Théologie

Etude thématique du décalogue

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Le décalogue est schématiquement divisé en deux parties. La première qui regroupe les stipulations 1 à 4, concerne les relations de Dieu avec l’homme appelées relations verticales. La 2e partie qui regroupe les six dernières stipulations concerne les relations entre humains ou relations horizontales. Dans notre étude, nous nous attarderons sur certains thèmes majeurs qu’on rencontre dans l’AT.

1. Le don du Décalogue

2. Le prologue

3. Israël, peuple de Dieu

4. YHWH et les dieux

5. L’image dans le Décalogue

6. Sainteté et jalousie de Dieu

7. Le jour du Shabbat

8. Relations parents-enfants

9. Respect de la vie humaine

10. Respect du mariage

11. Respect du bien d’autrui

12. Le faux témoignage

13. La convoitise

1. LE DON DU DECALOGUE

Les théologiens s’accordent à dire que la théophanie du Sinaï est la source d’un vaste code religieux juridique et social. Ce code est relaté pratiquement d’Exode 19 à Nombre 10 : 10. Selon les historiens biblistes, le peuple des enfants d’Israël serait resté 01 mois dans le désert de Sinaï. Durant ce long séjour Dieu a voulu consolider l’alliance qu’il a faite avec lui. Il fallait un garde-fou capable d’aider Israël à rester fidèle au contenu juridique de l’alliance.

Autant il est difficile de dire qui est l’auteur exact du décalogue, autant il l’est de trouver un auteur spécifique pour le vaste code qui a résulté de la révélation du Sinaï. Cependant on peut découvrir assez aisément à travers ce code des fragments provenant de traditions diverses. Chacune de ces traditions montre qu’elle est au courant de l’alliance de Dieu avec son peuple car c’est cette occasion que Dieu a établi une relation d’appartenance éternelle entre Israël et lui avec des règles qui la garantissent.

L’alliance appelée berit (du verbe barah = manger, choisir, sélectionner), unit généralement deux êtres égaux, deux peuples, ou deux êtres inégaux, l’un étant supérieur à l’autre. Dans ce dernier cas, c’est le supérieur qui propose la conclusion de l’alliance. Dans le cadre de la théophanie du Sinaï, l’alliance conclue à cette occasion doit être, comme le dit E. Jacob ; un don que Dieu fait à son peuple, une alliance qui permet à Dieu d’entrer en relation et de créer un lien de communion avec Israël, ou une alliance qui crée des obligations qui se concrétisent sous forme de loi.

On comprend donc pourquoi certains peuvent dire que le décalogue est une suite logique de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple. Le décalogue est aussi un élément très important de la révélation du Sinaï.

Le peuple est tenu à l’obéissance s’il veut continuer à bénéficier des bienfaits que prévoient les dispositions particulières de l’alliance. Ainsi donc, la loi, l’alliance et l’élection sont intimement liées.

2. LE PROLOGUE

Le décalogue s’ouvre avec l’expression Je suis JHWH (Adonaï) ton Dieu. C’est une présentation presque complète de celui qui donne cette loi. C’est Adonaï, c’est le Dieu d’Israël. Pour ce peuple qui reçoit ce décalogue, cette auto-présentation de l’auteur des 10 paroles constitue un axiome. Celui qui refuse que Adonaï est Dieu peut refuser l’ensemble du décalogue. Mais en entendant que c’est Adonaï qui en est l’auteur, celui qui voudrait le refuser peut changer d’avis et l’accepter. Puisque l’existence de Dieu ne se pose plus à Israël, cette auto-présentation est un rappel du Dieu auquel Israël doit rendre son culte. Il est Adonaï, le Dieu d’Israël et pas un autre.

Ce peuple doit le savoir comme un acquis et ne jamais mettre en question que Adonaï est son seul Dieu.

Selon J.J STAMM « Cette expression trouve son origine dans la littérature sacerdotale, (Ezéchiel, Esaïe). Elle est considérée comme l’expression la plus haute de ce que Adonaï peut dire de lui-même. C’est une affirmation par laquelle Dieu apaise et encourage Israël ».

Pour l’Israélite, c’est presque un credo que de prononcer ces paroles. Rabast en fait le premier commandement de son dodécalogue. Comme le font plusieurs Targums anciens. Ce n’est pas le cas dans la plupart des décalogues reconnus par tous.

Il est attesté que la formule Moi, je suis Adonaï se présente comme l’expression qui ouvre les traités d’alliance dans plusieurs pays de l’ancien Proche-Orient. C’est en effet, de cette façon-là que le suzerain se présente à son vassal avant de faire le rappel de ses bienfaits puis enchaîne avec ses stipulations ou ordonnances que le vassal est tenu de respecter très scrupuleusement.

Le Décalogue n’est pas un traité d’alliance mais en a les grands traits. Ainsi, après l’auto-présentation, Dieu rappelle le fait historique majeur : la libération du peuple d’Egypte. Israël doit savoir que la loi que Dieu donne est une loi de liberté ; s’il ne la respecte pas, il perdra sa liberté.

Le prologue donne tout son poids au décalogue, d’où son importance dans l’ensemble.

Dans ce verset 2, il n’y a pas que l’auto-présentation de Dieu, mais on y rencontre aussi le rappel de l’histoire : Adonaï est le Dieu qui a fait sortir Israël d’Egypte, maison de servitude. Ce rappel historique n’est pas un simple discours, mais c’est même la clé de l’audience qu’aura ce décalogue. Ainsi donc, la loi que donne Dieu ici est liée à l’événement du salut. D’homme libres qu’ils s’étaient rendus en Egypte quatre siècles plus tôt, ils sont devenus des esclaves libérés. C’est en tant qu’être fraîchement libéré de la servitude qu’ils reçoivent ces commandements. Le Dieu qui leur donne les lois, c’est celui de leur père, qui devient ici leur libérateur, leur défenseur. Le respect de ces lois constitue pour Israël un signe de gratitude envers son Sauveur.

Dieu n’a toutefois pas libéré son peuple pour le remettre sous un autre joug plus dur pour lui. La loi qu’il donne n’est pas au-dessus de ses forces. C’est également une loi de liberté. Le rappel de l’histoire donne un grand poids à ces lois.

Pour ne plus faire l’expérience malheureuse d’un autre esclavage, le peuple doit se rappeler que l’obéissance à la loi est la garantie de son salut.

3. ISRAEL PEUPLE DE DIEU

Dans le prologue il est écrit : Je suis Adonaï ton Dieu. Le « ton » s’adresse spécifiquement à Israël. Les questions qu’on se pose généralement sont : pourquoi Dieu s’est-il choisi un peuple qu’on appelle Israël ? Tout cela amène à parler des origines du peuple d’Israël.

  1. Origine du peuple d’Israël

Le nom du peuple vient de l’ancêtre Jacob qui a lutté avec un envoyé de Dieu à Péniel (Gn 32 : 28). Le nom donné à Jacob à cette occasion est yisraël. Son explication est donné dans l’expression « ki sarayta im Elohim » ce qui veut dire « car tu as lutté avec Dieu » : le nom vient de la racine sarah qui signifie lutter et que d’autres ont traduit par : disputer la supériorité, lutter avec, l’emporter sur.

Ce sont les douze fils de Jacob qui ont constitué le noyau de ce peuple d’Israël. Ils sont les premiers et les vrais Israélites. On pense que d’autres personnes sont venues se greffer à cette famille par le biais des alliances, des mariages ou à travers les amphictyonies.

Il est vrai que les débuts de ce peuple remontent à l’élection d’Abraham. Il est difficile de dire depuis quelle période de l’histoire cette appellation est réellement entrée dans les habitudes.

Toutefois, les historiens pensent qu’elle remonterait au 12e Siècle avant Jésus-Christ. Le nom Israël n’apparaît sur la stèle de Menephta que vers 1230. Cette stèle n’a pas indiqué depuis quand l’appellation existait. Ce qui est presque sûr est que les différentes tribus étaient déjà constituées en un seul peuple d’Israël avant l’entrée de Moïse dans la vie de celui-ci.

  1. L’élection d’Israël

Tout ceci fait partie du dessein caché de Dieu qui, depuis Abraham s’est choisi qui il veut dans sa lignée. C’est ainsi qu’il s’est choisi Isaac d’entre tous les fils d’Abraham. Puis il a élu Jacob frère jumeau de Esaü.

Pourquoi tous ces choix ? La réponse demeure dans le bon vouloir de Dieu même si les humains pensent pouvoir y jouer un rôle quelconque (cf. histoire de la bénédiction de Jacob à la place d’Esaü).

L’élection dépasse la raison humaine. Elle est le fait d’une volonté de Dieu qui ne peut rationnellement s’expliquer. Israël est un peuple mis à part par pure grâce en vue d’un service Dt 7 : 6-8. C’est parce que Adonaï l’aime tout court. C’est un honneur mais c’est aussi une lourde responsabilité.

Comme le dit Franck Michaeli « Si Dieu l’a choisi, c’est parce qu’il l’aime. La seule explication qui dépasse la raison humaine est que l’élection d’Israël n’a de motif qu’en Dieu lui-même, dans sa souveraine liberté comme il juge bon ».

Il est important de remarquer à partir de l’élection d’Israël que Dieu s’engage à le sauver de toutes les situations difficiles. Ainsi en est-il de la sortie d’Egypte que le prologue évoque.

En effet, l’exode va rester comme un paradigme, une référence éternelle dans l’histoire d’Israël. Les Hébreux en Egypte étaient soumis à trois sortes d’oppression qui sont : l’oppression politique, l’oppression sociale et l’oppression économique. Il a fallu la main forte de Dieu pour qu’ils en soient dégagés. C’est pourquoi outre que Dieu est créateur, il est devenu et reste pour toujours le Dieu libérateur. La libération est une œuvre qui continue jusqu’à ce jour.

Question : Comment les Africains chrétiens peuvent-ils entrer dans cette élection ,

Quel est le processus d’élection en Afrique traditionnelle et dans la religion traditionnelle ?

