, on présente les pratiques des trafiquants d’êtres humains et on évoque les possibilités de se protéger ou de protéger autrui.

De nombreuses participantes sont complètement débordées par leurs problèmes et elles sont souvent analphabètes. De plus, elles n’ont pas de formation et pas d’argent. À cela s’ajoute que les autorités et la police n’interviennent pas pour aider les gens des plus basses castes. Voilà pourquoi il est si important que nos équipes soient connues au sein de la population. Nos collaborateurs sont très respectés. Ils sont même soutenus par les autorités et par la police, notamment parce qu’ils savent qu’une organisation internationale les soutient…

Lutter à tous les niveaux

Nous essayons aussi d’aider les parents qui, à cause de leur pauvreté sont tentés de confier leurs enfants à des étrangers ou même de les vendre. Pour ouvrir une perspective économique aux personnes concernées, nous entretenons un programme de microcrédits. Lors de chaque rencontre, toutes les participantes versent un montant dérisoire dans la caisse commune; mais ainsi, la caisse se remplit semaine après semaine.

Dès qu’un certain montant est atteint, il est donné en prêt (à taux zéro) à l’une des femmes. Elle peut ainsi ouvrir une petite entreprise, que ce soit un atelier de couture, un petit élevage de bétail, un kiosque, etc. Ce faisant, une famille après l’autre peut se construire sa propre existence. Le risque que ces familles donnent leurs enfants pour des raisons financières est ainsi notablement réduit.

Libérée grâce au groupe d’entraide

Lani est heureuse d’être à nouveau auprès de sa mère. Sangeeta (à droite), un membre du groupe d’entraide, a considérablement contribué à la libération de Lani. csi

Lani est heureuse d’être à nouveau auprès de sa mère. Sangeeta (à droite), un membre du groupe d’entraide, a considérablement contribué à la libération de Lani. csi

En avril 2015, la mère de Lani a entendu parler d’un tel groupe d’entraide et a commencé à y participer régulièrement. Lorsqu’on a abordé le sujet de la traite d’êtres humains, elle s’est fait du souci et a raconté l’histoire de sa fille. Ni une ni deux, la responsable du groupe a pris contact avec notre équipe qui, de son côté, a mobilisé son réseau. Des policiers dignes de confiance ont contacté l’»amie» de la famille. Après beaucoup de pressions et de menaces, la femme a lentement donné les différents noms du réseau de traite d’êtres humains qu’elle connaissait. Le 13 mai 2015, Lani a enfin pu être libérée après deux longues années; les membres du réseau criminel ont été arrêtés. La mère remercie de tout cœur le groupe de secours: «Sans ce groupe d’entraide et le réseau de secours, je n’aurais probablement plus jamais revu ma fille.»

Lani est maintenant à nouveau auprès de sa mère à la maison, mais elle est prise en charge psychologiquement par nos collaborateurs. Elle a besoin de beaucoup d’amour et d’un bon accompagnement. Sa mère continue à participer aux rencontres et encourage aussi d’autres femmes à y participer. Elle désire être une aide pour d’autres parents qui ont vécu des choses semblables et qui ont besoin de soutien.

Il existe maintenant 18 groupes d’entraide qui se sont formés durant les derniers mois dans les alentours de Ranchi (capitale de l’État du Jharkhand). Dix à vingt femmes par groupe se réunissent chaque semaine.

Nombre de cas ont été découverts grâce à ces groupes. Les jeunes personnes sont d’ordinaire retenues comme esclaves dans des usines ou des ménages. Les filles finissent souvent dans l’industrie du sexe. Les horaires de travail tournent autour de 16 heures par jour. Les victimes ne reçoivent souvent qu’un seul repas par jour et vivent dans des conditions hygiéniques déplorables. Leur état de santé est souvent misérable.

En collaboration avec nos équipes sur place, plusieurs enfants ont déjà pu être sauvés. Les groupes d’entraide y jouent un rôle important. Dans les années à venir, nous continuerons à favoriser la mise en place de tels groupes.

Inés Wertgen, responsable de mission en Inde

(*Nom fictif pour des raisons de sécurité)

Formé à Lee University, Aloys Evina est pasteur de l'Eglise de Dieu en France, membre de la Fédération Protestante de France (FPF) et de la Church of God (Cleveland, Tennessee). Il est exerce son ministère pastoral à La Rochelle, dans le Sud-Ouest de la France.

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