Quelle valeur le chrétien africain peut-il donner à la relation YHWH-Israël ? YHWH-Afrique ?

4. YHWH et les dieux

Le troisième commandement dit :  » Ne prend pas le nom de ton Dieu en vain « . Ou  » Tu ne profaneras pas le nom de Adonaï ton Dieu « .

A partir de ces stipulations, peut-on savoir si Dieu a un nom propre ? C’est après cela qu’on peut avoir le sens du commandement.

1 – Le nom dit  » propre de Dieu « 

Il n’est pas tout à fait correct de parler du nom propre de Dieu mais on a découvert que parmi tous les noms qui sont employés pour désigner Dieu il existe UN qui a été plus ou moins considéré comme nom propre par le peuple d’Israël. Ce nom a été révélé à Moïse au cours de la théophanie qui s’est produite dans un buisson  » ardent  » alors que Moïse gardait le troupeau de son beau-père à Horeb. Dans Ex 3 : 14, on pense qu’on peut retrouver les racines du nom propre de Dieu. En effet là on lit ehyeh asher ehyeh. On a cru voir dans le mot ehyeh la racine possible de ce qui est considéré comme nom propre de Dieu. Mais ce qui se présent en fait comme nom propre de Dieu est le tétragramme divin YHWH.

Ce nom se rencontre déjà dans Gn 4 : 26 où il est dit qu’Enoch fils de Seth invoqua le premier le nom de YHWH.

Dans Gn 9 : 26, il est aussi question de Béni soit YHWH, le Dieu de Sem. E. Jacob pense qu’il se pourrait que YHWH ait été au nombre, des dieux vénérés par les tribus hébraïques avant l’installation en Canaan.

On pense même que les quénites auraient utilisé ce nom YHWH pour désigner leur Dieu bien longtemps avant que l’on ne commence à parler d’Israël.

Dans Ex 3 : 14, le verbe hayah signifie être ; mais c’est aussi un verbe d’état qui signifie devenir. Ainsi donc, le Dieu dont il s’agit est un Dieu en devenir. On explique que la révélation faite à Moïse a pour but d’expliquer à Israël la nature du Dieu qu’il adore ou qu’il doit adorer à partir de la sortie d’Egypte. C’est un Dieu en devenir, un Dieu dynamique. Kiyongo pense que ce Dieu en devenir est celui qui se révèle comme le Dieu puissant face aux dieux égyptiens et des autres nations. L’expression :  » Je suis qui je suis «  a été compris parfois comme ceci :  » Je ne veux pas ou je ne peux pas dire qui je suis « .

Ainsi donc le nom YHWH ne saurait exprimer totalement le mystère de Dieu. On ne peut enfermer Dieu dans des mots. Il se présente comme le Dieu qui engage dans le service après avoir libéré.

Il existe d’autres tentatives d’explications pour expliquer l’origine probable de ce nom.

Interjection Yah qui viendrait d’une excitation lors du culte (transe)

On pense aussi qu’il faut remonter au mot havah qui signifie entre autres tomber. Ceci fait penser à l’idée que YHWH faisait tomber la foudre à cause de sa puissance.

Il existe plusieurs autres hypothèses qui sont toutes aussi précaires les unes que les autres.

Il est à noter que le nom propre représente la personne elle-même. Ainsi, selon certaines traditions  » africaines « , connaître le nom propre de quelqu’un, c’est le posséder, c’est être en mesure de faire de celui-là ce qu’on veut.

On peut donc tirer comme conclusion, que l’ambiguïté avec laquelle Dieu révéler son nom dan Ex 3 : 14 signifie que Dieu ne veut pas révéler sa vraie personne à bon marché. Ainsi donc avec la troisième stipulation, Dieu refuse que l’homme utilise son nom en vain.

Pour l’Israélite, il est formellement interdit d’appeler ce nom à tel point que sa vraie appellation a été oubliée à travers les âges. C’est pourquoi depuis longtemps (2e temple), pour lire le nom de Dieu on dit Adonaï (mon Seigneur). Plus tard, dans un effort de rappel du nom, certains ont pensé à un mot comme Yahvé, Yahou, Jéhovah etc.…

Question  : En Afrique, l’adepte peut-il appeler le nom de la divinité qui le  » possède «  impunément ? Peut-on reconnaître le nom de la divinité à travers le nom théophore de l’adepte ?

2 – Elohim, El, le nom générique de Dieu

Dans le prologue, Dieu se présente comme : Adonaï ton Elohim. Le Dieu d’Israël est appelé Elohim.

C’est aussi le même mot qui est employé pour parler des divinités des autres voisins d’Israël. Ceci montre que le nom Elohim est utilisé pour désigner Dieu chez plusieurs peuples sémitiques. La racine El (ilu, allah) intervient dans l’appellation générique de Dieu dans les langues sémitiques sauf chez les Ethiopiens.

Mais quelle est l’origine de ce nom Elohim ? Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet :

– Il viendrait de la racine ‘oul qui signifie être fort, puissant. Ainsi celui vers qui on marche. Le Père Lagrange d’ajouter que El est celui vers qui on se dirigeait pour rendre un culte.

– E. Jacob pense aussi qu’il viendra de ’ol mais donne l’étymologie que propose Noeldeike qui est : être devant, être le premier. Dieu serait l’être devant, le Premier de tout.

Certains rapprochent ce nom de la préposition ’el qui signifie vers. Ainsi, Lagarde Paul dit que El était é exclusivement en poésie. Les diverses tentatives pour trouver l’origine du nom Elohim sont presque toutes restées au niveau des hypothèses.

Ce qui est certain est que EL a représenté l’appellation de plusieurs dieux locaux. Ainsi, le dieu local de Jérusalem s’appelait Elyon qu’on traduit par le dieu très-haut. Jérusalem étant considéré depuis toujours comme la grande ville, le dieu qui la gouvernait était considéré comme le créateur des cieux et de la terre. Selon E. Jacob El Elyon « a réuni dans sa personne toutes les fonctions ailleurs réparties entre plusieurs divinités ».

Les pères avaient leurs dieux et lorsque les Israélites se sont constitués en un seul peuple (soit par lien de sang, soit par amphictyonie) YHWH a pris la place de ces différent dieux car il ne pouvait tolérer les autres à ses côtés à cause de la jalousie.

Il prend les fonctions de tous les autres El comme le baal Cananéen. Il s’est d’abord appelé Elyon. L’appellation Elohim a été interprétée comme le résultat de cette accumulation des fonctions de chaque El. Mais d’autres ont pensé que le nom Elohim doit être pris comme un pluriel intensif. Cf les cieux Shamayim, l’eau, maim etc.

Elohim peut être aussi pris comme un pluriel de majesté.

L’appellation de Dieu en El remonte à des temps très anciens puisque plusieurs personnes des temps anciens ont porté des noms qui ont trait à l’adoration du Dieu El.

Ex : Gn 4 : 18, Mehouyaël, Metouchael etc.

Les noms théophores anciens prouvent que El est connu et adoré des peuples Sémites depuis de longues dates.

Le terme Elohim est très fréquent dans les textes de la source E. comme Yahvé est fréquent chez J.

En dehors du nom propre et du nom générique de Dieu, il existe autres appellations pour désigner Dieu. Ce sont El Shadday, Yahvé, Tsébaoth, Adon, Baal Melek.

Question : L’importance des noms théophores en Afrique.

3- Le sens du commandement

Le mot lashave est le plus souvent traduit par en vain. Le mot shave signifie entre autres : mensonges, fausseté. Dans le cas où l’un des deux sens est retenu, le commandement serait en train d’interdire que l’on utilise le nom de Dieu dans une mauvaise intention. Ainsi donc, il serait interdit d’utiliser le nom de Dieu pour couvrir un mensonge ou pour accabler un innocent injustement lors d’un procès.

D’un autre côté, le même mot signifie, inutile ; ce qui est vain. Son sens adverbial est inutilement, en vain. C’est pourquoi lashave est rendu par en vain, inutilement.

Le nom de Dieu a une valeur qui doit être respectée. On ne peut et on ne doit pas utiliser ce nom pour mentir, ou même pour se faire justice. On ne doit non plus utiliser le nom de Dieu dans des situations injustifiées. On ne doit pas l’utiliser ni dans la malédiction, ni dans des bénédictions injustifiées. Ce commandement doit protéger le nom de YHWH contre l’usage injustifié qu’on pouvait en faire lors d’un serment ou d’une malédiction et en particulier dans la sorcellerie. Il s’agit aussi de ne pas user du nom de YHWH comme d’une chose sans valeur, de ne pas traiter comme un objet profane ce Nom révélé solennellement à Israël.

Il s’agit pour l’homme de n’utiliser le nom de Dieu que lorsque son emploi se justifie absolument. On ne doit pas penser manipuler Dieu à travers son nom car possède le nom, possède la personne qu’il désigne. C’est pourquoi, certains pensent que les noms de divinités jouent un grand rôle dans les exorcismes et les textes magiques ont une grande place dans la littérature orientale ancienne.

Nous dirons pour terminer que ce 3e commandement montre l’un des raisons pour lesquelles la révélation du Nom « propre » de Dieu est restée si obscure. Dieu ne veut pas que l’homme connaisse entièrement son nom de peur qu’il ne l’utilise abusivement pour atteindre ses objectifs et parfois égoïstes.

Ex : Que penser de la bénédiction de Jacob et d’Esaü par leur père Isaac ?

5. L’IMAGE DANS LE DECALOGUE ET DANS L’AT

Le 2e commandement stipule : « Tu ne te feras aucune image taillée ». Certaines versions disent  » Tu ne te feras pas de statue ». Maillot écrit : « Tu ne feras pour toi aucune image travaillé ».

Ce commandement pose un certain nombre de problèmes :

Qu’est-ce que l’image dans le décalogue ? Y a-t-il un lien entre image taillée et idole ? Comment comprendre le sens de l’expression : l’homme est créé à l’image de Dieu etc.

Le décalogue utilise le mot phèsèl dans la 2e stipulation.

Ce mot vient de la racine phasal qui signifie : tailler, sculpter.

Le substantif phèsèl exprime souvent l’idée d’image taillée, sculptée (qui peut éventuellement servir d’idole).

Il exprime aussi l’idée d’image tout court ou de statue, ou d’objet fondu. Dans le décalogue le phèsèl est explicitée par le mot temounah dont la racine inusitée est manah. La signification de cette racine est incertaine mais on pense que le mot signifierait :

Compter ou destiner, fixer établir etc. Le mot temounah signifie image, ressemblance, forme, apparence.

Dans Dt 27 : 15, il est fait mention de massékah généralement rendu par image en fonte (Ex 32 : 4), mais aussi image sculptée.

L’AT connaît plusieurs cas d’images. Mais ce sont les fouilles archéologiques qui ont montré que les Israélites avaient beaucoup d’imagination artistique pour faire des statuettes qui selon Nagel « semblent bien représenter les bons dieux de la vie de tous les jours ; importance. On a trouvé des encensoirs ou des supports ornés de représentations d’animaux et de divinités ».

Ex 25 : 18-22 et autres textes de l’AT évoquent les Kerouvim qui sont des fabrications ornementales du couvercle de l’arche de l’alliance. Ce sont des sortes de représentations de créatures à formes humaines qui ont des ailes. Ce sont des images qui « ont des fonctions de gardiens devant la présence invisible de Dieu.

Le serpent d’airain élevé au désert par Moïse n’était pas adoré au début mais son importance a conduit les générations postérieures à lui vouer un culte.

Son image qui se trouvait dans le temple de Jérusalem a été détruite par le roi Ezéchias considéré comme un roi juste qui a purifié Israël des stèles qui servaient de lieu de culte.

Le veau d’or d’Ex 32 est considéré comme une représentation de Dieu condamné par Moïse le représentant d’Adonaï parmi son peuple. Le mot idole est rendu par ètsèv.

Ce mot vient de la racine verbal « atsav » qui signifie entre autres : chagriner, affliger, irriter, mais aussi former, travailler, créer.

ètsèv est rendu par image, idole, ouvrage, douleur, travail pénible. 1S 31 : 9. Le terme est plus fréquent dans les livres prophétiques que dans les autres livres de l’AT quand il fait allusion aux idoles qu’on adore Es 48 : 5 ; Jr 22 : 28.

Les fouilles archéologiques ont montré qu’il y avait eu des représentations de la divinité chez les peuples Sémites de la Mésopotamie. Ce n’était pas le cas chez les autres Sémites sédentaires ou nomades. Chez les Sémites de Mésopotamie :  » On adorait des montagnes, des sources, des arbres, des blocs de pierre. Ceux-ci ne représentaient pas vraiment la divinité, mais les dieux s’incarnaient en quelque sorte dans ces objets « .

L’AT montre que les patriarches connaissaient la pratique du symbole du lieu sacré. C’est ainsi que Jacob a dressé en mémorial de l’apparition de son Dieu la pierre sur laquelle il avait posé sa tête durant sa nuit à l’endroit qu’il nommera Béthel par la suite selon Gn. 28 : 11-22.

Gédéon brûle le pieu sacré qui était l’idole de son clan ; Jg 6 : 25-32.

Les Israélites ont fabriqué le veau d’or qui aurait été l’œuvre d’Aaron Ex 32 : 1-6

On a pensé que la représentation animale était une influence égyptienne et que c’est plus tard que cela a été réprouvée dans le milieu israélite.

Par contre il y a eu des idoles de dieux  » domestiques « . C’est ainsi que Rachel a dérobé les Téraphim de son père Laban selon (Gn 31 : 31-35). Le Téraphim que Mical, fille de Saül a mis dans le lit pour faire croire que David était malade est une autre allusion aux idoles 1S 19 11-17.

Les idoles représentant des divinités sont traitées avec des égards dus à un dieu comme dans Ex 32. Là, le peuple d’Israël a dansé devant le veau d’or. D’autres textes font allusion çà des situations similaires : Gn 28 : 18, 1R 19 : 18, Os 13 : 2.

La condamnation des idoles et des images de divinités a été forte plus tard. Au début, on ne condamnait que les images taillées dans des métaux recherchés. Ainsi donc nous dirons que dans les représentations des divinités, l’image représentait la divinité et elle est donc vue comme une idole. Toute image taillée représentant une divinité est une idole qui devient concurrent d’Adonaï, le Dieu d’Israël. C’est pourquoi, il est interdit de faire des images taillées.

Mais qu’entendre par l’homme est créé à l’image de Dieu ?

Dans Gn 1 : 26 il est écrit :  » Dieu dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance « .

Deux mots sont importants ici : kidemouténou et betsèlèm.

Outre les sens précédemment donné au mot tsèlèm, il peut aussi signifier : ombre, ténèbres, fantôme Ps 39 : 7. Il est également rendu par image, figure Gn 1 : 26-27, 5 : 3.

Il signifie aussi dorme, illusion, image. On rencontre quelques fois les mots tsèlèm et ètsèv pour différencier l’image et la manière.

Le mot demout vient de la racine damah qui signifie ressembler, être semblable, comparable.

demout est rendu par image, forme, ressemblance, similitude, modèle.

Dans Gn 1 : 26, dire que l’homme est fait à l’image de Dieu et à sa ressemblance a été interprété de la façon différente par diverses personnes. Certains disent qu’il ne faut pas séparer tsèlèm (image) et demout (ressemblance) car l’un complète l’autre. Les deux termes visent l’homme tout entier corps et esprit.

D’abord en tant qu’image de Dieu, l’homme est complètement différent des autres créatures surtout par sa sagesse. Von Rad dit pense que l’homme est placé très haut au-dessus de toute créature mais sa qualité de créature lui impose pourtant aussi une limite vers le haut.

En tant que ressemblance, il est possible de penser à une certaine identité avec Dieu. Mais l’expression  » Faisons l’homme à notre image «  interdit de ramener à Dieu seul l’identité de cette ressemblance avec lui.

En effet, certaines interprétations disent que le  » Faisons «  se rapporterait à Dieu et à la cour céleste autour de lui. Ces êtres célestes pourraient être des anges.

La Septante pense que les Elohim pourraient être les anges. L’homme n’aurait donc pas la ressemblance parfaite de Dieu mais celle de certains êtres très proches de lui. Cette idée semble être étayée par le Ps 8 qui dit que :  » Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Tu en as presque fait un dieu « .

 » Tu l’as créé de peu inférieur à Dieu « . Selon cette version de L. Segond, l’homme, image de Dieu n’est donc pas un prototype de son créateur.

Comme le pense d’autres, ce qui est décisif dans cette qualité d’image de Dieu, c’est sa fonction à l’égard du monde. L’homme est aussi bien responsable des autres êtres crées par Dieu que de l’homme son semblable.

L’homme en tant qu’image est responsable de la création. Cette déclaration va plus loin que celle de ceux qui disent que l’expression  » l’homme, image de Dieu  » est seulement liée à ses capacités intellectuelles supérieures à celles des autres créatures.

Pendant longtemps, plusieurs autres théologiens ont pensé que le terme tsèlèm désigne quelque chose de concret.

E. Jacob citant Paul Humbert écrit que :  » Le verdict sémantique est péremptoire : l’homme d’après P a le même aspect (extérieur) que la divinité dont il est la tangible effigie et le substantif stèlèm ne fait pas plus dans ce cas que dans les autres aucune allusion à une similitude spirituelle « .

Cette tendance pense que l’homme serait comme Dieu, mais cette image est tempéré par le terme demout (ressemblance). E. Jacob lui-même : pense qu’il devait avoir une allusion extérieure à Dieu dans le terme image.

L. Koehler pense que  » l’image de Dieu consisterait dans la position verticale de l’homme qui le différencie des animaux « .

C. Westermann dit pour sa part que :  » l’homme est image en tant que être entier « . Il ne faut pas voir dans ces déclarations un aspect particulier, mais c’est la totalité qui se trouve décrite.

Nous dirons que l’élément spirituel doit être probablement plus fort que l’élément matériel dans l’homme image de Dieu. Il ne paraît pas raisonnable de donner aux termes images une valeur d’image plastique qui donnerait une ressemblance physique en tout point de vue avec Dieu. Comme image, l’homme est créé pur sans péché avec des capacités énormes que même la chute n’a pas complètement effacé. En tant qu’image, le créateur lui a conféré une domination sur les autres créatures. Domination se traduit dans son sens de responsabilité. Il ne sera vraie image que dans la mesure où il se reconnaît comme chargé de continuer l’œuvre de création de Dieu. C’est pourquoi il a été responsabilisé par le créateur qui le plaça dans un jardin qu’il est appelé à cultiver malgré que sa nourriture lui soit donnée dans cet endroit. Dieu l’a doté de toutes les facultés qu’il lui faut pour réussir à sa mission.

6. LA SAINTETE ET LA JALOUSIE DE DIEU

Dieu déclare qu’il ne tolérerait pas que son fidèle fasse des images taillées représentant quoi que de soit sur la terre ou dans les cieux ou dans les eaux. Il interdit de les adorer car dit-il  » je suis un Dieu jaloux ou exclusif selon Maillot « .

Le texte de Ex 20 : 5 utilise le mot qanah qui signifie entre autre : être jaloux, porter envie, envier, Gn 30 : 1 Nb 5 : 14, être zélé pour quelqu’un, exciter la jalousie, la colère Dt 32 : 21.

Le substantif qui vient de la racine verbale est qine’ah et signifie jalousie, envie, zèle, ardeur, colère.

Adonaï se présente comme un Dieu jaloux ou zélé. On parle également du Dieu passionné. Tous ces qualificatifs sont généralement vu comme chargés de sens négatif selon les humains. Mais pourquoi sont-ils appliqués à Dieu qui n’est qu’essentiellement positif dans sa personne et dans son action ?

Il faut d’abord rattacher cette notion de jalousie divine à l’interdiction d’avoir une image de divinité devant la face de Dieu. Dieu ne peut tolérer d’avoir de concurrent au milieu de son peuple. Ensuite, la jalousie de Dieu est liée à sa sainteté.

La sainteté de Dieu est ce qui fait de lui l’Etre à part, l’Etre au-dessus de tout. La sainteté de Dieu et ce qui fait qu’il ne saurait avoir de concurrent. Donc la jalousie divine est la conséquence de sa sainteté. On ne peut dire la réciproque car cela signifierait que  » c’est parce que Dieu est jaloux qu’il est saint « . Dieu n’est pas saint parce qu’il est jaloux. Si tel est le cas, sa jalousie serait vu sous l’angle négatif.

Ainsi la jalousie de Dieu pour son peuple crée des droits et des obligations pour ce dernier.

1)Tout d’abord, elle fait d’Israël un peuple saint comme l’est son Dieu. Ainsi à divinité sainte, un peuple d’adorateurs saints. Israël se trouve relié de façon spéciale à son Dieu plus qu’aucun autre peuple. Ceci est concrétisé par l’élection et l’alliance qui a suivi. A cause des éléments qui symbolisent la relation par excellence, Israël peuple saint est toujours gracié par son Dieu après une faute suivie de répentance. La jalousie de Dieu est donc pleine d’amour. Elle ne tue pas à la permanent de Dieu d’être en relation avec son peuple car il lui appartient en propre. Parce que Dieu est jaloux pour son peuple, il ne peut le laisser dans des situations difficiles telles que les autres peuples puissent se moquer de lui disant  » ou est leur Dieu.

OHLER dit à cet effet que :  » De la jalousie elle-même découle la compassion la plus vive « .

Ainsi les droits du peuple de Dieu sont la protection de la part de son Dieu et de son salut de toutes les situation difficiles.

2) La jalousie divine crée des obligations pour Israël. Ce peuple doit reconnaître qu’il a un Dieu exclusif.

Il ne peut tolérer que son peuple partage son sentiment religieux avec autre divinité. Dieu ne peut accepter que son peuple soit tenté d’adorer autre Dieu.

C’est pourquoi on peut dire que  » Cette jalousie consiste en ce qu’Adonaï veut être le seul et unique pour Israël et qu’il n’est pas disposé à partager ce qu’il revendique de respect et d’amour avec une autre puissance divine quelconque « .

Quel que soit ce qu’Israël apprend de positif sur les autres dieux, il ne doit être tenté de s’approcher d’eux. Ainsi, toute violation de ce principe est punie. La jalousie divine anéantit tout ce qui ose se mettre en opposition avec sainte volonté de Dieu ; elle se déploie spécialement contre d’idolâtrie qui suppose qu’Adonaï n’est pas le seul Dieu Dr 32 : 21.

Les prophètes mettront un accent particulier sur cette jalousie divine qui n’est pas méchante pour la forme mais qui est la manifestation la plus profonde de sainteté de Dieu et de son amour pour son peuple. Cette jalousie n’est pas comme celle des divinités des autres peuples de la région car la jalousie de leur divinité se manifeste brutalement et elle est sans pitié pour les adeptes.

Le Dieu d’Israël qui n’a rien à disputer avec quelque créature que ce soit se réserve le droit exclusif d’être le seul adoré par le peuple qu’il s’est choisi. La jalousie divine est donc d’abord un fait religieux. Mais le spirituel es lié au vécu quotidien ce qui fait en définitive que cette jalousie embrase toute la vie du peuple d’Israël.

Sens du 2e commandement :

Le deuxième commandement est intimement lié au premier. Il interdit de faire des représentations quelconques pouvant symboliser une divinité qui entrerait en compétition avec Dieu. Cette interdiction est liée au fait que Dieu se déclare jaloux et qu’il ne veut pas que le peuple qu’il aime perde sa liberté en se mettant sous la tutelle d’une divinité étrangère incapable d’assurer le salut à l’homme.

Le décalogue scinde cette deuxième stipulation en deux et devient les troisième et quatrième commandements. On constate que le décalogue met un accent particulier sur l’adoration des idoles et en fait un commandement à part. Pense-t-il que celui qui se fait une image taillée pourrait-il s’empêcher de leur rendre un culte ?

Comme le montre l’esprit du décalogue, la mise en image d’une divinité peut entraîner la prosternation devant celle-ci et son adoration.

Israël ne doit pas représenter YHWH sous aucune forme semblable à une autre créature.

Question : Comment expliquer ce commandement à l’homme moderne qui sans se faire des images n’adore pas Dieu non plus ?

7. LE JOUR DU SHABBAT

La quatrième stipulation est la dernière qui soit en rapport direct avec Dieu. Mais elle est aussi la première à s’intéresser directement à l’homme.

Qu’est-ce que le Shabbat ? Son origine ? Sa signification et le sens du 4e commandement ?

  1. Notes exégétiques

Zakor est l’impératif qal de zakar qui signifie penser, se souvenir de.

Ne pas confondre avec le substantif zakar qui signifie mâle, sexe, masculin.

D’autres substantifs dérivés sont zékèr : masculin singulier signifie souvenir. Pour la même signification, on rencontre les mots zikeron ou zikaron.

Le manuscrit Pentateuque Samaritain propose que le mot zakor soit remplacé par shamour qui est un qal infinitif absolu de shamar qui signifie garder, surveiller, retenir, conserver.

Il signifie aussi observer, remarquer. Ainsi en optant pour le mot zakar, on peut traduire le texte de la manière suivante : « Souviens-toi du jour du Shabbat ». Et selon le manuscrit Pentateuque Samaritain qui utilise shamar on a : « Garder le jour du Shabbat » ou « Conserver le jour du Shabbat ».

Le mot lequadesho est composé de la particule lamed et de l’infinitif construit Piel de qadosh qui signifie être saint, être pur, séparer, sanctifier, rendre ou déclarer saint, consacrer, purifier, sortir de l’ordinaire. Enfin le mot se termine par le suffixe verbal de la 3e masc sing mis pour shabbat.

C’est cette racine qui a donné le substantif qodesh qui signifie sainteté.

Selon plusieurs manuscrits, ce mot termine la stipulation initiale.

L’expression sheshèt yamim : six jours, fait référence à la création ; mais il est important de remarquer que la stipulation se réfère au jour du Shabbat en vue de sa sanctification.

C’est en 2e position que l’idée de l’achèvement de l’œuvre de la création est avancée et qu’il recommande de ne pas travailler ce jour-là. En d’autres termes, le repos sabbatique est une ordonnance de Dieu, mais la mise à part du jour en vue de l’adoration à rendre à Dieu semble la plus importante.

La version du Deutéronome ne fait pas référence à la création mais plutôt à la situation vécue par les hébreux en Egypte pendant la période d’esclavage.

En effet, le repos qu’offre le ; shabbat permet à l’esclave de cesser toute activité pour le bien de son corps. Après l’installation, des israélites aisés se sont acquis des esclaves qui ont besoin de repos comme c’était le cas de leurs pères esclaves en Egypte.

Mais la question qu’on peut se poser en dépit de tous ces raisonnements est de savoir d’où vient donc l’idée du Shabbat.

  1. Origine du Shabbat

 

Il existe plusieurs hypothèses sur l’origine probable du Shabbat.

 

  1. Origine étymologique

Le substantif shabbat est de la même racine que le verbe. On a donc pensé que le substantif a son origine dans sa propre étymologie.

Le substantif généralement employé dans le cadre religieux désigne le 7e jour de la semaine dans la tradition israélite puis juive ou le dernier jour de la création.

Par extension, 7 ans après le début d’un événement, on parle de l’année Sabbatique.

Cette année permet à certaines personnes de bénéficier de grâce spéciales. Dt 15, 1, 2, Ex 23, 10-11, Lv 25, 25-27.

C’est à partir de là que serait née la pratique de l’année sabbatique. Puisque le mot n’évoque pas seulement l’idée de repos, l’hypothèse de l’origine étymologique n’est pas suffisante.

  1. Origine babylonienne

Certains ont pensé qu’il faut peut-être trouver l’origine du shabbat chez les Babyloniens.

Il existe en Akkadien le mot Sappatu qui est l’appellation du jour qui marque le milieu du mois c’est-à-dire le 1er jour de la pleine lune. C’est ce jour-là qu’ont choisi les divinités babyloniennes pour apaiser leur colère.

Sappatu désigne donc un jour de joie. Cependant, ceci ne suffit pas pour assimiler sappatu à shabbat ; l’évidence n’est pas très claire.

  1. Origine Cananéenne

Certains ont pensé que le shabbat serait d’origine cananéenne. En effet, des exégètes avaient constaté que des périodes de 7 jours ou de 7 années avaient une grande signification dans certains documents cananéens. Mais cette hypothèse a dû être abandonnée car on a découvert dans d’autres documents que les marchands phéniciens n’observaient pas le shabbat, (Ne 13. 16), ce qui suppose qu’ils ne le connaissaient pas. Par ailleurs, il ne semble pas avoir de lien entre le shabbat et les calendriers cananéens.

  1. Origine Quénite

Des recherches faites chez les quénites ont montré qu’il était interdit à leurs forgerons d’allumer les feux de leur forge le 7e jour. On a donc supposé que ce 7e jour mis à part pour l’adoration de la divinité. On a vite fait de penser que ce serait là l’origine du shabbat, jour réservé à l’adoration du Dieu l’Israël. Mais cette hypothèse n’a pas été satisfaisante à la longue et elle a été abandonnée.

En conclusion à toutes ses hypothèses, nous dirons qu’il n’est pas prudent de vouloir trouver coûte que coûte l’origine du shabbat chez les peuples qui environnaient Israël. Ainsi, l’origine du shabbat serait liée à la révélation du Yahvisme à Israël.

  1. La signification du Shabbat

Selon que l’on veuille étudier le shabbat selon le texte de l’Exode ou selon le texte du Deutoronome, on est amené à lui trouver une signification particulière.

Il est néanmoins plus judicieux de partir des points de vue de ces deux livres pour en dégager la signification.

Le mot lekodesho (le sanctifier) montre que le Sabbat est considéré comme un jour tout à fait à part qu’il faut rendre ou déclarer pur. Ainsi Dieu a crée le Sabbat pour la sanctification, la mise à part du jour lui-même en vue du culte à lui rendre.

Plus qu’aucun autre jour, Sabbat est le jour au cours duquel l’homme créé doit rendre un culte à son Dieu et lui rendre les honneurs qui lui sont dus.

Le Sabbat est également le 7e jour de la création et est par conséquent le dernier jour qui a consacré l’achèvement de l’œuvre créatrice de Dieu.

Il s’est reposé de son œuvre et le livre de l’Exode demande à l’homme de se reposer comme son créateur.

Par contre, le Deuteronome fait remonter le Sabbat à Dieu qui l’a mis de côté en souvenir de la libération qu’il a opérée en Egypte pour le peuple d’Israël. Ici l’institution est liée à l’histoire du Salut et non à la création. Ainsi, le Sabbat est le symbole du jour de la liberté tant pour l’homme que pour tout ce qui lui appartient.

A partir des deux versions du décalogue, on ne peut dire que le Shabbat qui est le jour du repos du Seigneur garantit le caractère sacré du 7e jour. L’homme doit mettre ce jour à part comme devant servir à l’adoration du créateur. Par ailleurs, on découvre le caractère humanitaire du Sabbat. L’homme comme les autres créatures ont besoin de repos afin de refaire leurs énergies. Les esclaves et ceux qui ne peuvent décider de leur propre jour de repos trouvent en ce commandement une garantie pour qu’ils puissent se reposer aussi.

En Israël contemporain, c’est le jour de la gaieté, de la jouissance des grâces de Dieu.

  1. Shabbat et Dimanche chrétien

Le Sabbat est le dernier jour de la semaine juive. C’est le jour où l’on adore le Seigneur. C’est également le jour de repos officiel. Il est même considéré comme un jour de fête.

Lié à la situation vécue par les hébreux en Egypte le sabbat rappelle l’histoire du salut. Le dimanche chrétien est aussi appelé jour du Seigneur. Dans plusieurs régions du monde il est aujourd’hui considéré comme le jour de repos.

Mais comment le dimanche a-t-il fait pour prendre la place du Sabbat, dernier jour de la semaine juive alors qu’il est le premier jour de la semaine ?

Sur le plan historique, il aurait été l’œuvre de « l’empereur Constantin qui a promulgué un décret en 321 pour que le dimanche devienne le jour de repos officiel du monde romain. L’empereur Constantin à Helpidus, préfet de la ville de Rome. Que tous les juges, les populations des villes et tous les corps de métier cessent le travail le jour vénérable du Soleil. Pourtant, les agriculteurs se consacrent librement et sans entraves à la culture des champs ».

Mais comment a-t-on pris dimanche pour ce jour d’adoration alors que le texte ne fait nulle mention du culte chrétien ? Plusieurs hypothèses sont émises :

1ère : Le sabbat était jour d’adoration du Seigneur Dieu.

– Le dimanche devient par conséquent le jour de l’adoration du Christ ressuscité, pour les premiers chrétiens.

2e : Le Sabbat faisait allusion à la libération de la servitude de l’Egypte.

– Le dimanche de son côté est le jour où le Christ a libéré l’humanité de la mort par sa propre mort et sa résurrection.

3e : Les premiers chrétiens n’avaient pas abandonné immédiatement le jour du Sabbat comme jour d’adoration. La foi en Christ était la chose primordiale pour eux. Même au départ, les juifs qui devenaient chrétiens n’abandonnaient pas les pratiques juives automatiquement. Ils allaient toujours à la synagogue comme à l’accoutumée (Ac 31,8 ; 5, 42).

L’apôtre Paul profitait même des jours de Sabbat pour évangéliser dans les Synagogues. (Ac 13, 42 ; 44, 17, 2).

Mais puisqu’il devenait de plus en plus difficile d’adorer tranquillement les autres jours de la semaine comme ils avaient pris l’habitude de le faire chaque jour ; Il fallait trouver un jour de la semaine pour l’adoration afin qu’il soit en même temps jour de fête comme le Sabbat l’était.

Le premier jour de la semaine semblait répondre le mieux aux diverses aspirations des premiers chrétiens, c’était le jour de la résurrection Jn 20.

Huit jours plus tard, c’est-à-dire le 1er jour de la semaine il est apparu aux disciples réunis Jn20, 19-26.

Si les circonstances ont amené les premiers chrétiens à changer leur jour d’adoration du Sabbat au dimanche, il y avait un autre sens assez significatif pour eux. Avec la foi fort nouvelle, il fallait un changement et ne pas se contenter des formes anciennes. Ce christianisme n’est pas le judaïsme ainsi que le christianisme ne peut se contenter du Sabbat pour l’adoration du judaïsme.

  1. Le sens du 4e commandement

 

Des éléments développés se dégage le sens du 4e commandement :

 

Sanctification ou mis à part du jour du sabbat pour le culte à rendre à Yahvey. C’est le jour consacré à l’adoration. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas adorer les autres jours de la semaine. Le croyant doit rendre un culte à son Dieu chaque jour à travers chaque aspect de sa vie.

Par ailleurs, le jour du Sabbat est aussi le jour du repos. Toute personne libre ou esclave a droit au repos bienfaisant qu’offre l’occasion du jour du Sabbat. Toute personne doit s’en souvenir et l’observer quoi qu’il ne semble pas avoir une continuité logique entre le jour du Sabbat et le dimanche chrétien : l’un comme l’autre servent à l’adoration de Dieu et de Christ et permettent aux hommes de se reposer de leur activités aussi.

8. LES RELATIONS PARENTS-ENFANTS

Le 5e commandement est la 1ère des stipulations qui concerne réellement l’homme dans sa totalité. Les 5 suivants sont également tournés vers l’homme comme les 4 premiers étaient tournés vers Dieu.

Ce 5e commandement qui se rapporte aux relations parents-enfants nous amène à étudier quelques théories familiales dans l’Ancien Testament.

  1. Note exégétique

kabed Piel infinitif ou impératif masculin singulier de kabad qui signifie être lourd, pesant. Il signifie aussi, rendre lourd, pesant. Il est aussi rendu par honorer, glorifier, rendre gloire à.

L’adjectif qui vient du verbe kabad est kabed : lourd.

Le substantifs est kabod et signifie poids.

lema’an : afin que, en faveur de, à cause, parce que.

me’an : intention, but.

Ya’rikoun : forme défectible de ya’rikou du verbe ’aran. Dans le texte c’est un hiphil imparfait, 3e personne masculin pluriel avec le noun paragorique II signifie rendre long, prolonger, allonger, persister, retarder, être long, devenir long, se prolonger.

noten : qal participe. actif masculin singulier de natan qui signifie : donner, offrir.

« Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne ton Dieu ».

  1. Exégèse

Honorer le père et la mère vise avant tout le genre de relation qui doit exister entre les enfants et leurs parents.

Les parents sont les géniteurs des enfants et sont par conséquent les « représentants » de Dieu vis-à-vis de leurs enfants ou descendance. Les parents qui procréent parce qu’ils sont bénis par Dieu rendent gloire à Dieu, honorent Dieu car ils obéissent à l’ordre qu’il leur a donné de se multiplier. Celui qui honore Dieu doit être également honoré. Ainsi, les parents qui honorent Dieu ont droit aux honneurs de leurs enfants.

Le contenu de cet honneur se retrouve dans le sens du kabed, rendre lourd. Il s’agit d’agir en sorte que les actes de l’enfant soient dignes de leurs parents : bon comportement dans la société, obéissance aux parents toutes les fois que cela est conforme à la volonté de Dieu.

La conséquence de ceci pour l’enfant est le prolongement de ses jours dans le monde.

Mais tout ceci doit se situer dans le cadre de la famille globale en Israël.

  1. La famille en Israël

Il existe différents degrés de lien et de système de lien entre les membres d’une même famille en Israël.

  1. Le fratriarcat

En Israël, l’autorité sur les membres d’une famille s’exerce par le père. Toutefois, elle peut parfois s’exercer par le frère aîné de la famille. Dans ce cas, l’aîné gère l’ensemble des biens du patrimoine familial. Il a le droit d’aînesse et jouit d’une autorité certaine sur ses jeunes frères. On lui doit obéissance et respect. Il a des devoirs vis-à-vis de ses jeunes frères et sœurs . Gn 34.

Ainsi, dans le système fratriarcat, la fraternité dépasse un simple lien entre frères d’une même famille. C’est un système hiérarchique qui reconnaît à l’aîné des prérogatives certaines.

  1. Le matriarcat

Ce type de parenté ne signifie pas que la mère exerce nécessairement une autorité sur sa progéniture. Cela signifie surtout que l’enfant appartient ou est le plus lié au groupe social de sa mère ou à la famille de celle-ci. L’enfant hériter alors du côté de sa mère ou aura des droits très importants du côté de sa mère.

Le matriarcat n’est pas évoqué très largement dans l’Ancien Testament, mais il existe quelques textes qui attestent sa pratique. Gn 27 : 43, Gn 29.

  1. Le patriarcat

Le patriarcat est le type de système familial le mieux connu dans l’ancien Israël. De très anciens documents utilisent le terme de « maison paternelle ».

Le père est généralement considéré comme le début de l’arbre généalogique et il est appelé le ba’al (c’est-à-dire : maître) de sa femme. Il est aussi le Adon : le seigneur de la femme, et de sa famille ou de sa maison.

Sont membres d’une famille, tous ceux qui sont unis entre eux par le lien de sang et qui le plus souvent cohabitent dans une même aire géographique. Dans ce cas, la famille peut concerner des gens de plusieurs générations.

La famille peut parfois comprendre des gens qui se lient au chef de famille pour plusieurs raisons : serviteurs, résidants occasionnels, étrangers etc.

La famille patriarcat a connu un très grand développement par rapport aux pères qui sont : Abraham, Isaac, Jacob. Ainsi, on parlait de « maison de Jacob, ou maison d’Israël ». C’est une maison qui comprend plusieurs générations.

Parfois le terme « famille » désigne tout un clan voire tout un village.

  1. Bref aperçu de la vie familiale

La vie familiale se caractérise par la vie communautaire, la solidarité. Ainsi, tous le membres d’une famille large se doivent assistance mutuelle, aide et protection.

En Israël, la solidarité prend la forme d’une institution nationale appelée gue’oulah : droit de rachat. Le racheteur s’appelle go’èl (Livre de Ruth).

La gue’oulah est l’institution qui protège l’homme dans toutes les situations difficiles. Cette institution permet la libération des prisonniers ou des esclaves par un proche parent. Lv 25 : 47-49.

Dieu est le Go’èl de son peuple tant sur le plan physique que spirituel. C’est lui qui prend la défense des opprimés et sauve son peuple. Es 41 : 14, 43 : 14, Jr 50 : 34.

Lorsque plus tard la famille va éclater en cercles plus petits, la responsabilité individuelle sera mise en exergue. Dt 24 : 16, 2R 146. L’assistance réciproque sera négligé (Es. 117).

Malgré tout, la solidarité ne sera jamais reniée. On pourrait parler aussi du mariage, des devoirs et des droits des parents et des enfants dans l’Ancien Testament.

  1. Le sens du 5e commandement

Dans la société Israélite où la femme n’a pas une grande place, le 5e commandement donne une précision qui mérite d’être relevée. Honore ton père et ta mère. L’enfant doit rendre lourd, honorer et son père et sa mère. Il s’agit bien des deux et non de l’un ou de l’autre. L’enfant doit aimer de façon égale son père et sa mère et pourvoir à leurs besoins surtout dans leurs vieux jours.

J.J. Stamm, cite G. Beer qui dit : « L’israélite ne doit pas rudoyer les vieux parents, ceux dont la capacité de travail a baisé et dont la vie est moins estimée ; il doit leur accorder leur pain et ne pas les acculer à l’émigration ou au suicide, encore moins les tuer lui-même »

Le livre des Proverbes rappelle en plusieurs endroits les respects que les enfants doivent à leurs parents sous peine d’être victimes de sanctions très gaves de la part du créateur. Pr 19 : 26, 20 : 20.

Le commandement sur l’honneur à rendre aux parents est suivi du rappel du don de la terre promise ; il est également suivi de la promesse d’une longue vie.

En effet, il est généralement admis que l’enfant qui met en pratique les conseils de ses parents a des chances de commettre très peu d’erreurs dans sa vie, ce qui augmente ses possibilités physiques et spirituelles en vue d’un épanouissement total.

L’histoire biblique a montré que, toutes les fois que les Israélites ont obéi à la voix du Dieu de leur pays, (Voir déluge, Sodome et Gomorrhe).

Pour les temps modernes, surtout en Europe, Alphonse Maïllot écrit ce qui suit : « Il faut se demander si l’un des témoignages les plus essentiels mais aussi les plus simples des chrétiens n’est pas aujourd’hui de savoir honorer les anciens, de savoir leur montrer qu’ils sont encore utiles, ne serait-ce que par l’expérience qu’ils ont pu accumuler ou la sagesse qu’il peuvent nous communiquer ».

Mais attention, la stipulation ne dit pas : « soumets-toi nécessairement ou sois bête et obéissant ».

L’enfant doit savoir honorer ses parents quand leur point de vue est conforme à la volonté de Dieu.

9. LE RESPECT DE LA VIE HUMAINE

Le 6e commandement qui va dans l’ordre de la création, invite au respect de la vie humaine. L’homme créé par Dieu n’est pas autorisé à mettre un terme à la vie d’une autre personne créée par Dieu.

Après la brève note exégétique, nous verrons comment Yahvey Tsébaoth s’est comporté dans les guerres d’Israël et quelques cas d’assassinats dans l’Ancien Testament.

  1. Note exégétique

Ex 20 : 13 lo’tirtsach ; pareil dans Dt 5 : 17.

L’Exode et le Deutéronome s’accordent parfaitement ici pour donner la forme la plus brève de cette stipulation. Elle est généralement rendue par « Tu ne tueras pas » ou « Tu ne commettras par de meurtre ». Aucune des deux versions de cette stipulation ne donne suffisamment d’explication sur ce qu’elle vise exactement.

Est-ce un Meurtre prémédité ou un homicide involontaire ? Le texte n’explique rien. La réponse à cette question est d’autant plus compliquée que le mot ratsach est rendu par assassiner, et commettre un meurtre sans dire si c’est avec ou sans intention préalable de le faire.

Par ailleurs, le mot nakah utilisé dans la tragédie survenue entre Moïse et un égyptien dans Ex 2 : 01 signifie frapper mais aussi tuer dans un sens plutôt inattendu.

Le substantif rètsach signifie meurtre. Ainsi la racine verbale veut donc parler de tuer de façon préméditée.

Dieu interdit de tuer mais comment comprendre le sens des guerres que mènent Yahvé Tsebaoth.

  1. Yahvé Tsebaoth et la guerre

Le terme YHWH Tsebaoth traduit souvent par l’Eternel des armées apparaît environ 282 fois dans l’Ancien Testament.

A son origine, le nom Yahvé Tsebaoth avait un sens guerrier et national. Il servait à exalter YHWH comme le puissant et victorieux défenseur de son peuple. Il est son Dieu tutélaire.

Le mot tsebaoch vient de tsaba’ qui signifie aller à l’armée, faire des exercices.

L’armée de YHWH est composée d’hommes valides et qui sont régulièrement engagés selon un système que Dieu lui-même peut recommander selon les situations.

Mais le plus souvent chaque famille ou clan fournit un millier de personnes commandées par un « chef de famille ». 1S 17 : 18 ; 18 : 13.

Mais en plus de l’armée des hommes (soldats), l’Ancien Testament pense aussi à l’armée des cieux qui sont des puissances souvent « invisibles » qui combattent aux côtés des hommes pour amener le peuple à la victoire. Ex 14 : 19-25.

Dieu est lui-même le chef de son armée même s’il donne le commandement à des généraux comme Abner. Avant chaque bataille, Yahvé est consulté et donne son avis s’il faut engager la bataille ou pas et si oui, il prescrivait les exigences à remplir avant de remporter la victoire.

Dans les combats, Dieu se fait présent comme chef des armées. Sa présence peut parfois être symbolisée par un élément concret comme la nuée dans Ex 14 ou l’arche de l’alliance plus tard. (1S 4 : 1-4).

Au vu de tout cela, Dieu qui interdit de tuer, prend lui-même la tête des guerres mais pourquoi ?

Les guerres de Yahvé sont destinées à permettre à Israël de prendre possession de la terre promise. Chaque fois que la réalisation complète de cette promesse semble comprise, le peuple va à la guerre avec son Dieu pour la conquête totale. C’est ce genre de guerre qui est appelée milhamot Adonaï ou guerres de Yahvé. Les tueries perpétrées au cours de ces guerres ne revêtaient pas le même caractère que l’assassinat prémédité pour défendre un intérêt personnel.

Les guerres de Yahvé Tsébaoth visent à libérer l’opprimé quelle que soit la forme de son oppression. Yahvé, Tsébaoth n’est pas un Dieu à attitude belliqueuse ; il ne cautionne pas les guerres injustes mais il laisse chacun faire jouer sa responsabilité à tout moment.

  1. Cas d’assassinats dans l’Ancien Testament

 

L’Ancien Testament a montré des cas d’assassinat :

 

  • Moïse a tué un égyptien dans Ex 2. Le texte n’a rien dit sur ce qu’en pense Dieu et certains rabbins ont même assimilé cet assassinat à la guerre sainte ordonnée par Yahvé lui-même.
  • David a fait assassiné Urie, dont il convoitait la femme. Dieu a condamné cet acte. 2S 1 : 27.
  • Dieu a également désapprouvé l’assassinat de Naboth par le roi Achab. 1R 21. Dieu n’aime donc pas les assassinats pour motif égoïste.

Mais il a existé en Israël comme dans les peuples de l’ancien Orient des cas d’exécution ou peine capitale. Pour ces cas, la législation prévoit que l’accusé soit en mesure de prendre sa défense. C’est une législation qui vise la protection des faibles contre la violence des plus forts.

  1. Sens du 6e commandement

Le 6e Commandement interdit à l’individu le droit de vie ou de mort sur un autre. L’homme ne doit pas se faire justice soi-même ; il ne doit pas prendre sa propre vengeance à tout prix.

Le Commandement interdit à tous le droit de se considérer comme le maître ou le dieu des autres avec la possibilité de disposer d’eux comme bon leur semble.

Avoir droit de vie ou de mort sur les autres de façon irréfléchie, c’est cesser de considérer le créateur et c’est s’opposer à la création ; c’est manquer de respect pour Yahvé.

Dans les traditions africaines, certains parlent d’une sorcellerie « blanche » qui vise la protection de certains membres de famille ou d’amis. Elle peut au besoin éliminer l’adversaire qui dit-on fait le mal. Mais en réalité, doit-on considérer cela comme légale puisque c’est pour défendre la vie humaine ou doit-on la considérer tout simplement comme une entorse à la loi du Seigneur ?

Ce commandement pose également plusieurs problèmes liés à la protection de la vie humaine. En effet, on peut considérer qu’elle interpelle le genre humain contre les avortements volontaires, les euthanasie et toutes formes « légales » mises au point par les humains pour justifier ou masquer les meurtres qu’ils commettent. La vie humaines dépend exclusivement de Dieu et c’est lui seul qui peut y mettre fin. Arrêtons de nous opposer à l’œuvre créatrice de Dieu.

10. LE RESPECT DU MARIAGE

Le 7e Commandement concerne plus spécialement le noyau de la famille ; l’homme et la femme. Si au départ ce Commandement ne donne l’impression de ne concerner que deux individus qui consomment leur jouissance peut-être illégalement, les conséquences peuvent toucher un plus grand monde de provoquer un désordre dans la famille et dans la société.

C’est pourquoi un des aspects de ce commandement est qu’il vise entre autre le respect du mariage.

  1. Note exégétique

 

La stipulation est libellée comme suit : lo’tine’af.

 

Le verbe tine’af, qal imparfait 2e personne masculin singulier de na’af qui signifie commettre adultère ; il a donné le nom ni’ouf qui signifie adultère.

Le texte ne donne pas beaucoup d’indications sur ce commandement ; ainsi, chaque exégète l’a interprété à sa façon.

Rudolf Kittel le traduit : « Ne commets pas adultère ». Tandis que K. Rabast le rend par « tu ne commettras pas adultère avec la femme de ton prochain ». Cette deuxième traduction fait déjà une option claire. A. Maillot pour sa part le traduit par : Tu ne briseras par le mariage.

Nous traduisons la stipulation ainsi : « Tu ne commettras par d’adultère ».

2- La vie dans le mariage

Dans l’Ancien Testament, la femme est généralement considérée comme une personne de second plan. Elle est parfois comptée parmi les biens : meubles et immeubles. A ce titre, l’homme ne se sentait pas obligé de lui donner toutes les considérations qu’elle mérite. A l’origine, comme le pense Maillot, ce commandement ne cherche pas à protéger la femme, mais il cherche à protéger les maris. En effet, un mari pouvait faire une entorse au mariage, en s’éprenant d’une autre femme à la seule condition qu’elle ne soit ni fiancée, ni mariée. Petit à petit, certaines lois ont été formulées pour garantir à la femme un certain respect de la part de son mari.

L’interdiction d’adultère vise aussi à protéger le couple contre les interventions d’autres personnes dans son existence à l’ingérence.

En effet, la femme surprise en flagrant délit d’adultère pourrait être renvoyée immédiatement, le mariage est ainsi brisé. C’est pourquoi la stipulation interdit à l’homme de briser son propre mariage en y introduisant n’emporte quelle femme ; puis il lui interdit d’aller briser le mariage d’autrui en allant commettre l’adultère avec la femme d’autrui.

Dans l’Ancien Israël, il n’y avait pas de statut matrimonial imposé à tous. La monogamie était connue et vénérée. La polygamie de prestige ou plus exactement la polygynie était un signe de bien-être social. Elle était surtout pratiquée par les rois et les chefs. Elle intervenait aussi par suite d’une longue attente d’un fils. Il a existé aussi la bigynie de nécessité pratiquée quelque fois en cas de stérilité de l’épouse. Mais il y a eu le cas du mariage de Jacob avec les deux filles de Laban.

En vertu de tout cela, un homme marié qui allait prendre une femme non mariée n’était pas considéré comme adultère au sens stricte du terme. Mais un homme marié qui allait vers une femme mariée commettait l’adultère le plus décrié dans la bible est celui de David avec la femme d’Urie d’autant plus que cela est venu d’une convoitise qui a entraîné la mort de ce dernier par ailleurs un étranger dévoué au service militaire d’Israël.

En vertu de tout ce qui précède, l’adultère peut être considéré comme la violation de la fidélité conjugale. Généralement, l’homme qui commet l’adultère s’expose moins à la raillerie que la femme qui le fait. Dans Gn 38, Juda est allé vers une femme dite prostituée ; il n’a pas été condamné pour cela.

La femme mariée et la jeune fille fiancée sont astreintes à une fidélité absolue. Gn 39 : 10.

L’homme ne doit pas aller vers la femme étrangère c’est-à-dire la femme d’autrui de peur de créer des préjudices au foyer du prochain. Quand la femme est répudiée pour motif d’adultère, les enfants et probablement d’autres peuvent en souffrir. La femme mariée qui commet adultère avec un homme quelconque est sévèrement punie (lapidée).

Sur le plan spirituel, l’adultère se réfère à la compromission avec les divinités étrangères, ce que Dieu interdit formellement.

3- Sens du 7e commandement

Le 7e commandement interdit un comportement moral qui banalise la sexualité et qui ne reconnaît pas à d’autres la possibilité d’aimer sincèrement leur partenaire.

Question : Pourquoi l’Eglise a-t-elle fait de ce commandement la Loi ? Peut-elle faire autrement ?

Dans les traditions où l’adultère n’était pas connu comme une faute grave, l’Eglise peut-elle réussir à imposer un point de vue acceptable les gens ?

11. LE RESPECT DU BIEN D’AUTRUI

Le 8e Commandement s’intéresse à l’individu et à ses biens. Plusieurs exégètes étudient ensemble les 8e et 10e commandements puisque tous deux évoquent le bien d’autrui.

Ici, nous les traitons séparément. Nous verrons comment le vol était connu en Israël et comment il était réprimé. Puis nous verrons le sens du 8e commandement.

  1. Note et exégèse

La stipulation est libellée de la façon la plus simple possible : lo’tigenob. La version du Deutéronome est la même.

La stipulation est à la 2e personne masc. Sing. qal imparfait du verbe ganab qui est généralement rendu par voler, dérober, enlever.

Ce verbe est parfois rendu pour tromper, commettre un rapt etc.

Les substantifs dérivés de la racine verbale sont : ganab : voleur, genébah : objet volé, chose volée.

Cette stipulation est rendue par Kittel : Ne dérobe pas ; et par Rabast : Tu ne raviras ni un homme, ni une femme.

Nous traduirons : Tu ne déroberas pas.

  1. Le vol dans l’Ancien Testament

L’Ancien Testament connaît plusieurs catégories de vol. A chaque catégorie correspond un genre de châtiment ou de réparation exigée par l’Ancien Testament.

– Le vol d’une personne humaine (homme ou femme) appelé rapt est un genre de vol qui était connu depuis la haute antiquité dans tous les peuples de l’Ancien Orient.

Le rapt d’une personne est considéré comme un vol très grave et la loi prévoit que celui qui dérobe un homme ou une femme soit puni de mort. Ex 21 : 16 ou Dt 24 : 7.

En effet, dans l’Ancien Orient, on volait les personnes pour généralement les réduire en esclavage. Or tout ce qui a trait à l’esclavage est sévèrement condamné par la Torah surtout à cause de l’esclavage personnel qu’on vécu les Israélites en Egypte. Parfois le rapt d’une personne conduisait cette dernière à la situation d’une bête de toute sorte, le viol, la violence de toute sorte, etc.).

Seul Dieu peut disposer de la vie d’une personne humaine. Personne d’autre n’y est autorisée.

  • Le vol de bœuf ou d’agneau est interdit ; si le cas arrivait, le voleur est puni de façon graduelle. D’abord il doit restituer l’objet volé et ensuite il doit donner une compensation parfois au double de l’objet volé. S’il n’a rien pour restituer l’objet volé qui ne se retrouve plus entre ses mains, il sera vendu pour son vol. Ex 22 : 1-3

En dehors des choses prises, il existe autre genre de vol que l’Ancien Testament reconnaît et condamne.

  • La dévaluation d’un objet, en déréglant le poids ou la mesure exacte. Ainsi l’Israélite doit avoir des balances justes, des poids justes des mesures (epha) justes. Lv 19 : 35-36 ; Dt 25 : 15-16.
  • Les bornes d’un champ ou d’un terrain ne doivent pas être déplacées illégalement ou frauduleusement. Dt 19 : 14 ; Lv 25 : 23-28.
  • Les salaires d’un travailleur ne doivent pas être retenus illégalement. Ils doivent être payés à temps sinon c’est un péché qui est puni par l’Eternel. Lv 19 : 13 ; Dt 24 : 15 ; Jr 22 : 13.
  • Le prêt à intérêt ou l’usure ne doit pas se faire entre deux Israélites. Le prêt se fera sans intérêt pour l’Israélite et même pour l’étranger démuni. Lv 25 : 35-38 ; Ex 22 : 25. L’intérêt peut intervenir lorsqu’il s’agit d’un étranger qui fait le prêt pour faire le commerce. Lv 23 : 20.

Il existe plusieurs autres domaines où l’on peut voler d’une manière voilée. (Tricheries, escroquerie, vol de droit d’auteur etc.…).

Par ailleurs, une promesse faite en signe de gage doit être honorée. Dieu doit être le premier servi lorsque la gerbe revient à la maison.

  1. Sens du 8e Commandement

Quelle que soit la forme que prend le vol, c’est un viol de l’individu, c’est un manque de respect du bien d’autrui. Le 8e commandement interdit le vol ou le rapt de la personne humaine quelle que soit sa condition, en le faisant, on porte atteinte à la souveraineté de Dieu, l’unique créateur de l’homme qui peut en « disposer » selon sa volonté.

Question : Est-ce vrai qu’on peut voler un riche impénitent sans se faire aucun souci ?

12. LE FAUX TEMOIGNAGE

lo’ta, anèh beré’aka èd schaqèr

Le 9e Commandement se situe dans le cadre du langage juridique. Après la note exégétique, nous essayerons de voir le sens du 9e commandement.

  1. Note exégétique

ta,anèh : qal imparfait 2e personne masculin singulier de ’anah, ce qui veut dire : répondre, prendre la parole, prononcer # humilier.

benré’aka préf. Plus substantif masculin singulier de ré’a, plus suffixe. 2e personne masculin singulier.

ré’a signifie : compagnon, ami, prochain, l’autre, et même amant.

Le verbe ra’ah signifie : paître, se repaître, faire paître, suivre, aimer, fréquenter.

’oud : signifie prendre à témoin, appeler en témoignage, être témoin.

shaquèr c’est le mot shèquèr, qui vient de shaquar qui signifie, agir faussement, mentir, parler faussement.

shèquèr signifie mensonge, fausseté, vanité.

La stipulation peut se rendre de manières suivantes :

Ne dépose pas contre ton prochain, en témoin faux.

Kittel dit : Ne prononce pas un faux témoignage contre ton prochain.

Rabast : Tu ne seras pas un faux témoin contre ton prochain.

Segond : Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. Ex 20 : 16

Une variante utilise le mot shawe à la place de shèquèr.

Ce mot shawe signifie : fausseté, mensonge, ce qui est faux, ce qui est vain, inutile.

C’est le mot qui est employé dans Ex 20 : 7.

C’est la seule variante qui existe entre le texte d’Exode et celui de Deutéronome.

Il a été attesté que le verbe ’anah qui signifie répondre suivi du beth d’hostilité fait allusion à la déposition dans un tribunal. Ici, ’anah veut dire prendre la parole au cours d’un jugement où la parole des témoins peut être déterminante dans le verdict final. La loi prévoit qu’une personne fautive ne puisse être condamnée à mort que sur la base du témoignage de deux personnes. Ceci est d’autant plus important que dans l’ancien Israël, les documents écrits relatant les cas déjà traités n’étaient pas nombreux. C’est aussi pour cette raison que la Torah prévoit au moins deux témoins. La précision de re’a (prochain) est également importante puisqu’il s’agit d’un prochain qui est généralement l’ami. L’israélite ne doit pas déposer en témoin faux. Le témoin faux ou le faux témoin, c’est celui qui se présente comme un témoin mensonger. Le faux-témoin, c’est celui qui témoigne contre la vérité. C’est le témoin qui dit ce qui n’est pas vrai lorsqu’il doit prendre la parole dans un procès intenté contre une personne en faute.

Selon la Torah, le témoin qui dit des mensonges dans l’intention d’accuser son prochain est passible d’une peine très sévère. F. Michaeli dit que si l’on découvrait la tromperie du faux-témoin, « il était condamné à subir la même peine que celle qu’il voulait faire subir à son accusé ». Voir aussi Dt 19 : 16-19

Un faux témoin peut devenir fatalement un menteur c’est-à-dire quelqu’un qui dit des mensonges dans son témoignages.

Or les mensonges dans un cas purement privé sont généralement considérés comme vils, vains. Il portent tout au plus atteinte à l’honneur d’une personne. Dans ces cas, le Deutéronome a raison de remplacer le mot shaquèr de l’Exode par le mot shawe, vain, vil.

  1. Sens du 9e commandement

Le 9e commandement selon sa formulation dans Exode n’interdit pas formellement de mentir. Il interdit en termes clairs de porter un faux témoignage dans un procès contre son prochain. Mais puisqu’un vil mensonge ne sert personne, il n’est donc pas bon de mentir même s’il n’est pas explicitement interdit dans cette stipulation. Hendrik Van Oyen dit « S’il n’est pas permis de porter un faux témoignage contre le prochain, on doit s’abstenir totalement de tout mensonge. Car le mensonge déshonore celui qui parle et lèse celui dont on parle ».

Le 9e commandement sauvegarde la justice de Dieu vers laquelle tout le monde doit tendre. Comme Dieu ne peut être tenté de faire du mal, le croyant à qui est donné le commandement ne doit pas non plus porter un faux témoignage pour faire du mal.

Question : La pratique de l’ordalie dans certaines sociétés africaines est-elle une juste manière de rendre la justice ?

13. LA CONVOITISE

C’est l’une des stipulations les plus longues, et des plus explicites. Et pourtant son contenu paraît prêter à de fausses interprétations. Après les notes exégétiques nous verrons le sens de ce 10e commandement.

  1. Note exégétique

lo’tachemod : qal impf 2e personne masculin singulier de chamad qui signifie : désirer, convoiter, se plaire à quelque chose.

Ce mot à donner les substantif chèmèd qui est un masculin singulier et qui signifie : agrément, beauté. Ez 23 : 6.

chèmedah : féminin singulier : Désir, joie, délice. Jr 3 : 19, et le mot chamoudot souvent au féminin pluriel, désigne l’état de ce qui est agréable, précieux, délicat, Dn 9 : 23. Les mots concernés par la convoitise sont :

  1. béth : c’est l’état construit féminin singulier de bayit qui signifie maison, famille, clan. En Israël, la bayit regroupe des gens de plusieurs générations unis entre eux par le lien de sang ou par des amphictyonies.
  2. ’eshèt : féminin singulier ; état construit de ’ishah qui signifie : femme, femelle, même épouse.
  3. ’abedou : substantif masculin singulier de ’’èvèd qui signifie serviteur, esclave, plus suffixe nominal 3e personne masculin singulier. La racine verbale de ce mot est : ’avad qui signifie : travailler, servir, forcer à travailler.

L’évèd, est toute personne au service d’une autre. Du garçon payé pour sont travail à l’esclave acheté

  1. ’amato : nom féminin pluriel, état construit de ’amah : absolu singulier qui signifie : servante ; certains le traduisent par esclave aussi.
  2. Shoro : féminin singulier, état construit de shor ; c’est une singulier collectif qui désigne le plus souvent une pièce de gros bétail.

On voit bien le suffixe nominal de la 3e personne masculin singulier. Le mot shor désigne aussi : bœuf, taureau.

  1. chamor nom masculin singulier, à l’état construit dans le texte. Signifie et chamorah signifie ânesse.
  • Ne convoite pas la maison de ton prochain.

 

Rabast dit : tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain.

 

  1. Maillot écrit :« Tu ne loucheras pas vers la maison de ton prochain ».

Le mot convoiter montre que cette stipulation est celle qui donne le plus une place à la personne humaine dans sa relation la plus cachée avec le créateur

En effet, tous les neuf premiers commandements peuvent se traduire dans les actes concrets soit par la parole, doit par l’action. La convoitise quant à elle se conçoit dans le cœur de l’homme et tant qu’elle n’est pas expérimentée, elle reste un secret entre l’individu et Dieu qui sonde les cœurs.

Or, le désir qui est l’étape suivante après la convoitise, est souvent présenté comme l’effort d’expropriation de ce que le cœur veut. C’est seulement à cette étape-là que la convoitise peut rejoindre le vol.

Le Deutéronome fait une différence entre la convoitise qu’on peut porter sur une femme d’autrui et le désir sur les biens d’autrui.

Pourquoi cette différence dans les deux versions ?

Plusieurs hypothèses sont émises :

  1. Dans l’esprit de l’Exode, le statut de la femme était encore proche de l’idée généralement admise qui mettait la femme au rang des choses : meubles et immeubles qui appartenaient à l’homme. Ainsi on peut la convoiter comme on peut le faire du serviteur, de la servante, des animaux et autres biens du prochain. La femme était un bien parmi tant d’autres choses. C’est d’ailleurs cette situation qui fait dire à de vaux que « son mari peut la répudier, mais elle ne peut demander le divorce, elle reste une perpétuelle mineure »
  2. D’autres considèrent qu’il ne faut pas prendre la femme comme une chose appartenant à la famille, mais dans la maison, elle est la première personne qui vient en tête

Ainsi la femme ne serait pas mise au rang des objets.

  1. Le Deutéronome fait cette différence dans sa formulation. Pour lui, il est interdit de convoiter la femme du prochain ; par contre c’est le mot désirer (’avah) qui est employé pour les objets. Ce dernier mot est moins fort que chamad qui est un verbe qui marque le désir intense foire coupable.

Ainsi, le Deutéronome constate que le désir porté sur la femme d’autrui doit être considéré comme plus fort que celui qu’on peut avoir vis-à-vis d’un objet.

Au regard de ses différences, nous pourrons dire que la convoitise dans l’Exode est un fort sentiment de possession d’une chose qui ne peut être partagée.

2-Sens du 10e commandement

Ce 10e commandement qui peut être considéré comme une loi qui s’adresse à la personne intérieure, met l’homme en face de son Dieu. On peut se cacher devant les hommes, mais tout est à découvert devant Dieu : l’intérieur et l’extérieur de l’homme. Dans la tentative de chercher à être comme l’autre ou à le dépasser, l’homme refuse d’être ce qu’il est- et s’oppose ainsi à son créateur. La convoitise devient le moyen par le quel l’homme intérieur montre à son créateur que le sort qui lui est fait n’est pas aussi bon qui est fait à de l’autre. Il démontre par là-même que ce qui appartient à autrui, peut lui appartenir aussi. Ce genre de raisonnement relève de l’esprit de cupidité.

Dans la tentative de chercher à être comme l’autre ou à le dépasser, l’homme refuse d’être ce qu’il est et s’oppose ainsi à son créateur. La convoitise devient le moyen par lequel l’homme intérieur montre à son créateur que le sort qui lui est fait n’est pas aussi bon qui est fait à de l’autre. Il démontre par là-même que ce qui appartient à autrui, peut lui appartenir aussi. Ce genre de raisonnement relève de l’esprit de cupidité.

La convoitise peut prendre forme et pousser au vol ou à tous les moyens pouvant amener la personne à atteindre ses fins. La convoitise engendre toutes sortes de mécanismes qui amènent au but : cupidité ; complot ; meurtre etc.

La convoitise ne concerne pas seulement le sexe, mais tout ce qui appartient à autrui.

Ce 10e commandement est celui qui invite l’homme à être satisfait de son sort et à cesser de se considérer comme un petit dieu, selon que le serpent, l’a suggéré à Adam et Eve dans le jardin d’Eden.

Dr Simon Dossou

Simon K. DOSSOU est président de l’Eglise Protestante Méthodiste du Benin depuis 2000. Il est aussi professeur d’Ancien Testament et chancelier de l’Universite Protestante de l’Afrique de l’Ouest à Porto-Novo au Benin. Le pasteur Simon Dossou a été professeur d’Ancien Testament et d’hébreu biblique à la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé au Cameroun avant d’être rappelé par son Eglise en 2002 pour assurer la présidence dans un contexte de crise de l’unité de l’Eglise. Depuis, il n’a cessé de chercher les moyens d’une réconciliation respectant chacun des partenaires. Lors de la dernière Assemblée générale du Conseil Œcuménique des Eglises, Simon K. Dossou a été élu comme l’un des huit présidents du Conseil, représentant les Eglises d’Afrique. Pour cela il doit souvent se déplacer de Cotonou à Genève. C’est un homme de paix et de dialogue, intègre et courageux. Que notre prière l’accompagne dans ses engagements et déplacements, et particulièrement dans le processus de réconciliation de son Eglise.

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